Serge Roukine, AppDays : "il faut savoir faire table rase des leçons du Web"

13 septembre 2013 à 16h21
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Après avoir co-fondé les places de marché Codeur.com et Graphiste.com, puis écrit quelques livres, Serge Roukine s'occupe depuis 2012 d'organiser un évènement dédié aux acteurs de l'univers des applications mobiles, AppDays, dont la deuxième édition aura lieu les 7 et 8 novembre prochain. Pour Clubic Pro, il revient sur les ambitions de ce salon et prodigue quelques premiers éléments de réflexion à destination de ceux qui voudraient investir le terrain des Apps mobiles.

Serge Roukine, bonjour. Présentez-nous cette deuxième édition d'AppDays en quelques mots ?

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Pour notre premier évènement l'an dernier, on avait réussi à réunir environ 200 personnes pendant une journée. Tout s'était très bien passé, avec des intervenants de qualité de chez Facebook, Microsoft ou AppGratuites. Cette année, on ambitionne de faire deux fois plus : on attend 400 personnes pour deux jours d'échange, avec à nouveau des speakers plutôt prestigieux puisqu'on attend des gens comme Daniel Hasselberg, le créateur de Ruzzle, Charles Christory, fondateur d'Addictiz, Tristan Nitot qui viendra parler de Firefox OS ou un représentant d'Amazon qui évoquera le modèle de leur App Shop destiné à Android.

Pour ce qui est du format, on aura d'un côté une vingtaine de conférences d'environ une demi-heure et de l'autre des ateliers plus soutenus sur une heure et demi, avec l'objectif d'aborder des sujets vraiment concrets qui peuvent aller des tendances en matière de design mobile à la gestion des mises à jour ou des tests sur une application.

Pourquoi mettre sur pied un évènement de ce genre ?

De ma fenêtre, ça fait plusieurs années que je vois le mobile monter en puissance. Grâce à codeur.com et à sa base de prestataires, on est bien placé pour réaliser ça : on se rend compte qu'aujourd'hui 30% des demandes de devis concernent le mobile par exemple. Je pense donc qu'il y a un besoin, une demande, pour un salon qui soit à mi-chemin entre une conférence et une formation, un salon où l'on peut apprendre des choses et rencontrer des contacts intéressants. On essaie d'en faire un évènement no-bullshit, d'où on retire quelque chose.

Histoire d'amorcer la réflexion, quelle est selon vous la première question que devrait se poser avant de se lancer pour de bon dans un projet mobile ?

Pas évident ! Je dirais qu'il faut se demander comment résoudre un problème actuel et bien réel grâce aux nouveaux usages que suscitent les smartphones, et aux technologies associées. L'un des exemples récents les plus marquants pour moi est celui d'Uber. Pourquoi ? Parce qu'ils sont partis d'un besoin, et y ont répondu avec le mobile, sans essayer de répliquer les principes et les habitudes venus du Web. À la place, ils ont choisi de tout réinventer : photographier votre carte bancaire au lieu d'entrer le code, la géolocalisation au lieu d'entrer une adresse, etc. Il faut savoir faire table rase des leçons du Web, de la même façon que faire du Web il y a quelques années ne devait pas consister à mettre en ligne un PDF de son catalogue.

Parmi les questions récurrentes se pose celle de la plateforme : quelles sont les questions à se poser pour choisir s'il vaut mieux se lancer sur iOS, Android ou un autre ?

Il y a un certain nombre de chiffres qui peuvent aider à prendre une décision, en fonction du type d'application et du modèle économique envisagé. On sait globalement qu'iOS rémunère plus par exemple, ou que les modèles freemium fonctionnent très bien sur Android. Après, à force de côtoyer des développeurs, j'ai l'impression que c'est souvent une question de goût, d'habitude, voire parfois de chapelle. Finalement, le plus simple est peut-être de partir sur la plateforme qui te parle le plus. Le choix dépend aussi des moyens mis à disposition : on peut aussi envisager de partir sur deux, voire trois plateformes de front.

Si je voulais me lancer dans le business des apps mobiles, quels sont les secteurs ou les thèmes que je devrais particulièrement surveiller ?

Si l'objectif est de devenir millionnaire, alors j'ai bien peur qu'il faille lancer un jeu freemium. Il y a énormément de monde sur le créneau, mais on sait que le gaming en freemium est l'un des modèles qui rapporte le plus. Dans les autres créneaux porteurs, on a tout ce qui tourne autour de la messagerie, du partage et de l'échange. Bien sûr, il y a déjà les WhatsApp, instagram et autres, mais on n'en a pas fini avec le social. Ce sont des business difficiles, où quelques-uns vont avoir la chance que ça prenne et exploser quand la plupart vont se planter, mais ce qui est sûr, c'est qu'il reste beaucoup à faire.

Trois conseils ou trois écueils à éviter à destination des start-ups et autres entrepreneurs mobiles ?

En premier conseil, je dirais qu'il ne faut surtout pas penser que développer une application va suffire à réussir, même si elle est de bonne qualité. Il est important de comprendre que ce qui fait marcher une application, c'est la façon dont on la fait connaître. Il ne faut donc surtout pas sous-estimer ça et par exemple ne pas faire de business plan sans intégrer ça.

Une autre erreur serait de vouloir concevoir une application unique pour toutes les plateformes. Chacune d'entre elles a ses spécificités, ses propres codes en termes d'ergonomie, il faut donc s'adapter à chaque fois. Enfin, je conseillerais de bien réfléchir à son modèle économique, notamment en fonction de la plateforme : quand on regarde les chiffres du marché, on se rend compte que le modèle qui marche sur iOS n'est pas forcément aussi efficace sur Android...

Un avis sur l'écosystème mobile français ?

Il me semble qu'on y voit beaucoup de gens qui fonctionnent très bien, et de très belles réussites. Il suffit de regarder le rachat de Sparrow par Google, la levée de fonds réalisée par Sunrise, ou l'acquisition de Foldr par Box.net. On devrait éviter de dire comme on l'a parfois fait avec le Web qu'on est en retard. On peut aussi citer AdopteUnMec ou Coyote, qui se placent régulièrement dans le top des applications les plus rentables, ou s'intéresser à des boîtes comme Withings, qui font énormément autour de la tendance du quantified self. Il y a beaucoup de très belles applications en France et un climat dynamique.

Comment voyez-vous évoluer le marché ?

On va sans doute aller vers une rationalisation du secteur, qui à première vue sera peut-être plus difficilement accessible. Aujourd'hui, on peut créer une application à une ou deux personnes et s'arranger pour la faire connaître, mais assez vite, il faudra sans doute disposer de plus en plus de moyens, pour le développement bien sûr mais aussi et surtout pour la promotion, c'est ce que l'histoire nous apprend.

Heureusement, on est sur un marché qui n'est pas encore complètement mûr, et qui laisse une vraie place aux inventions. Par exemple, cette semaine on glose beaucoup autour du capteur d'empreintes digitales de l'iPhone 5s, mais on ne sait pas bien encore comment les applications et les utilisateurs s'en empareront. Les vrais déclencheurs ne viendront pas forcément des grands acteurs, la vraie promesse peut se révéler grâce à des petits qui inventeront des usages. Même s'il est inévitable que le marché se concentre etc., il restera heureusement de la place pour de nouveaux entrants, des gens qui n'auront pas d'a priori.

Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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