Tarifs, professions, actes autorisés... Tout savoir sur la télémédecine avec le Dr Malachane (Leah.care)

20 janvier 2020 à 12h05
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Docteur Louis Malachane
Docteur Louis Malachane (© Leah.care)

Le médecin généraliste dévoile, pour Clubic, le fonctionnement de la plateforme Leah.care, qui permet aux praticiens de se livrer à de la téléconsultation avec leurs patients.

Créée il y a environ deux an et demi, Leah.care est une solution de téléconsultation créée par des médecins au service des praticiens et de leurs patients, convaincus que la technologie peut se mettre au service du système de santé.

Curieux face à l'émergence de ces plateformes qui peuvent susciter des interrogations, nous avons justement souhaité en savoir plus sur le fonctionnement de la solution qui a déjà permis la tenue de dizaines de milliers de téléconsultations. Pour découvrir les contours de la télémédecine et l'envers du décor, nous avons interrogé le directeur médical de Leah.care, Louis Malachane, 29 ans.

Médecin généraliste « novice » de formation, son cursus parle pour lui. Outre ses études de médecine générale, il a suivi un cursus en sociologie, éthique et philosophie du soin en Master 1 et Master 2, puis travaillé en agence de communication santé, avant de se découvrir un réel intérêt pour la télémédecine, « le secteur le plus intéressant et le plus prometteur », comme il la qualifie lui-même. Un point d'importance : il ne faut pas confondre la télémédecine, qui concerne des cas pratiques, médicaux réglementés, tarifés par l'assurance maladie et effectués par un professionnel médical, avec la santé connectée. Interview.

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© Pixabay

Leah.care, la plateforme qui respecte tous les codes de la téléconsultation

Clubic : Sur Leah.care, les professionnels peuvent s'inscrire en fournissant un nombre limité d'informations renseignées, en quelques clics avec une inscription qui ne prend, en théorie, qu'une poignée de minutes. Cette simplification de la procédure est, on l'imagine, un avantage ?

Louis Malachane : L'inscription est effectivement facile. Il y a plusieurs informations à renseigner, comme le numéro d'identification du médecin. Nous travaillons toujours à la simplification de la procédure d'inscription, qui n'est pas encore optimale. Il faut bien comprendre que Leah est une plateforme de télémédecine. Chirurgien, médecin, chirurgien-dentiste et sage-femme sont les quatre professions autorisées. Toutes les autres professions, comme les infirmières, les kinésithérapeutes, les pharmaciens etc., ne peuvent pas pratiquer la télémédecine mais le télésoin, qui est différent et qui n'est pas encore pris en charge par la sécurité sociale.

« Chirurgien, médecin, chirurgien-dentiste et sage-femme sont les quatre professions autorisées pour pratiquer la télémédecine »


Il est aussi très facile pour les patients de s'inscrire sur la plateforme...

Oui, il faut effectivement renseigner le nom, le prénom, la date de naissance, l'adresse, le numéro de sécurité sociale et les données de la carte bancaire. Le numéro de Sécu permet au patient de se faire rembourser l'acte de téléconsultation, puisque tous les actes de télémédecines menés sur Leah.care sont remboursés. Les informations bancaires, elles, permettent au praticien d'être payé, en toute logique.

Comment se passe le paiement et le remboursement, par rapport à un parcours traditionnel ? Concernant le prix d'une téléconsultation, est-il le même (25 euros) que celui d'une consultation classique ?

Sur le prix, la sécurité sociale s'est alignée sur celui des consultations présentielles. Le prix d'une téléconsultation est, chez les praticiens de secteur 1, le même que celui d'une consultation présentielle. Pour les praticiens de secteur 2, c'est normalement le même, bien que certains pratiquent un dépassement d'honoraires en télémédecine différent qu'en présentiel. Ce sont en tout cas les mêmes bases de remboursement.

Le patient inscrit n'a rien à faire de particulier. Il lui suffit de valider le prix de la téléconsultation, puis sa carte est débitée par le praticien, qui rédige la feuille de soins électronique et l'envoie à la sécurité sociale, comme lors d'une consultation présentielle.

« Tous les actes de télémédecines menés sur Leah.care sont remboursés par la sécurité sociale »


Comment se déroule une téléconsultation ?

Le patient se connecte et rejoint la salle d'attente virtuelle. Il est mis en contact par un lien vidéo avec le praticien. La téléconsultation s'effectue, et bien entendu, les lecteurs ont bien compris qu'il n'y a pas ou peu d'examens physiques possibles en télémédecine, et nous n'avons aucunement vocation à remplacer les consultations présentielles. L'échange est oral, et le patient peut montrer des lésions cutanées par exemple, ou des symptômes perceptibles avec la caméra. Des échanges de documents sont possibles. Le patient peut notamment envoyer des photographies prises plus tôt dans la journée ou dans la semaine pour montrer l'évolution de symptômes par exemple. Une fois la téléconsultation terminée, la carte de paiement du patient est débitée, le praticien envoie la feuille de soins pour le remboursement. Le patient reçoit ensuite, sur son espace sécurisé Leah, les ordonnances et le compte rendu de la téléconsultation.

Pour quels types d'actes peut-on justement solliciter un médecin en téléconsultation ?

