La France va se doter d'un jumeau numérique national financé à hauteur de 25 millions d'euros dans le cadre du programme France 2030. L'outil, souverain, pourrait être opérationnel dès cette année.

Modélisation ICU et jumeau numérique. © SIRADEL
Modélisation ICU et jumeau numérique. © SIRADEL

Ce mercredi 15 avril, le gouvernement a officialisé le lancement du Jumeau Numérique National, ou JUNN pour les intimes, une réplique virtuelle du territoire français pour simuler des crises, aménagements et scénarios climatiques. Porté par l'IGN, le Cerema et l'Inria avec le soutien de 14 partenaires officiels, ce projet à 25 millions d'euros vise ses premières applications opérationnelles d'ici fin 2026. De quoi, peut-être, transformer en profondeur la manière dont nos élus et acteurs publics prennent leurs décisions.

France 2030 lance JUNN, la réplique virtuelle du territoire français attendue pour fin 2026

Un jumeau numérique, c'est une réplique virtuelle et vivante d'un territoire réel, alimentée en continu par des données de toutes natures : cartographiques, météorologiques, urbaines, environnementales. Concrètement, JUNN permettra de reproduire la France à l'écran, d'y tester des scénarios avant qu'ils ne se produisent dans la réalité, et d'anticiper des situations critiques, comme des inondations, risques naturels, ou mutations urbaines. Comme un GPS qui, plutôt que d'indiquer la route, aiderait à prévoir les embouteillages de demain avant même qu'ils n'existent.

Derrière JUNN, l'État n'entend pas construire un outil de plus qui finira dans un tiroir, mais poser les fondations d'une infrastructure numérique nationale, partagée et 100 % souveraine. Concrètement, l'État, les collectivités et les entreprises disposeront d'une même base commune avec des logiciels, des formats de données compatibles entre eux, et des outils de visualisation en 3D, pour que tout le monde parle le même langage numérique. L'idée est de disposer d'une infrastructure nationale robuste, indépendante, sur laquelle chaque acteur public pourra s'appuyer.

Le chantier démarre dès maintenant, puisque les équipes commencent par assembler les premières briques logicielles et rassembler les données qui serviront de matière première au jumeau. Pendant les douze prochains mois, des collectivités, services de l'État et entreprises seront associés pas à pas pour tester les premières fonctionnalités concrètes, et s'assurer que l'outil répond vraiment aux besoins du terrain avant d'être déployé à grande échelle. L'objectif est de disposer d'un premier bouquet d'applications pleinement opérationnelles avant la fin 2026.

Simulation de crue du Pont du Gard. © UGE-LASTIG - IGN, réalisé avec IA
Simulation de crue du Pont du Gard. © UGE-LASTIG - IGN, réalisé avec IA

Inondations, forêts, épidémies : quand le numérique devient boussole pour les territoires

JUNN n'est pas un projet conçu dans une tour d'ivoire par quelques experts, nous rassure le gouvernement. Derrière le trio IGN-Cerema-Inria, c'est un consortium de 14 partenaires publics et privés qui s'est constitué, avec 1Spatial France aux manettes de la coordination technique. Et au-delà de ce noyau dur, plus de 200 acteurs ont déjà rejoint l'aventure, parmi lesquelles des grandes collectivités, bureaux d'études, industriels, et start-up. Une ampleur qui, en soi, témoigne de l'attente que suscite cet outil sur le terrain.

Mais à quoi servira JUNN dans le détail ? À simuler par exemple une crue avant qu'elle ne survienne, à anticiper le stress hydrique d'une région, à modéliser l'impact du réchauffement sur les forêts, ou encore à cartographier la propagation d'une épidémie. Des cas d'usage très concrets, déjà identifiés et prêts à être testés. Dassault Systèmes, partenaire du projet qui s'y connaît en jumeaux virtuels, ira même plus loin en démontrant dès les premières phases comment ses outils de simulation, habituellement utilisés pour concevoir des avions ou des véhicules, peuvent modéliser les effets du changement climatique sur l'aménagement des villes.

Du côté du gouvernement, « nous ne pouvons plus piloter nos territoires avec les outils d'hier », estime Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique. Une manière de dire que face à l'urgence climatique, les bonnes vieilles cartes papier et les tableurs Excel ne suffisent plus. Bruno Bonnell, secrétaire général pour l'investissement, va dans le même sens et explique que JUNN doit être « une boussole dont nous avons besoin plus que jamais pour naviguer le changement dans un monde en perpétuelle évolution ».