La Document Foundation a voté le retour de LibreOffice Online, le projet de suite bureautique web qu'elle avait gelé en 2022. Collabora, l'entreprise qui en a fait son produit phare, n'a pas tardé à sortir du bois.

The Document Foundation, l'organisation berlinoise qui chapeaute LibreOffice, a officiellement révoqué ses décisions de 2022 visant à archiver et geler le dépôt LibreOffice Online. Le projet, longtemps laissé en jachère, est censé repartir sous la houlette de la communauté open source. Pour comprendre pourquoi cette décision fait autant de bruit, il faut remonter à une rupture consommée il y a six ans, quand Collabora a choisi de prendre le large avec le code source du projet pour en faire un produit commercial indépendant.
Ce que TDF a voté, et ce qu'elle promet de ne pas faire
le conseil d'administration de TDF a adopté un vote formel révoquant les décisions qui avaient conduit au gel du projet. Le dépôt de code a été rouvert, et la fondation invite la communauté à reprendre le développement. TDF pose toutefois une condition centrale : elle ne gérera pas elle-même des serveurs pour héberger le service. Autrement dit, LibreOffice Online serait un outil que chacun pourrait déployer chez soi, sans instance officielle centralisée portée par la fondation.

- Prise en charge des formats Microsoft Office
- Bibliothèque d'extensions et de templates
- Régulièrement mis à jour
Ce positionnement ressemble à une tentative de désamorçage préventif. TDF semble vouloir éviter de se retrouver en concurrence frontale avec ses propres partenaires commerciaux, Collabora en tête. Mais pour Collabora, ce verrou ne suffit pas. L'entreprise, dont les ingénieurs ont historiquement fourni l'essentiel du travail de développement sur LibreOffice Online, perçoit cette relance comme une menace directe contre Collabora Online, sa suite bureautique web commerciale dérivée de ce même code.
Une querelle de chiffres qui cache une guerre de territoire
Michael Meeks, membre du conseil d'administration de TDF et cadre dirigeant chez Collabora, a fermement contesté la version des faits de la fondation. TDF affirmait avoir « substantiellement financé » les débuts de LibreOffice Online. Meeks réfute cette lecture et avance que ce sont les millions d'euros investis par Collabora qui ont véritablement construit le projet. La querelle comptable n'est pas anodine : elle conditionne la légitimité morale de chacun à décider de l'avenir du code.
- Open source et sécurisé
- Compatible formats Microsoft
- Édition collaborative en temps réel
Le fond du problème est plus structurel. En octobre 2020, Collabora avait officiellement sorti Collabora Online du périmètre de TDF, après des tensions croissantes autour du modèle économique du projet. À l'époque, Collabora représentait environ 95% du travail d'ingénierie sur LibreOffice Online. L'entreprise craignait qu'une version gratuite et estampillée LibreOffice, distribuée directement par TDF, ne cannibale ses propres revenus. En 2022, TDF avait finalement gelé le projet, un compromis qui satisfaisait temporairement tout le monde. Le vote de février 2026 a rouvert cette plaie.
LibreOffice n'en est pas à son premier drama cette semaine. On se souvient que TDF avait récemment attaqué frontalement OnlyOffice, l'accusant d'être un « faux logiciel open source » qui renforce la dépendance aux formats Microsoft. Et du côté de Collabora, l'entreprise avait, il y a quelques mois, lancé Collabora Office Desktop, une suite locale qui partage exactement le même moteur que sa version web, cherchant à unifier son offre sur tous les environnements. Autant d'initiatives qui dessinent, en filigrane, une fondation et ses partenaires historique tirant chacun la couverture à soi.