Vous pensiez avoir trouvé une alternative sérieuse à Microsoft Office ? The Document Foundation vient de lancer une bombe dans le camp des suites bureautiques libres. Et la cible, c'est OnlyOffice.

Dans la guerre des formats, afficher la bannière open source ne suffit plus, encore faut-il savoir pour qui elle flotte. © Naïm BADA
Dans la guerre des formats, afficher la bannière open source ne suffit plus, encore faut-il savoir pour qui elle flotte. © Naïm BADA

OnlyOffice ne serait pas un outil d'émancipation numérique. Ce serait, selon LibreOffice, un cheval de Troie qui renforce la main de Microsoft sur les formats de documents. The Document Foundation (TDF), l'organisation berlinoise derrière LibreOffice, a publié le 16 février 2026 un billet de fond intitulé « Why ODF and not OOXML ». Le texte désigne nommément OnlyOffice comme un « faux logiciel open source ». Pour comprendre cette offensive, il faut remonter à une guerre vieille de vingt ans : celle des standards de fichiers bureautiques.

OnlyOffice dans le collimateur de la fondation LibreOffice

TDF accuse OnlyOffice de « s'associer à Microsoft dans une stratégie de verrouillage des utilisateurs ». Le reproche central : la suite privilégie les formats DOCX, XLSX et PPTX d'Office comme formats par défaut, au détriment de l'ODF (Open Document Format). Or l'ODF est le standard ouvert que LibreOffice défend depuis ses origines.​

LibreOffice
  • Prise en charge des formats Microsoft Office
  • Bibliothèque d'extensions et de templates
  • Régulièrement mis à jour
10 / 10

Le modèle de licence d'OnlyOffice est aussi dans le viseur. La suite propose une édition communautaire sous licence AGPL-3.0, présentée comme open source. Mais elle commercialise en parallèle des éditions Entreprise sous licences propriétaires. C'est cette hybridation que TDF qualifie d'« open source de façade » : une vitrine libre pour masquer un modèle commercial ancré dans la dépendance aux formats Microsoft.​

La fondation convoque aussi l'histoire pour étayer son propos. Elle compare la situation actuelle aux guerres des navigateurs des années 2000. À l'époque, Microsoft avait tenté d'imposer ses extensions propriétaires à HTML via Internet Explorer 6. Le W3C avait résisté, refusant de valider un format que son propre navigateur ne respectait pas correctement. Avec l'OOXML en revanche, l'ISO a certifié le format comme standard en 2008, malgré une procédure vivement contestée. TDF estime que cette décision continue de coûter cher aux utilisateurs, pris en étau par des formats que seul Microsoft maîtrise vraiment.

La guerre des formats, ou comment perdre la souveraineté sans s'en apercevoir

Le vrai sujet ici dépasse la querelle entre deux suites concurrentes. TDF pointe un risque structurel. Quand un outil présenté comme libre enferme les utilisateurs dans des formats contrôlés par un acteur privé, l'indépendance numérique reste un vœu pieux. La fondation l'illustre avec un exemple récent et documenté. Le procureur en chef de la Cour pénale internationale a vu son compte Microsoft fermé sur ordre du président des États-Unis. Quand vos documents reposent sur un format propriétaire, leur accessibilité peut être retirée du jour au lendemain.

Ce débat arrive au bon moment chez nous. Ces derniers mois, l'intérêt pour les solutions souveraines et libres a nettement progressé. Les tensions géopolitiques et la volonté de certains ministères de réduire leur dépendance aux fournisseurs américains accélèrent ce mouvement. La question du format de fichier n'est pas anodine : c'est un choix politique, pas seulement technique.

OnlyOffice, de son côté, n'avait pas encore répondu publiquement aux accusations de TDF au moment de la publication de cet article. L'entreprise, dont le siège social est en Lettonie, met en avant la haute fidélité de rendu des fichiers Office comme argument commercial majeur. C'est précisément ce que LibreOffice lui reproche.

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