Les data centers manquent d'électricité à terre. Panthalassa veut les installer en pleine mer, alimentés par les vagues et refroidis par l'océan. Peter Thiel y met 140 millions de dollars.

Ocean-2, le premier prototype grandeur nature de Panthalassa. © Panthalassa
Ocean-2, le premier prototype grandeur nature de Panthalassa. © Panthalassa

Poser des serveurs sur l'eau pour faire tourner des modèles d'IA, l'idée ressemble à un pitch de science-fiction. Sauf que Panthalassa, une startup de Portland fondée en 2016, vient de lever 140 millions de dollars en Série B pour la concrétiser. Peter Thiel mène le tour de table. John Doerr, Marc Benioff (TIME Ventures), Max Levchin (SciFi Ventures), Hanwha, Fortescue Ventures et Super Micro Computer suivent. Au total, la société a levé 210 millions de dollars.

Des centrales houlomotrices qui calculent

Le concept tient en une phrase : un nœud autonome en acier de 85 mètres, fabriqué en série dans une usine côtière, qui flotte en haute mer. Il capte l'énergie des vagues pour produire de l'électricité. Cette électricité alimente des puces d'IA directement à bord. Les résultats d'inférence sont transmis à terre par satellite en orbite basse. L'eau de mer assure le refroidissement. Pas de câble, pas d'ancrage, pas de carburant.

Intérieur d'Ocean-2. © Panthalassa
Intérieur d'Ocean-2. © Panthalassa

La formule élimine d'un coup les deux principaux goulets d'étranglement des data centers terrestres : l'accès au réseau électrique et la dissipation thermique. Garth Sheldon-Coulson, cofondateur et P.-D.G., résume l'arbitrage. « Trois sources d'énergie sur la planète ont un potentiel de dizaines de térawatts : le solaire, le nucléaire et l'océan. » Panthalassa a testé trois générations de prototypes (Ocean-1, Ocean-2 et Wavehopper) en conditions réelles entre 2021 et 2024. Les nœuds Ocean-3 doivent être déployés dans le Pacifique Nord en 2026 pour valider l'inférence IA en mer. Les premiers déploiements commerciaux sont prévus en 2027.

Transport d'Ocean-2 © Panthalassa

Ni la première ni la dernière tentative

Microsoft avait immergé un container de 864 serveurs en Écosse en 2018 dans le cadre du Project Natick. Le bilan, après deux ans d'immersion, était positif : un taux de panne huit fois inférieur à celui d'un data center terrestre. Microsoft n'a pourtant jamais industrialisé le concept. En Chine, un data center sous-marin de 100 modules est en cours de déploiement au large de Hainan. Au Japon, l'armateur MOL et Hitachi ont signé un accord pour convertir des cargos en data centers flottants, avec un lancement visé en 2027. Starcloud, une autre startup américaine, a levé 170 millions de dollars en mars pour des data centers en orbite.

Panthalassa se différencie sur un point. Microsoft scellait un container au fond de l'eau. MOL recycle des coques existantes. Les nœuds Ocean-3, eux, sont conçus pour naviguer en autonomie dans les zones à forte densité énergétique. Pas de port d'attache, pas de raccordement à un réseau terrestre.

Nœuds Ocean-3 © Panthalassa

La question ouverte reste la fiabilité sur la durée. Corrosion saline, connectivité satellite en conditions météo dégradées, maintenance sans intervention humaine pendant des mois : autant de défis que les prototypes n'ont pas encore validés à l'échelle. En France, la pression sur le réseau électrique est déjà palpable. Lors de la réunion de Bercy en janvier 2025, 35 projets de data centers ont été recensés, pour une puissance cumulée de 28,6 GW. Les solutions alternatives, qu'elles flottent ou qu'elles orbitent, ne relèvent plus du fantasme.

Pour l'instant, elles relèvent encore de la promesse.