La doctrine « Cloud au centre » de l'État français affiche un bilan 2025 record avec 84 millions d'euros de commandes cloud, un montant en hausse de 62%, et avec 99% des projets étatiques orientés vers des fournisseurs européens.

L'État français a davantage progressé vers un cloud souverain en 2025 que les années précédentes. © PX Media / Shutterstock
L'État français a davantage progressé vers un cloud souverain en 2025 que les années précédentes. © PX Media / Shutterstock

C'est le bilan que la direction interministérielle du numérique (DINUM) a présenté cette semaine à Paris. Cinq ans après l'adoption de la doctrine « Cloud au centre », les chiffres confirment une adoption massive et accélérée du cloud au sein des administrations. Derrière les volumes, une tendance de fond s'impose : l'État mise résolument sur la souveraineté numérique, du SecNumCloud à l'intelligence artificielle. Ce qui retient l'attention, c'est justement ce choix désormais assumé vers les fournisseurs européens souverains, au détriment des géants américains.

Le cloud de l'État décolle, et prouve sa progression en chiffres

Depuis 2021, une règle s'impose à toute l'administration française : chaque nouveau projet numérique de l'État doit obligatoirement passer par le cloud. En 2025, cette politique a porté ses fruits. Sur le marché interministériel « Nuage public », la plateforme commune qui centralise ces achats cloud, les commandes ont atteint 84 millions d'euros, soit 62% de plus qu'en 2024. Une croissance qui montre une adoption désormais bien réelle, et non plus seulement théorique.

En 2025, ce sont 847 projets distincts qui ont passé commande sur le marché cloud de l'État, soit 42% de plus que l'année précédente, et deux nouveaux projets lancés chaque jour en moyenne. Parmi eux, des outils que les Français utilisent concrètement, citons par exemple le système informatique du SAMU, le Géoportail de l'IGN pour les cartes en ligne, ou encore les démarches d'inscription sur les listes électorales. Des services sensibles, désormais hébergés sur des infrastructures cloud françaises. On progresse !

Le mouvement ne se limite d'ailleurs plus aux ministères, puisque de plus en plus de collectivités territoriales et d'opérateurs publics rejoignent le dispositif, avec 27% de structures supplémentaires enregistrées en un an. Et le symbole le plus fort se situe peut-être ailleurs. En février, le gouvernement a annoncé que la Plateforme des données de santé (le Health Data Hub), qui centralise les informations médicales de millions de Français, sera migrée vers un cloud souverain de confiance d'ici 2027. En attendant, c'est Microsoft qui garde la main, le Conseil d'État l'a rappelé pas plus tard que la semaine dernière.

S3NS, Mistral AI, Scaleway… le cloud de confiance français s'élargit enfin

Fin 2025, une nouveauté importante est venue élargir l'offre cloud souveraine française. L'offre PREMI3NS de la société S3NS a obtenu la qualification SecNumCloud, le label de sécurité le plus exigeant de l'État français. Concrètement, S3NS est une entreprise détenue à 95% par Thales et à 5% par Google, qui utilise la technologie de Google Cloud Platform dans un cadre strictement contrôlé et sécurisé. Les administrations disposent ainsi d'un choix plus large d'hébergeurs certifiés de confiance.

D'autres acteurs français et européens sont en cours de qualification SecNumCloud, comme Bleu, Scaleway, OVHcloud et NumSpot, qui devraient prochainement rejoindre le catalogue. Du côté des logiciels du quotidien, des outils comme Pronote, le carnet de notes scolaire numérique, mais aussi Oodrive, Whaller ou Wimi, sont déjà hébergés dans ce cadre souverain. Enfin, les administrations peuvent désormais utiliser les modèles d'intelligence artificielle de la start-up française Mistral AI, déployés sur une infrastructure SecNumCloud.

Après ce bilan plutôt encourageant, l'État prépare la prochaine étape, à savoir mieux mutualiser les infrastructures cloud entre ministères, migrer les systèmes informatiques les plus sensibles vers des environnements souverains, et déployer l'intelligence artificielle dans un cadre maîtrisé. Une ambition que David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, résume ce jeudi : « Le cloud n'est pas un simple sujet technique : c'est un enjeu stratégique. » Le cap est fixé, reste à tenir la cadence.