Elon Musk ne rêve plus que de data centers en orbite pour dominer l’intelligence artificielle (IA) mondiale. Mais l’un des investisseurs les plus réputés de tout l’écosystème ne croit tout bonnement pas à sa vision : il s’agit de Masayoshi Son.

Le patron de SoftBank ne croit pas vraiment au potentiel des data centers spatiaux. ©Samuel Boivin / Shutterstock
Le patron de SoftBank ne croit pas vraiment au potentiel des data centers spatiaux. ©Samuel Boivin / Shutterstock

Le 12 juin dernier, SpaceX réalisait l’introduction en Bourse la plus importante de l’Histoire autour d’une promesse centrale : le déploiement de jusqu’à 1 million de data centers en orbite, alimentés par l’énergie solaire quasi illimitée disponible dans l’espace.

Et l’entreprise voit très grand. Ayant déjà présenté son tout premier satellite IA, elle prévoit une mise en œuvre initiale dès 2028. Une idée qui a de quoi séduire, d’autant plus qu’à travers le monde, la construction de nouveaux centres de données se heurte à des oppositions croissantes. Pourtant, les ambitions d’Elon Musk ne font pas l’unanimité, loin de là.

Un timing trop ambitieux ?

Lors de l’assemblée générale annuelle de SoftBank, le patron du conglomérat nippon a montré un véritable scepticisme à l’égard des data centers spatiaux, rapporte The Wall Street Journal. Car selon lui, l’économie du projet ne tient pas : l’électricité ne représente que 7 % du coût d’exploitation d’un data center terrestre, tandis que le reste englobe les puces, les infrastructures et la maintenance. Délocaliser dans l’espace pour économiser sur l’énergie solaire ne change donc pas grand-chose à l’équation globale, d’après l’investisseur.

Le facteur temps est également à prendre en compte. Dans la course à l’IA, estime-t-il, les prochaines années seront décisives. Or, résoudre les défis techniques des data centers orbitaux pourrait prendre dix ans, voire plus. Attendre n’est tout simplement pas une option.

Pour rappel, SoftBank est l’un des investisseurs les plus influents de la planète tech. Le groupe a créé, en 2017, le Vision Fund, un véhicule d’investissement de 100 milliards de dollars qui a irrigué une génération entière de start-up. Quand son dirigeant considère une idée comme trop risquée, l’écosystème l’écoute.

Elon Musk dans les locaux de SpaceX. ©SpaceX
Elon Musk dans les locaux de SpaceX. ©SpaceX

Chacun protège ses intérêts

Son est loin d’être le seul à nourrir des doutes. Outre les fonds qui ont refusé d’investir dans SpaceX lors de son entrée en Bourse, Jeff Bezos, qui s’intéresse lui aussi aux infrastructures spatiales, a tempéré les ambitions de son homologue. Là aussi, le timing lui paraît très optimiste.

À noter, malgré tout, que les prédictions de chacun de ces grands noms sur l’avenir de l’IA épousent systématiquement les contours de leurs propres intérêts. Musk a ainsi tout à gagner à convaincre le monde que l'avenir est en orbite, car des satellites à remplacer régulièrement pourront en parallèle garantir des lancements supplémentaires pour SpaceX. Reste à voir s’il saura tenir ses promesses.