Jen-Hsun Huang, Nvidia : "avec Tegra, 3D et HD sur mobile deviennent réalité"

01 juin 2018 à 15h36
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Numéro un mondial du marché des cartes graphiques dédiées, l'américain Nvidia prépare son entrée sur un marché qui lui était jusqu'ici inconnu : celui de la mobilité, avec comme produit phare une puce tout en un nommée Tegra, qui promet une expérience 3D et multimédia bien supérieure à ce que permettent aujourd'hui les smartphones, pour une consommation électrique extrêmement réduite. Un secteur déjà bien occupé par des acteurs historiques tels que Samsung, Texas Instruments ou Qualcomm, qui affiche des ambitions similaires avec son dernier né, SnapDragon.

De passage à Paris, Jen-Hsun Huang, PDG et cofondateur de Nvidia, revient pour nous sur la genèse de Tegra et sa proposition de valeur à quelques mois de l'arrivée dans le commerce des premiers terminaux qui en tireront parti. Il partage également sa vision d'une informatique toujours plus « visuelle », dans laquelle la carte graphique assure à la place du processeur les calculs massivement parallèles auxquels elle se prête, et n'hésite pas à épingler les pratiques commerciales d'Intel.


AL - Jen-Hsun Huang, bonjour. Présentée pour la première fois en juin 2008, au Computex, Tegra n'est toujours pas disponible pour le client final. Pourquoi un tel délai ?

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Jen-Hsun Huang - Nous avons fourni les premiers samples il y a un an, et allons commencer les livraisons ce trimestre. Aujourd'hui, nous avons déjà remporté plus de quinze designs, dont celui du Zune HD mais aussi d'autres lecteurs multimédias, de smartphones et de smartbooks, qui arriveront sur le marché d'ici la fin de l'année.

Dans le domaine de la mobilité, développer une puce en partant de zéro, comme nous l'avons fait avec Tegra, est bien plus long que dans l'univers du PC, où tout est standardisé. Cela nous a pris trois ans, auxquels il faut ajouter une année supplémentaire pour que nos clients réalisent l'intégration dans leurs produits.

Pour l'instant, nous sommes en phase avec notre time to market et nous allons encore l'accélérer. N'oubliez pas qu'il a fallu trois ans à Texas Instruments pour développer son premier processeur OMAP, et que le SnapDragon de Qualcomm, annoncé un an avant Tegra, n'est toujours pas lancé (il le sera le 9 juillet prochain au travers du TG01 de Toshiba, ndlr).

Que représente un projet comme Tegra en termes d'investissements financiers ?

L'investissement se monte aujourd'hui à plus de 500 millions de dollars. L'intégralité du développement a été menée en interne, à l'exception du processeur ARM, obtenu sous licence.

N'aurait-il pas été plus pertinent d'opter pour un coeur x86 pour percer dans le domaine de l'ordinateur personnel ?

ARM est aujourd'hui un standard de l'industrie dans le domaine de la mobilité, il était donc difficile de se tourner vers autre chose. Le x86 est de toute façon bien trop gourmand pour ce que nous voulons faire. Même le plus petit des processeurs Atom consomme quinze fois plus qu'un coeur ARM, qui nous permet déjà d'être compatible avec Windows CE, Windows Mobile, Android et Linux.

Pourquoi devrais-je choisir Tegra plutôt qu'une puce comme SnapDragon ?

Avec Tegra, vous pouvez retrouver sur un smartphone, un smartbook ou, demain, dans votre cuisine intelligente l'intégralité de ce que vous consultez lorsque vous êtes sur le Web, avec tout ce que cela comprend en matière de 3D, d'animations Flash ou de haute définition. Tegra sera la puce idéale pour le « web computing » en HD, tout simplement. Quant à SnapDragon, je peux vous dire que les résultats ne sont pas si impressionnants qu'on le dit. Pour l'instant, c'est ma parole contre la leur, mais vous verrez lorsque les premiers produits équipés de Tegra arriveront sur le marché !

