LibreOffice vient de répondre à ses détracteurs les plus acharnés, pas sur le prix ni sur les formats, mais sur l'interface. Précisément celle que tout le monde considérait comme son talon d'Achille.

Libreoffice/MIcrosoft Office - © Naïm BADA
Libreoffice/MIcrosoft Office - © Naïm BADA

Depuis quinze ans, l'argument massue contre LibreOffice tenait en un mot : l'interface, jugée trop austère et trop éloignée du confort visuel de Microsoft 365. The Document Foundation a publié cette semaine une réponse directe à ses détracteurs, affirmant qu'aucune preuve sérieuse n'étayerait la supériorité ergonomique du Ruban de Microsoft Office. Pour comprendre cette prise de position, il faut la replacer dans la série de coups d'éclat qui rythme le début 2026 de la fondation berlinoise.

L'interface de LibreOffice, un faux procès ?

La réponse de TDF repose d'abord sur un argument de flexibilité. LibreOffice ne propose pas une seule interface, mais sept. Le concept MUFFIN (My UI, My Style) est disponible depuis la version 6.2. Il couvre un mode classique à menus et barres d'outils, un mode Notebookbar proche du Ruban de Microsoft, et un mode barre latérale. Autant de configurations que Microsoft ne propose pas, son interface étant imposée à ses utilisateurs depuis la transition vers Office 365.

Introduite dans la version 6.2, la Notebook Bar rapproche LibreOffice de son pendant Microsoftien. © TDF
Introduite dans la version 6.2, la Notebook Bar rapproche LibreOffice de son pendant Microsoftien. © TDF

TDF s'appuie aussi sur des travaux en ergonomie pour avancer que le Ruban n'offre aucun gain d'utilisabilité mesurable pour les utilisateurs expérimentés. Les menus classiques, couplés aux raccourcis clavier, resteraient plus efficaces en usage intensif. Ce n'est pas une position inédite. À la sortie d'Office 2007, le Ruban avait lui-même déclenché une vague de mécontentement chez les habitués des anciens menus de Word et Excel. La fondation note enfin que LibreOffice a été primé « meilleur rapport qualité-prix 2026 » par Capterra. Ses utilisateurs ne semblent pas partager le procès qui lui est fait.

Cette sortie médiatique arrive dans une période particulièrement chargée pour TDF. La fondation avait récemment accusé Microsoft de maintenir un format OOXML conçu pour exclure la concurrence. Elle avait ensuite attaqué frontalement OnlyOffice, la qualifiant d'« open source de façade » faisant la part belle aux formats Microsoft. Et la querelle avec Collabora autour de l'avenir de LibreOffice Online reste entière.

Derrière la posture, une vraie fragilité

Ralentissons. Ce débat sur l'interface touche exactement là où Microsoft peut encore tenir un avantage durable. Pas sur le prix, LibreOffice est gratuit. Pas sur les fonctionnalités de base, les deux suites couvrent globalement les mêmes usages. Sur la familiarité visuelle, en revanche, Microsoft demeure la norme de référence dans les entreprises et les administrations. Cet avantage ne se conteste pas avec des billets de blog.

  • Prise en charge des formats Microsoft Office
  • Bibliothèque d'extensions et de templates
  • Régulièrement mis à jour
10 / 10

Le problème est structurel. En publiant un texte pour expliquer que son interface est « en fait » meilleure, TDF adopte une posture défensive. Les utilisateurs hésitant à migrer n'attendent pas d'argumentaire. Ils attendent une expérience immédiatement familière. C'est précisément le pari qu'ont fait OnlyOffice et Collabora Online en adoptant un Ruban proche de Microsoft 365. Un choix commercial, non idéologique. Et qui fonctionne.

Cette offensive de TDF intervient au moment où la fondation cherche visiblement à reprendre la main sur son propre récit. Elle enchaîne les déclarations publiques depuis le début de l'année. Même ses dernières nouveautés techniques, pourtant solides, passent souvent sous le radar du grand public. Dans l'écosystème bureautique, affirmer qu'on est meilleur ne suffit pas. Ce sont les migrations réussies qui font les parts de marché.

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