Berlin impose le format ODF à toute son administration. Le format propriétaire de Microsoft disparaît de la liste officielle. Ce n'est pas un détail technique : c'est une décision politique qui pourrait faire basculer toute l'Europe.

Format fichier ODF © Naïm BADA
Format fichier ODF © Naïm BADA

Le gouvernement fédéral allemand a intégré l'Open Document Format (ODF) comme standard obligatoire dans le Deutschland-Stack. Ce cadre technique, publié par le ministère fédéral du Numérique, définit l'infrastructure numérique souveraine de l'ensemble des administrations publiques. Dans son billet de blog, The Document Foundation explique que seuls deux formats de documents figurent dans les spécifications : ODF et PDF/UA. Le OOXML de Microsoft est exclu. La guerre des formats entre LibreOffice et Microsoft vient de trouver un arbitre inattendu.

Ce que dit le Deutschland-Stack et pourquoi c'est contraignant

Le Deutschland-Stack n'est pas un livre blanc. C'est un cadre décisionnel soutenu par le Chancellier, le ministère du Numérique et la Conférence des ministres du numérique des Länder. Ses principes architecturaux sont explicites. Priorité aux solutions « Made in EU ». Réduction des dépendances fournisseurs. Interfaces ouvertes, stockage local des données, développement open source par défaut.

L'ODF y figure comme format standard, pas comme recommandation. Florian Effenberger, directeur exécutif de The Document Foundation, a souligné cette nuance. Pour les fournisseurs du secteur public allemand, la conséquence est directe : supporter l'ODF devient une condition d'accès au marché.

L'implémentation vise 2028. Le cadre est contraignant pour le fédéral et les Länder via les résolutions du Conseil de planification IT. Aucune loi formelle n'a encore été votée. Mais le signal est clair. Le OOXML Transitional, le format que Microsoft utilise réellement, n'a plus sa place dans l'infrastructure numérique allemande. La version Strict, théoriquement standardisée, n'est pas non plus retenue.

Un signal européen, pas seulement allemand

L'Allemagne est la première économie de l'Union européenne. Ses décisions en matière de marchés publics numériques créent des effets d'entraînement. Si les fournisseurs doivent supporter l'ODF pour travailler avec Berlin, ils le supporteront aussi pour Paris, Bruxelles ou Rome. Le précédent existe : le choix de la France pour la Suite Numérique visait déjà la souveraineté des données publiques.

La décision allemande intervient aussi dans un contexte de tensions transatlantiques sur le numérique. Le Deutschland-Stack mentionne explicitement la réduction de la dépendance aux acteurs extra-européens. L'exclusion du format Microsoft n'est pas nommément hostile, mais elle est structurellement défavorable à Redmond.

Précision importante : Microsoft Office peut lire et écrire en ODF via un module complémentaire. Le débat ODF contre OOXML n'est donc pas une interdiction de Word. C'est l'obligation pour Microsoft de jouer selon des règles qu'il n'a pas écrites. Ce qui, pour un éditeur habitué à imposer ses formats comme standards de fait, constitue un renversement.

À découvrir
Les meilleurs logiciels libres et open source en 2026
19 décembre 2024 à 11h39
Comparatifs services