Sur le plan financier, qu'attendez-vous de Tegra ?

Je pense que d'ici un an ou deux, Tegra devrait représenter 10% de notre business. L'activité est nouvelle, et sera logiquement en croissance, mais elle ne sera pas la seule à progresser. Par contre, elle devrait rapidement occuper une part de plus en plus importante de nos revenus : des milliards d'appareils sont susceptibles d'accueillir notre produit. Dans le domaine de la mobilité, mais pas seulement : on peut aussi penser à l'automobile, ou à tout équipement connecté à Internet.

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Passons maintenant à Ion, la puce que vous réservez aux ordinateurs portables et notamment aux netbooks ? Placée chez Apple sous la marque GeForce, elle bénéficie d'une presse favorable mais se fait toujours attendre chez d'autres fabricants. Des problèmes avec Intel ?

Il y a beaucoup de pression sur le marché des netbooks, et les techniques commerciales d'Intel font qu'il est bien difficile de se faire une place, même avec un produit qui est bien meilleur. Pour un OEM, le prix d'un processeur Atom est d'à peu près 45 dollars la pièce. Mais si vous acceptez de prendre un chipset d'Intel avec votre processeur, le prix passe à 25 dollars. On vous accorde donc une ristourne de 20 dollars pour que vous preniez le chipset, mais attention : il n'est pas question de le jeter ! Si vous ne l'utilisez pas, vous allez devoir rembourser ces 20 dollars. A côté de cela, nous vendons notre puce environ 30 dollars. On en arrive donc à 75 dollars pour une machine équipée d'un Atom et d'Ion, contre 25 dollars si l'on reste chez Intel.

Prenez ce café que nous sommes en train de boire. Imaginez que vous ayez le choix entre un sucre vraiment génial, que vous allez devoir payer à sa juste valeur, et un sucre bien moins bon, mais qu'on vous indemnise pour consommer : qu'allez-vous choisir ? En dépit de cette situation, des fabricants comme Lenovo ou Samsung sont prêts aujourd'hui à payer 75 dollars plutôt que 25, parce que notre puce dispose d'arguments que celle d'Intel n'a pas.

Les choses ne risquent-elles pas d'être encore plus complexes lorsque les futurs processeurs d'Intel et d'AMD intègreront un contrôleur graphique, ce qui devrait arriver dès 2010 ?

C'est un peu pareil qu'avec Ion : si le sucre qui est fourni avec votre café n'est pas bon, vous allez en chercher un qui a meilleur goût : ce seront nos cartes graphiques. C'est d'autant plus vrai qu'on ne parle plus simplement de graphiques, au sens 3D et affichage vidéo, mais d'une puce capable de jouer le rôle d'un coprocesseur (principe du GPGPU, ou processeur graphique employé à des calculs généraux, ndlr), ce que ne savent pas faire les chipsets Intel.

D'où le projet Larrabee, qui signera le retour d'Intel sur le marché des cartes graphiques dédiées ?

Il faudra juger sur pièce, mais pour nous l'arrivée de Larrabee est une bonne nouvelle : ce serait la confirmation du bien fondé de notre démarche. Je les accueille à bras ouverts !

La question est récurrente, mais Nvidia pourrait-il à l'inverse venir sur le marché du processeur ?

Nous voulons changer le monde, pas faire ce que les autres font déjà ! Il est bien plus intéressant pour nous d'entrer sur ce marché par l'intermédiaire d'une approche inédite, le GPGPU, que d'aligner un nouveau processeur à la longue liste de ceux qui existent aujourd'hui. Notre grande force, c'est d'avoir mis au point une véritable architecture permettant de tirer parti de la puissance de calcul des cartes graphiques. Cette architecture, qu'exploiteront Windows 7 et le futur Mac OS X, c'est CUDA (Compute Unified Device Architecture, ndlr), et CUDA fonctionne sur l'ensemble de nos puces, de Tegra à Tesla, notre solution dédiée au calcul haute performance.

Jen-Hsun Huang, je vous remercie.
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