L'entreprise la plus secrète du spatial vient de publier ses finances. Vingt ans de mystère pour découvrir que la fusée la plus célèbre du monde carbure à l'abonnement Internet.

Antenne Starlink © Shutterstock
Antenne Starlink © Shutterstock

Pendant deux décennies, Elon Musk a tenu les livres de SpaceX loin des regards. Le dépôt du formulaire S-1 auprès de la SEC, mardi 20 mai, met fin au secret en vue d'une entrée au Nasdaq programmée mi-juin 2026. Ce que révèle le document, Via Satellite et SpaceNews l'ont décortiqué dans la nuit : l'entreprise qui vend du rêve martien est d'abord un fournisseur d'accès à Internet par satellite.

Les chiffres du S-1 : Starlink écrase tout

Le prospectus découpe SpaceX en trois segments : Space (lancements, capsule Dragon), Connectivity (Starlink) et AI (l'ex-xAI, absorbée lors de la fusion avec SpaceX début 2026). Le chiffre d'affaires 2025 atteint 18,7 milliards de dollars. Connectivity en capte 11,4 milliards, soit 61 %. Le segment spatial historique ne pèse que 4,1 milliards, et SpaceX en réinjecte 3 milliards directement dans le développement de Starship.

Le nombre d'abonnés Starlink a quadruplé en deux ans : 2,3 millions fin 2023, 8,9 millions fin 2025, 10,3 millions en mars 2026. Mais le revenu moyen par abonné suit le chemin inverse. Il est passé de 99 dollars par mois en 2023 à 81 dollars en moyenne sur 2025, et tombait à 66 dollars fin mars 2026. SpaceX sacrifie la marge unitaire pour gagner en volume (un pari que les opérateurs télécoms connaissent bien, et qui ne les a pas tous enrichis).

Malgré ces revenus, l'entreprise affiche une perte nette de 4,9 milliards de dollars. La branche IA héritée de xAI a englouti 9,5 milliards sur les trois premiers trimestres de 2025, pour seulement 210 millions de revenus. SpaceX vise malgré tout une levée de 80 milliards de dollars à une valorisation d'environ 1 750 milliards, un montant qui relèguerait le record d'Aramco au rang d'opération de quartier.

Starlink en France, IRIS² en 2030 : quatre ans d'écart

En France, l'ARCEP a renouvelé l'autorisation Starlink en janvier 2025 après un feuilleton juridique entamé en 2021 (autorisation initiale, annulation par le Conseil d'État, puis réinstauration). Le service est commandable en ligne, avec un débit moyen de 125 Mbit/s en téléchargement relevé début 2026. Air France, de son côté, équipe progressivement sa flotte de 270 appareils et prévoit un déploiement complet avant fin 2026.

La réponse européenne s'appelle IRIS² : 10,6 milliards d'euros sur douze ans, portés par un consortium Eutelsat-SES-Hispasat avec Airbus et Thales comme sous-traitants, un centre de contrôle à Toulouse, et 290 satellites multi-orbitaux. Service opérationnel prévu : 2030. SpaceX, pendant ce temps, aligne déjà plus de 9 000 satellites actifs et continue de lancer à un rythme que personne en Europe ne peut égaler.

Le S-1 revendique un marché adressable de 28 500 milliards de dollars, dont 26 500 pour l'IA. En attendant que l'orbite devienne un business, c'est un abonnement à 66 dollars par mois qui tient la fusée en l'air.