Un caillou spatial de 15 à 35 mètres passera à 91 000 km de la Terre lundi 18 mai à 21h23 UTC, soit moins du quart de la distance Terre-Lune. Baptisé 2026 JH2, il a été repéré le 10 mai par le télescope du Mt. Lemmon Survey en Arizona. Aucun risque d'impact.

Environ trois heures avant le rendez-vous avec la Terre, 2026 JH2 frôlera la Lune à 423 000 km - ©Nazarii_Neshcherenskyi / Shutterstock
Environ trois heures avant le rendez-vous avec la Terre, 2026 JH2 frôlera la Lune à 423 000 km - ©Nazarii_Neshcherenskyi / Shutterstock

Huit jours seulement séparent la détection du survol. Le télescope de 1,5 mètre du Mt. Lemmon, en Arizona, l'a accroché à la magnitude 21, une luminosité si faible qu'il fallait au moins ce type d'instrument pour la voir. L'objet portait un nom temporaire, CELU1Q2. Deux jours plus tard, le Steward Observatory, le Farpoint Observatory du Kansas et l'observatoire Magdalena Ridge confirmaient l'orbite.

Le caillou rentre dans la classe Apollo, ces géocroiseurs dont la trajectoire elliptique s'étire de 1,01 UA au plus près du Soleil jusqu'à 3,85 UA, presque jusqu'à Jupiter. Il boucle un tour en 3,7 ans. Sa vitesse lors du passage atteindra 9,17 kilomètres par seconde. Le rocher reste comparable au météore de Tcheliabinsk qui avait explosé en 2013 au-dessus de la Russie, avec ses 20 mètres.

Un détour par la Lune trois heures plus tôt

L'astéroïde croisera d'abord notre satellite. Environ trois heures avant le rendez-vous avec la Terre, 2026 JH2 frôlera la Lune à 423 000 km. Une distance encore confortable, mais qui suffira à infléchir très légèrement la trajectoire par effet gravitationnel. Cette séquence en deux temps intéresse particulièrement les calculateurs d'orbites du Jet Propulsion Laboratory.

Chaque passage rapproché agit comme un test grandeur nature des modèles dynamiques. On observera l'astéroïde avant le survol lunaire, on le ré-observera juste après, et on pourra affiner les paramètres avec la comparaison entre prédiction et réalité pour les rencontres suivantes.

L'heure exacte du passage reste toutefois à confirmer. Avec seulement deux jours d'observations au moment de l'annonce, la fenêtre du plus proche oscillait entre 0,00058 et 0,00064 unité astronomique, soit 87 000 à 96 000 km. L'incertitude sur l'horaire de 21:23 UTC était de plus ou moins six heures, et celle sur la distance plus ou moins 4 500 km. Les mesures complémentaires ont resserré ces marges, mais la traque continuera après le passage. Pourtant, même au pire scénario, le risque de collision reste nul.

Un passage entre les satellites lointains

Lundi soir, 2026 JH2 traversera une zone spatiale très peuplée d'engins humains. L'orbite géostationnaire se situe à 35 786 km de la surface terrestre. Le rocher passera donc à plus de 55 000 km au-dessus de cette ceinture, là où évoluent les satellites de télécommunications et de météorologie. Les sondes scientifiques placées plus loin, comme le télescope TESS de la NASA qui parcourt une orbite très excentrique allant jusqu'à 373 000 km, évoluent dans la même région du ciel. Aucune n'est sur la route de l'astéroïde.

Reste que la géométrie du survol rappelle une réalité concrète qu'entre la Terre et la Lune circulent désormais des dizaines de satellites scientifiques et militaires en orbite haute, et un géocroiseur peut couper ces trajectoires.

Ceci dit, vers 17:00 UTC le 18 mai, l'astéroïde traversera l'équateur céleste à la magnitude 13. Il basculera alors du ciel boréal vers le ciel austral, où il atteindra son pic de luminosité à magnitude 11,5, entre les déclinaisons −30° et −50°. Les amateurs équipés d'un télescope modeste pourront pointer l'objet, à condition de se trouver suffisamment au sud.

Hélas, depuis l'Europe, l'observation directe sera très difficile. Le Virtual Telescope Project, piloté par l'astrophysicien italien Gianluca Masi, prendra le relais avec une retransmission en direct à partir de 19:45 UTC.

Une roche de quelques dizaines de mètres réfléchit très peu de lumière solaire et reste invisible tant qu'elle n'approche pas. On connaît plus de 80 % des géocroiseurs de plus d'un kilomètre, mais seulement quelques pourcents de ceux qui mesurent quelques dizaines de mètres. Mark Burchell, de l'université du Kent, rappelle qu' « [….] ils ne réfléchissent qu'une faible quantité de lumière solaire ». Mark Norris, de l'université du Lancashire, prévient quant à lui que « [c'est] typiquement le genre d'objet capable de détruire une grande ville en cas d'impact ».

Source : Forbes