Un seul satellite radar, perché à 35 800 km d'altitude, a suivi un pétrolier en pleine tempête. La Chine vient de prouver que l'orbite géostationnaire peut servir d'œil permanent sur les océans.

Pékin a publié des images radar montrant le suivi d'un navire en mouvement depuis l'orbite géostationnaire. C'est une première mondiale. Le satellite a verrouillé le Towa Maru, un pétrolier japonais de 340 mètres. Le navire traversait des eaux agitées près des îles Spratleys, en mer de Chine méridionale.
Un radar qui voit à travers les nuages et la nuit
Le satellite opère à 35 800 kilomètres de la Terre. À cette altitude, il reste fixe par rapport au sol. Contrairement aux satellites en orbite basse, il ne survole pas une zone pendant quelques minutes. Il la surveille en continu. Couverture nuageuse, obscurité, houle violente : rien n'a empêché le suivi. Le chercheur chinois Hu Yuxin affirme que la nouvelle architecture de traitement isole les échos faibles des navires malgré le bruit de fond maritime. Selon le South China Morning Post, la marge d'erreur atteint environ trois kilomètres sur le Towa Maru. D'autres navires auraient été pistés avec une précision de 1,6 kilomètre.
Jusqu'ici, les spécialistes jugeaient l'orbite géostationnaire inutilisable pour ce type de radar. Le signal s'affaiblit trop sur une telle distance. Les réflexions des vagues submergent les échos des cibles. Les satellites radar actuels, y compris américains, opèrent en orbite basse, entre 400 et 800 kilomètres. Ils offrent une résolution supérieure, mais ne survolent chaque zone que quelques minutes par passage.
La Chine, qui multiplie les démonstrations spatiales, vient d'invalider ces deux postulats en conditions réelles. Le satellite a été lancé en 2023 depuis le centre de Xichang. C'est le premier radar à synthèse d'ouverture jamais placé en orbite géostationnaire.
Pourquoi trois satellites changeraient la donne stratégique
Trois satellites géostationnaires, positionnés à 120 degrés l'un de l'autre, couvriraient l'ensemble des océans. Sans interruption. Pour obtenir un résultat comparable en orbite basse, il faudrait des centaines, voire des milliers de satellites. La marine américaine a longtemps exploité les intervalles entre les passages de satellites espions pour masquer ses mouvements. Un système permanent rendrait cette tactique caduque.

Les groupes aéronavals approchant Taïwan ou la mer de Chine méridionale pourraient être détectés bien plus tôt qu'aujourd'hui. Pékin investit déjà dans des constellations d'IA spatiale et dans des capacités antisatellites offensives. Couplé à des radars transhorizon, des drones et des missiles antinavires, ce système resserrerait le maillage de surveillance. Les délais d'alerte pour les commandants américains dans l'Indo-Pacifique s'en trouveraient réduits.
Un tel réseau permettrait aussi de surveiller les déploiements navals en Méditerranée, dans l'Atlantique ou dans l'océan Indien. Pour les marines européennes, engagées dans des missions de sécurité maritime, la conséquence serait identique. La dissimulation en haute mer, avantage tactique fondamental depuis des décennies, perdrait son efficacité.
Reste un fossé entre la démonstration et la capacité opérationnelle. Suivre un pétrolier commercial de 340 mètres ne garantit pas le pistage de navires militaires manœuvrants. Ces derniers utilisent des contre-mesures électroniques et des techniques d'évasion radar. La constellation complète n'existe pas encore, et Pékin n'a communiqué aucun calendrier de déploiement. L'intempérie spatiale pourrait aussi dégrader les performances du système.