Il y a d'abord les actes de suivi médical, notamment pour les gens qui vont régulièrement chez le médecin. Beaucoup de Français souffrent de maladies chroniques, comme l'hypertension artérielle, l'asthme, le diabète, qui sont des maladies qui nécessitent un traitement régulier et des visites fréquentes chez le médecin, pour renouveler des traitements et pour communiquer au médecin des résultats d'analyses ou de mesures faites à domicile. Tout ceci s'adapte très bien à la télémédecine.

« Chez les praticiens de secteur 1, le prix d'une téléconsultation est le même que celui d'une consultation présentielle »


On peut aussi mener des consultations dites de "coaching", ou d'éducation thérapeutique, pour vérifier notamment que le patient suit bien son régime, qu'il comprend et assimile bien un traitement un peu complexe à mettre en place. Il y a aussi les consultations de prévention, pour les vaccins par exemple ou certains examens comme la mammographie ou le frottis ; ou les consultations d'organisation du parcours de soin.

Docteur Louis Malachane
Docteur Louis Malachane (© Leah.care)

La télémédecine, une remise en question pour tout un secteur

Combien de médecins et de patients recense-t-on sur Leah.care ?

Nous comptons près d'un millier de médecins. Nous nous en approchons en tout cas. La moitié sont des généralistes, l'autre des spécialistes, ce qui respecte la répartition des médecins en France (100 000 environ de chaque côté).

Concernant les patients, ce que je sais, c'est que nous avons déjà assuré des dizaines de milliers de téléconsultations.

Les médecins qui exercent sur Leah.care sont-ils plutôt jeunes ?

Il y a un profil type qui se dégage, effectivement. Dans l'ensemble, les médecins de la plateforme sont jeunes. Mais un médecin « jeune » a entre 35 et 45 ans. Avant cela, vous êtes un novice, qui n'a que récemment terminé sa formation initiale. Les médecins jeunes ont une appétence pour le numérique, les nouvelles technologies et n'hésitent pas à remettre en question leur pratique de la médecine.

« Sur Leah, la moitié des praticiens sont des généralistes, l'autre moitié des spécialistes, ce qui correspond à la répartition des médecins en France »


Des médecins se consacrent-ils exclusivement à la téléconsultation ? Ou certains coupent-ils la poire en deux entre la pratique en cabinet et la pratique via la télémédecine ?

Je suis médecin généraliste une journée et demie par semaine. Je fais de la pratique médicale en cabinet classique, où je remplace un médecin. Je ne pratique pas en tant que médecin généraliste chez Leah.care. En fait, sur notre plateforme, le médecin ne travaille pas chez nous, il s'abonne à une solution et fixe son propre emploi du temps. C'est un outil qu'il a à sa disposition pour suivre ses patients. Ils ont des créneaux de téléconsultation qu'ils répartissent durant leur semaine.

Les médecins n'ont pas été formés pour la télémédecine. Il leur faut parfois un peu de temps pour tout mettre en place. Après avoir discuté avec beaucoup de doyens de faculté, la pratique va commencer à rentrer dans les mœurs et le programme obligatoire de la formation des médecins en France. Certaines formations émergent, et certains organismes de formation continue également. Ils commencent à former les praticiens à la télémédecine.

« En rejoignant Leah, le médecin ne travaille pas chez nous mais s'abonne à une solution et fixe son propre emploi du temps »


Peut-on dire que la télémédecine représente, aujourd'hui, l'avenir du monde médical, à l'heure du développement de la connectivité dans certaines zones rurales et de l'émergence progressive des réseaux mobiles, 3G, 4G et 5G ?

La télémédecine va faire partie du futur de la médecine mais au même titre que plein de nouvelles thérapies. Elle sera une partie de la médecine de demain.

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© Pixabay

Que pensez-vous de « l'ingérence » (le mot est fort), mais disons de « l'intérêt » des géants du numérique, comme Google, pour la santé ?

Il y a plusieurs choses à prendre en compte. D'abord, nous parlons de sociétés américaines, donc il y a une législation différente sur les données de santé. Ensuite, il y a un système de soins différent, ainsi qu'une éthique et une pratique médicales assez opposées. Les pratiques outre-Atlantique dérangent forcément plus depuis l'Europe que depuis les USA. On sait que Google a collecté les données médicales de millions d'Américains pour mener un projet de recherche. Ce que je peux souhaiter, pour eux, c'est qu'ils s'équipent d'un comité d'éthique solide pour éviter ce genre de déboire. Mais si nous pouvons tirer bénéfice de leurs ingénieurs et de leurs capacités techniques pour obtenir des résultats intéressants, cela peut être une bonne opportunité.

« Le développement du DMP se fera via des campagnes de communication intelligentes »


Concernant le DMP, le Dossier médical partagé, pensez-vous que l'objectif du gouvernement, qui vise les 40 millions de DMP ouverts d'ici 2022, pourra être atteint ?

L'objectif est ambitieux, et je pense que le gouvernement a une stratégie pour l'atteindre. Il faudra pour cela des campagnes de communication près du grand public sur la télémédecine et le Dossier médical partagé, mais des campagnes intelligentes qui présentent correctement le sujet et ne créent pas d'appréhension chez le public. Le DMP, j'y crois. Il faut aussi que les autorités mettent à contribution les praticiens, qui ont leur part de travail à faire.

Quelques patients ont pu me parler du DMP, mais cela ne concerne qu'une minorité, hélas. Il y a un travail de sensibilisation à accomplir.

Merci beaucoup Louis Malachane pour votre temps, on vous souhaite bonne continuation.

Merci à vous et aux lecteurs de Clubic !
Modifié le 20/01/2020 à 20h24
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