Un an après le Sommet de Paris sur l'IA, la France fait son bilan. Avec des start-up prometteuses, des datacenters en chantier, et des agents publics équipés, les engagements commencent à tenir leurs promesses.

La France confirme son rang parmi les leaders mondiaux de l'intelligence artificielle. © Mahir Asadli / Shutterstock
La France confirme son rang parmi les leaders mondiaux de l'intelligence artificielle. © Mahir Asadli / Shutterstock

Le gouvernement a publié son dossier de bilan, mardi 10 février 2026, tout juste un an après le grand rendez-vous du Grand Palais, sur l'intelligence artificielle. En douze mois, on constate que les start-up françaises ont levé 2,6 milliards d'euros l'an dernier, que les centres de données sortent de terre à travers tout le pays, et que 110 000 agents publics utilisent désormais des outils IA.

Mistral AI et les start-up françaises imposent la France sur la carte mondiale de l'IA

Un an, c'est court. Et pourtant, les start-up françaises de l'IA ont levé plus de 2,6 milliards d'euros en 2025. La locomotive s'appelle évidemment Mistral AI, pépite hexagonale des grands modèles de langage, avec 1,7 milliard à elle seule. Dans son sillage, Helsing, l'entreprise franco-allemande spécialisée dans l'IA de défense, a décroché 600 millions d'euros. La France affiche une honorable place au Global AI Index 2024, le baromètre mondial de référence sur la compétitivité des nations en matière d'intelligence artificielle.

Pour entretenir cette dynamique, l'État a créé le dispositif « Pionniers de l'IA », un programme public qui repère les projets technologiques les plus prometteurs et les finance dès leurs débuts, avant même qu'ils aient fait leurs preuves sur le marché. Piloté par Bpifrance et l'Inria, le grand organisme public de recherche en numérique, il vient d'annoncer ce 10 février 2026 ses 23 premiers projets sélectionnés, soutenus à hauteur de 10 millions d'euros via France 2030, dans des domaines comme la robotique industrielle, la santé ou la cybersécurité.

Une autre priorité du gouvernement : faire en sorte que l'intelligence artificielle ne reste pas l'apanage des grandes entreprises tech. Lancé en juillet 2025, le plan national « Osez l'IA » fixe des objectifs concrets d'ici 2030, comme équiper la totalité des grandes entreprises, mais aussi 80 % des PME et la moitié des très petites entreprises, celles qui emploient moins de dix personnes. Pour y parvenir, plus de 500 ambassadeurs ont été recrutés et formés pour aller à la rencontre des dirigeants sur tout le territoire, expliquer concrètement ce que l'IA peut apporter à leur activité et les orienter vers les bons outils. Plus de 35 000 entreprises ont déjà été sensibilisées aux opportunités offertes par l'IA.

© Iva Gomez / Shutterstock
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Avec les datacenters, la France s'arme pour devenir le hub IA de l'Europe

Le Sommet de l'IA avait vu les annonces pleuvoir avec 109 milliards d'euros promis pour construire en France des datacenters. Un an après, les projets avancent puisque plus de 75% des entreprises engagées ont déjà trouvé leur terrain. Et la puissance électrique réservée pour alimenter ces futurs sites atteint 5,8 GW, l'équivalent de la consommation de plusieurs millions de foyers.

En Seine-et-Marne, le Campus IA de Fouju réunit des acteurs de poids comme NVIDIA, MGX, Bpifrance et Mistral AI autour d'un chantier XXL, qui vise à créer le plus grand campus européen dédié à l'IA. Sa puissance de calcul, mesurée en mégawatts de consommation électrique, doit passer de 240 MW fin 2027 à 700 MW fin 2029, soit, à terme, de quoi alimenter une ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants. À Montereau-Vallée-de-la-Seine, c'est une ancienne centrale thermique EDF qui se réinvente en méga datacenter, pour un investissement estimé à 4 milliards d'euros par OpCore.

Pour que ces chantiers avancent vite, l'État et RTE (le gestionnaire du réseau électrique français) ont créé une voie rapide, avec cinq sites prioritaires branchés au réseau en trois à quatre ans seulement, contre des délais bien plus longs habituellement. En parallèle, la France prépare son supercalculateur Alice Recoque, dont la mise en service est prévue pour 554 millions d'euros sur cinq ans. Il promet un milliard de milliards de calculs par seconde, une puissance qui en fera le deuxième supercalculateur le plus puissant d'Europe.

Plus de 110 000 agents publics français utilisent désormais l'intelligence artificielle

L'IA a aussi investi les bureaux de l'État. Début 2026, plus de 110 000 fonctionnaires avaient déjà activé « l'Assistant IA » dans leur quotidien professionnel, assistant conçu pour les agents publics et propulsé par le moteur de la start-up française Mistral AI. L'outil est aujourd'hui déployé dans huit ministères. Visio, l'outil de vidéoconférence souverain, est testé par 40 000 agents, avant d'être déployé à l'ensemble des agents en 2027. Le ministère des Armées aussi est en train d'adopter différents outils conversationnels ou des suites d'outils, comme GenIAI.intradef et MirAI.

Sur le terrain écologique, la France a cofondé une Coalition internationale pour une IA durable, aux côtés de l'ONU Environnement et de l'agence onusienne des télécommunications. Elle fédère aujourd'hui plus de 220 membres (États, entreprises, ONG) autour d'un même objectif, qui est de rendre l'intelligence artificielle moins gourmande en énergie et en ressources. En décembre 2025, cette mobilisation a débouché sur une première concrète, avec l'adoption par l'ONU d'une résolution officielle sur l'impact environnemental de l'IA, une première mondiale directement portée par la dynamique du Sommet de Paris.

La France n'a pas l'intention de lever le pied. Les 18 et 19 février, elle sera à New Delhi pour le Sommet mondial sur l'impact de l'IA, pour continuer à porter une vision de l'IA accessible à tous, et encadrée. En juin 2026, la France présidera le G7 à Évian, réunion annuelle des sept grandes puissances économiques mondiales. Au menu, il sera notamment question de la sécurisation des systèmes d'IA, de la protection des enfants sur internet et de l'aide apportée aux petites entreprises pour adopter ces technologies.