En France, l'usine marémotrice de la Rance produit à elle seule 10 % de l'électricité bretonne depuis 1966. Soixante ans plus tard, l'énergie des mariées, dit vulgairement, refait surface comme une solution renouvelable, prévisible et stratégique pour anticiper les crises énergétiques mondiales.

Vue aérienne de l'Usine Marémotrice de la Rance. © EDF
Vue aérienne de l'Usine Marémotrice de la Rance. © EDF

Inaugurée au siècle dernier entre Dinard et Saint-Malo en Bretagne, l'usine de la Rance, gérée par EDF, fut la première centrale marémotrice au monde. Elle exploite le marnage de l'estuaire pour produire de l'électricité à l'aide de turbines. Une technologie dont le cycle de production est connu à l'avance pour des siècles, un avantage rare dans le paysage des énergies renouvelables. Alors que la demande en électricité s'accroît et que les conflits mondiaux soulignent la valeur de l'autonomie énergétique, la France dispose d'un potentiel marémoteur parmi les plus importants d'Europe, encore très largement sous-exploité. La Marine nationale veut attirer l'attention sur cette dernière.

L'énergie marémotrice en pratique, une technologie vieille de neuf siècles dotée d'un gros potentiel en France

Faisons un peu d'histoire, chères lectrices et chers lecteurs. Remontons au XIIe siècle, oui, celui de Louis VI le Gros (tout fan des Visiteurs aura la référence), où nous retrouvons des moulins à marée déjà actifs sur les côtes atlantiques et de la Manche. Leurs bâtisseurs avaient compris quelque chose d'essentiel : la mer monte, la mer descend, et cette différence de niveau, qu'on appelle le marnage, représente une énergie colossale. Aujourd'hui, le principe n'a pas changé. On exploite toujours ce va-et-vient naturel, mais pour faire tourner des turbines et produire de l'électricité.

Une centrale marémotrice prend la forme d'un barrage installé dans un estuaire, qui coupe le plan d'eau en deux. Vous avez d'un côté la mer, de l'autre un bassin de stockage. Quand la marée monte, l'eau s'engouffre d'un côté à l'autre en traversant des vannes équipées de turbines, et elle produit de l'électricité. Quand elle redescend, le sens s'inverse, l'eau repasse dans l'autre sens à travers les mêmes turbines, et génère de l'énergie une seconde fois.

L'exemple le plus parlant, c'est cette usine de la Rance, entre Dinard et Saint-Malo, qui voit passer 9 600 m3/s d'eau quand les vannes du barrage sont ouvertes, 6 600 m3/s lorsqu'elle passe par les groupes de production en fonctionnement. Inaugurée en 1966, elle fut la toute première centrale marémotrice au monde, et elle fonctionne toujours, on peut même dire qu'elle est encore parmi les plus puissantes de la planète, et la deuxième plus grande, selon EDF. À elle seule, elle couvre près de 10 % des besoins en électricité de toute la Bretagne, soit l'équivalent de la consommation de 225 000 habitants.

Le plan de l'usine et de ses alentours. © EDF
Le plan de l'usine et de ses alentours. © EDF

Un atout stratégique à double tranchant, entre souveraineté énergétique et fragilité des infrastructures

L'énergie marémotrice intéresse les écologistes, mais pas que. Les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient nous rappellent que celui qui contrôle l'énergie contrôle le terrain. Et les armées d'aujourd'hui sont particulièrement gourmandes, avec tous les systèmes d'intelligence artificielle, les équipements connectés et les drones, qui consomment énormément d'électricité. Disposer d'une source locale, stable et prévisible peut-être un gage de supériorité militaire, et la Marine nationale française tient à le rappeler.

Car oui, la France est idéalement placée, puisque ses côtes atlantiques et de la Manche comptent sont parmi celles où la mer monte et descend le plus fort en Europe. Autrement dit, la France a un potentiel marémoteur très, très important. Et ce filon est pourtant quasi inexploité. Miser davantage sur cette énergie locale et prévisible permettrait de moins dépendre des importations de pétrole et de gaz, et cela offrirait une forme d'indépendance énergétique supplémentaire au pays.

Sauf que la technologie a pourtant ses limites. Construire et entretenir une centrale marémotrice coûte très cher, les sites géographiquement exploitables demeurent rares, et les contraintes environnementales réduisent encore les options. Mais le problème le plus délicat en 2026 reste que concentrer autant de production en un seul endroit revient à créer une cible. Si une infrastructure comme la Rance venait à être attaquée ou endommagée, c'est toute une région qui se retrouverait privée d'électricité, et la circulation locale, perturbée par la rupture de l'ouvrage, s'en trouverait également paralysée.