LaSuite continue de conquérir les administrations françaises. L'Assurance Maladie a officialisé, mercredi, le déploiement de la suite collaborative hexagonale auprès de ses 80 000 agents, un nouveau signal fort pour la souveraineté numérique de l'État.

Après l'armée et le CNRS, l'Assurance Maladie adopte à son tour LaSuite pour ses 80 000 agents. © Alexandre Boero / Clubic
Après l'armée et le CNRS, l'Assurance Maladie adopte à son tour LaSuite pour ses 80 000 agents. © Alexandre Boero / Clubic

Ce mercredi 1er avril, et ce n'est pas une blague, la direction interministérielle du numérique (DINUM) et la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) ont officialisé leur partenariat pour déployer LaSuite auprès des 80 000 agents de l'Assurance Maladie. L'arrivée de la plateforme collaborative de l'État, avec messagerie, transfert de fichiers et visioconférence, est une bonne nouvelle. Et les données de santé de la Sécu transiteront désormais exclusivement par des serveurs hébergés en France. Après le ministère des Armées et le CNRS fin mars, qui a quitté Zoom, c'est un nouvel acteur majeur du service public qui rejoint la dynamique souveraine.

Avec LaSuite, l'Assurance Maladie rejoint le mouvement de la souveraineté numérique

En signant avec la DINUM, la Cnam intègre le « Club LaSuite », qui n'est autre que le groupe des administrations qui financent et co-construisent la plateforme. Concrètement, ses 80 000 agents vont progressivement adopter les outils de la suite française, à savoir Tchap pour discuter en instantané ; Visio pour les réunions en ligne et France Transfert pour échanger des fichiers lourds. Le tout stocké et hébergé sur des serveurs français.

La convention va au-delà du simple abonnement. La Cnam s'engage à développer des fonctionnalités spécifiques à ses besoins, à intégrer LaSuite dans son fonctionnement quotidien, et surtout à peser sur les choix techniques futurs de la plateforme. En d'autres termes, l'Assurance Maladie ne reçoit pas juste un outil clé en main, elle contribue à le façonner.

Pour Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam, ce partenariat représente « une étape importante » vers « une plus grande indépendance numérique ». Au-delà des mots, il s'agit de garantir que les données sensibles traitées quotidiennement par l'Assurance Maladie ne transitent plus par des serveurs étrangers. Un point non négociable quand on gère la santé de millions de Français. On rappelle qu'en 2027, le Health Data Hub, l'organisme public chargé d'exécuter le travail pour le compte de l'Agence européenne des médicaments, se séparera de Microsoft pour l'hébergement des données.

Un aperçu du service France Transfert, de LaSuite. © Alexandre Boero / Clubic
Un aperçu du service France Transfert, de LaSuite. © Alexandre Boero / Clubic

Comment LaSuite est en train de changer la donne pour la souveraineté numérique de l'État

La dynamique LaSuite n'est pas surfaite. La plateforme compte aujourd'hui plus de 500 000 utilisateurs, et la liste des administrations converties s'allonge à vue d'œil. Depuis janvier 2026, le mouvement s'est emballé, et comme nous le disions, le ministère des Armées a été le premier à sauter le pas, le CNRS a suivi en débranchant Zoom pour 34 000 agents et 120 000 chercheurs, et l'Assurance Maladie vient d'en faire autant. La plateforme tricolore serait-elle en train de devenir incontournable ?

On parle ici d'une évidente souveraineté, mais que l'État ne veut pas que marketing. Les données sont par exemple hébergées chez Outscale, filiale française de Dassault Systèmes, qui détient la certification SecNumCloud, qui rappelons-le est le label de sécurité le plus exigeant délivré par l'agence nationale de cybersécurité, l'ANSSI. Côté intelligence artificielle, la France a aussi ses propres cartes à jouer : la start-up Pyannote s'occupe de transcrire automatiquement les réunions, et le laboratoire Kyutai ajoutera le sous-titrage en temps réel d'ici l'été 2026.

Et puis il y a l'argument qui fait mouche dans les ministères. Chaque fois que 100 000 agents abandonnent un outil étranger payant, l'État économise un million d'euros par an. Difficile de ne pas y être sensible, et ces temps où se serrer la ceinture est devenu aussi systématique que d'attacher ses chaussures. Stéphanie Schaer, directrice de la DINUM, se félicite en tout cas de ce partenariat, qui pour elle « confirme l'accélération du déploiement de LaSuite » et « renforce la qualité et l'efficacité des services publics ». Souveraineté et économies dans le même paquet, le « deal », comme dirait l'autre, est plus que bienvenu.