Le gouvernement a tenu un séminaire interministériel pour accélérer la réduction des dépendances numériques extra-européennes. Il en ressort une migration de Microsoft vers Linux, et un plan d'action ministériel à rendre d'ici l'automne.

Fini les outils américains dans les administrations ? La France passe à la vitesse supérieure. © NatashaLove / Shutterstock
Fini les outils américains dans les administrations ? La France passe à la vitesse supérieure. © NatashaLove / Shutterstock

À peine une semaine après l'annonce du déploiement de la plateforme collaborative LaSuite auprès des 80 000 agents de l'Assurance Maladie, la direction interministérielle du numérique (DINUM) a officialisé se jeudi 9 avril sa volonté de quitter Windows pour Linux. Les données de santé des Français devront basculer vers une solution souveraine avant la fin de l'année, une volonté déjà actée. La nouveauté, c'est que tout cela est devenu très sérieux depuis le séminaire du 8 avril, qui a réuni pour la première fois les ministères, opérateurs publics et acteurs privés autour de cette même ambition de souveraineté. Chaque ministère devra rendre sa copie à l'automne au plus tard.

La France dit vraiment adieu à Windows et aux outils américains dans ses administrations

C'est à l'initiative du Premier ministre, de David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, et d'Anne Le Hénanff, ministre délégué chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, que la DINUM, l'organisme qui pilote la transformation numérique de l'État, a réuni autour de la table le 8 avril les acteurs clés du sujet. Parmi eux, on retrouvait la direction générale des entreprises, l'ANSSI (le gendarme français de la cybersécurité) et la direction des achats de l'État. Ensemble, ils ont posé les premières briques d'un objectif concret qui consiste à identifier précisément de quels logiciels et services étrangers l'État dépend aujourd'hui, pour mieux s'en passer demain.

La première mesure forte, c'est évidemment l'abandon de Windows par la DINUM. Le système d'exploitation de Microsoft, qui équipe la quasi-totalité des ordinateurs dans le monde, laisse sa place à Linux, son équivalent libre et open source. La Caisse nationale d'Assurance maladie avait déjà annoncé la migration de ses 80 000 agents vers une suite d'outils 100 % français, avec Tchap pour les messageries internes, Visio pour les réunions en ligne, et FranceTransfert pour l'échange sécurisé de documents.

Dès le mois dernier, le gouvernement avait annoncé que la plateforme nationale centralisant les données de santé des Français serait transférée vers une infrastructure hébergée et contrôlée en Europe d'ici fin 2026, sonnant aussi la fin de l'hébergement via Microsoft. Ces annonces s'inscrivent à chaque fois dans la lignée des directives envoyées par le Premier ministre aux administrations, qui leur demandait notamment de généraliser l'usage de Visio, l'outil de visioconférence souverain de l'État, en remplacement des solutions étrangères.

À l'automne, chaque ministère devra rendre sa feuille de route numérique, loin des outils américains

Dès l'automne, chaque ministère (et les organismes publics qui en dépendent) devra remettre sa propre feuille de route pour réduire ses dépendances numériques étrangères. Le périmètre est large, puisqu'il va aussi bien des ordinateurs des agents aux équipements réseau, en passant par les antivirus, les logiciels de travail collaboratif, les bases de données, les outils d'intelligence artificielle et les infrastructures de serveurs. Autrement dit, tout ce qui fait tourner un ministère au quotidien. C'est évidemment la DINUM qui supervisera l'ensemble du processus.

Pour savoir précisément d'où viennent les dépendances et dans quelle mesure, la direction des achats de l'État dresse en parallèle un inventaire complet des logiciels et services étrangers utilisés par les administrations, pendant que la direction générale des entreprises travaille à définir ce que doit être un vrai service numérique « made in Europe ». Au mois de juin, les premières « rencontres industrielles du numérique » organisées par la DINUM seront l'occasion de réunir concrètement les acteurs publics et entreprises privées, pour bâtir ensemble une alliance formelle au service de la souveraineté numérique européenne.

« Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques », a réagi le ministre David Amiel. Voilà qui montre que lorsqu'un État utilise des logiciels étrangers, c'est une autre puissance qui fixe les conditions, les prix et les limites. Anne Le Hénanff le dit aussi, « la souveraineté numérique n'est pas une option, c'est une nécessité stratégique. » La direction est claire. Il reste désormais à transformer les promesses en résultats.