La Chine vient de franchir une nouvelle étape dans la conquête spatiale. Sa sonde Tianwen-2 a atteint l’astéroïde Kamoʻoalewa après un périple de plus d’1 milliard de kilomètres, et en a rapporté un premier cliché qui pourrait bien résoudre l’un des mystères de notre voisinage cosmique.

L'astéroïde Vesta. ©Daniil Disa / Shutterstock
L'astéroïde Vesta. ©Daniil Disa / Shutterstock

Lancée le 29 mai 2025 depuis le centre spatial de Xichang, la sonde Tianwen-2 a mis 400 jours pour parcourir la distance qui la séparait de sa cible. Ce 6 juillet, elle a ainsi atteint son point de stationnement final à seulement 20 kilomètres de l’astéroïde. C’est de là qu’elle a pu prendre sa première photo rapprochée de Kamoʻoalewa, révélant un corps rocheux allongé et irrégulier.

Cette mission s’inscrit dans la continuité de Tianwen-1, qui avait permis à la Chine de poser avec succès le rover Zhurong sur Mars en 2021. La sonde doit désormais prélever des échantillons de l’astéroïde et les ramener sur Terre, avant de poursuivre sa route vers un second objet céleste bien plus énigmatique, 311P/PANSTARRS, qui a des allures de comète.

L’astéroïde qui brouille les pistes

Le choix de Kamoʻoalewa par la Chine n’est évidemment pas un hasard. Depuis sa découverte en 2016, ce petit corps céleste fascine les astronomes, car il appartient à une catégorie rare : les quasi-satellites. Contrairement à la Lune, il n'est pas en orbite autour de la Terre, mais autour du Soleil, tout en restant étrangement proche de notre planète au fil de sa trajectoire.

Et nous avons déjà eu des surprises. Les observations menées depuis le sol laissaient penser à un diamètre compris entre 40 et 100 mètres. Or, la première image transmise par Tianwen-2 suggère un astéroïde bien plus modeste, autour de 20 mètres seulement. Un chiffre qui rejoint les conclusions d’une étude récente, encore en cours de relecture par les pairs, basée sur des observations du télescope spatial James-Webb.

Les chercheurs rêvent d’élucider le mystère de son origine. Si certains ont émis l’hypothèse que Kamoʻoalewa pourrait être un fragment de la Lune, arraché lors d’un impact massif il y a des millions d’années, d’autres penchent plutôt pour un astéroïde classique, venu de la ceinture principale située entre Mars et Jupiter. Et les premières données recueillies par la sonde chinoise semblent pencher vers cette seconde piste : la forte réflectivité de sa surface, mesurée dès ce premier cliché, correspondrait davantage à un astéroïde de type silicaté qu’à un débris lunaire, dont la surface est nettement moins réfléchissante.

La sonde Tianwen-2. ©CNSA
La sonde Tianwen-2. ©CNSA

Une prouesse technique pour un enjeu hautement stratégique

En visant Kamoʻoalewa, la Chine rejoint un cercle très fermé. En 2020, la sonde américaine OSIRIS-REx a prélevé de la matière sur l’astéroïde Bennu. Ramenés sur Terre trois ans plus tard, les échantillons ont révélé la présence d’eau et de composés organiques, apportant des indices précieux sur l’origine de la vie. La sonde japonaise Hayabusa-2, elle, a réalisé un exploit similaire sur l'astéroïde Ryugu dès 2019.

Et pour maximiser ses chances de réussite, la sonde chinoise dispose de trois techniques de prélèvement différentes : le survol avec bras robotisé, le contact rapide, ainsi que l’ancrage direct à la surface. Le choix final dépendra de la nature du terrain, encore mal connue à ce stade. Ces technologies de navigation autonome serviront directement à Tianwen-3, la prochaine mission chinoise qui a l’objectif de rapporter des échantillons de Mars. Le lancement est prévu fin 2028.

Si tout se déroule comme prévu, Tianwen-2 quittera l’astéroïde en avril 2027, avant de larguer une capsule contenant les précieux échantillons en novembre de la même année.

Sources : Space News, NBC News
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Qu’est-ce qu’un « quasi-satellite » comme Kamoʻoalewa, et en quoi est-ce différent d’une vraie lune ?

Un quasi-satellite est un petit corps qui orbite autour du Soleil, avec une période très proche de celle de la Terre. Vu depuis notre planète, sa trajectoire paraît « tourner autour » de la Terre sur plusieurs années, mais il n’est pas gravitationnellement lié à elle comme la Lune. Il reste donc dans une configuration orbitale particulière, souvent temporaire à l’échelle astronomique, sensible aux perturbations gravitationnelles. Cette proximité répétée en fait une cible intéressante pour des missions, car elle peut réduire les besoins en énergie par rapport à des astéroïdes plus éloignés.

Que signifie la « réflectivité » d’un astéroïde, et pourquoi ça aide à deviner sa composition ?

La réflectivité, ou albédo, mesure la fraction de la lumière solaire renvoyée par la surface d’un objet. Un albédo élevé indique souvent une surface plus claire ou plus « réfléchissante », liée à certains minéraux (par exemple des silicates) ou à une texture particulière. À l’inverse, des surfaces riches en matériaux sombres (carbone, régolithe altéré) renvoient moins de lumière. Attention : l’albédo seul ne suffit pas à conclure, car la granulométrie, l’altération par le rayonnement et la rugosité modifient aussi la brillance. On le combine généralement avec des mesures spectrales (couleurs infrarouges/visibles) pour mieux contraindre la nature des roches.

Pourquoi le prélèvement d’échantillons sur un astéroïde nécessite plusieurs modes de collecte (survol, contact rapide, ancrage) ?

La gravité d’un petit astéroïde est extrêmement faible, ce qui rend les manœuvres proches du sol délicates : un rebond ou un jet de poussière peut déstabiliser l’engin. Le survol avec bras robotisé limite les risques en évitant un appui franc sur le sol, mais demande une navigation très précise. Le contact rapide (« touch-and-go ») permet de toucher brièvement la surface pour aspirer ou capter des matériaux, en minimisant le temps passé au sol. L’ancrage, lui, devient utile si le terrain est plus cohérent ou si l’on veut stabiliser l’engin, mais il impose de gérer l’incertitude sur la dureté, les rochers et la présence de régolithe meuble. Multiplier les options augmente la probabilité de ramener un échantillon exploitable malgré l’inconnu sur la surface.