Elle surveille les mouvements de troupes russes depuis 2022, équipe 7 armées européennes, et vient de lever plus d’1 milliard d’euros. Son nom : Iceye, pépite finno-polonaise du spatial européen. Voici ce qu’il faut savoir.

La start-up Iceye réalise une impressionnante levée de fonds. ©Iceye
La start-up Iceye réalise une impressionnante levée de fonds. ©Iceye

Le secteur spatial vit un moment charnière. L’entrée en Bourse imminente de SpaceX cristallise un engouement qui dépasse largement les frontières américaines. Et dans ce contexte d’euphorie, l’Europe commence à produire ses propres champions. Grâce à ce nouveau tour de table, Iceye, entreprise fondée à Helsinki en 2014 par le Polonais Rafał Modrzewski, revendique désormais une valorisation impressionnante de 10 milliards de dollars.

Un rôle clé en Ukraine

Car en Europe, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont brutalement remis les pendules à l’heure : sans accès souverain à des données satellitaires, un pays est aveugle sur son propre théâtre d’opérations. Les budgets spatiaux des gouvernements européens s’envolent logiquement, et les capitaux privés suivent.

Iceye est parfaitement positionnée. La start-up opère aujourd’hui la plus grande constellation de satellites radar au monde, et mise sur le radar à synthèse d’ouverture, ou SAR. Ainsi, ses engins envoient des ondes radar vers la surface terrestre et analysent les signaux renvoyés. De quoi fournir des images précises de jour comme de nuit par tous les temps, contrairement aux capteurs optiques qui sont légion.

Sa technologie fait la différence en Ukraine, Kiev l’exploitant depuis 2022 pour obtenir des renseignements sur les mouvements de troupes russes. Et dorénavant, Iceye surveille également le Golfe Persique, où la demande a explosé ces derniers mois. 7 gouvernements européens, dont la Finlande, la Suède, la Pologne, les Pays-Bas et le Portugal, ont signé des contrats avec la société pour disposer de leur propre système satellitaire souverain. La Pologne a même reçu son système opérationnel en moins de 12 mois après la signature du contrat, un délai notable dans le secteur.

Dans les locaux d'Iceye. ©Iceye
Dans les locaux d'Iceye. ©Iceye

Un modèle totalement intégré

Iceye se distingue par son modèle intégré : elle conçoit, fabrique et opère ses satellites elle-même, ce qui lui permet de maîtriser ses coûts et d’accélérer sa cadence de production. Aujourd’hui à 50 satellites produits par an, elle vise les 100 d’ici à 2028. La société compte également Nokia et le fonds souverain du Qatar dans son capital. L’État finlandais détient de son côté une participation de 12 % : elle représente un véritable actif stratégique européen.

Mais il lui reste encore d’importants défis à relever. Car en matière d’observation spatiale, l’Europe accuse un retard sérieux face aux États-Unis et à la Chine. Selon le P.-D. G d’Iceye, l’Union européenne (UE) doit lancer au moins 100 satellites supplémentaires par an pour atteindre 1 000 unités de renseignement d’ici à 2030. C’est trois fois plus que ce que prévoit aujourd’hui la constellation Iris2. La fenêtre pour agir, dit-il, est ouverte. Mais elle ne le restera pas éternellement…

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