SpaceX s’apprête à réaliser la plus grande introduction en Bourse de l’Histoire, mais certains investisseurs institutionnels refusent déjà d’y participer. Un fonds de pension danois vient de tirer la sonnette d’alarme, et ses arguments sont loin d’être anodins.

La date fatidique approche. Dès le 4 juin, SpaceX débutera son pitch auprès des investisseurs, avec une cotation possible dès le 11 juin sur le Nasdaq. L’entreprise d’Elon Musk vise une levée de fonds de plus de 75 milliards de dollars, soit plus du double du record mondial détenu par Saudi Aramco, pour une valorisation totale de 1 800 milliards de dollars.
À ce prix-là, l’entreprise devrait rejoindre d’emblée le club des sociétés les plus chères au monde. Mais visiblement, certains ne sont pas convaincus malgré tout.
Trop chère pour ce qu’elle vaut ?
C’est ce que semble penser AkademikerPension, un fonds danois qui gère environ 25 milliards de dollars pour des professionnels du secteur académique, rapporte The Next Web. Sa décision est en effet prise, et il n’est pas question d’acheter des actions SpaceX. Il va même plus loin en excluant les produits indexés qui incluraient le titre. Une position radicale, mais assumée.
SpaceX est « grossièrement surévaluée », estime son directeur des investissements, Anders Schelde. Selon les calculs de l’entité, la firme d’Elon Musk ne peut raisonnablement pas dépasser 1 000 milliards de dollars de valorisation, soit la moitié du prix affiché.
Car en 2025, elle a enregistré 18,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, mais aussi 4,94 milliards de pertes après avoir absorbé xAI. À 1 800 milliards de valorisation, les investisseurs paieraient environ 96 fois le chiffre d’affaires annuel, un multiple qui suppose des années de croissance explosive, sans aucune garantie.

Une gouvernance qui pose problème
Et ce n’est pas tout. La structure de gouvernance de SpaceX est, selon Anders Schelde, « exceptionnellement mauvaise ». Elon Musk détient environ 85 % des droits de vote grâce à un système d’actions à double classe : les siennes valent dix voix chacune, contre une seule pour les actions proposées au public. Il cumule par ailleurs les rôles de directeur général, directeur technique et président du conseil d’administration.
Surtout, il ne peut pas être révoqué sans son propre accord. Et après son introduction en Bourse, SpaceX revendiquera le statut d’« entreprise contrôlée », ce qui l’exemptera des règles du Nasdaq imposant une majorité d’administrateurs indépendants. En clair : les actionnaires publics n’auront aucun levier réel pour influencer les décisions.
D’autres partages l’avis d’AkademikerPension. En mai, les dirigeants de trois grands fonds de retraite américains ont adressé une lettre commune à Elon Musk. Ils y décrivent SpaceX comme « une concentration de pouvoir entre les mains du dirigeant sans précédent à cette échelle sur les marchés américains ».
En somme, acheter une action revient à donner sa confiance à Elon Musk et à sa vision pour l’avenir, qui s’appuie sur une colonisation de Mars, une ville sur la Lune et des milliers de data centers en orbite.