A Madrid, les internautes "font la loi"

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Le 23 décembre 2015
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Madrid souhaite donner une nouvelle bouffée d'air à la démocratie en explorant les possibilités du numérique. Comme dans plusieurs capitales européennes, des tests sont faits en matière d'ouverture des politiques de la ville aux internautes... dans quel but ?

Au lendemain des élections législatives espagnoles, le parti Podemos confirme sa place de troisième force politique du pays. Acquise à la cause des ex "indignés" depuis mai, Madrid entend faire du numérique le cœur de sa vision démocratique et intègre le système de budget participatif à sa politique locale. Baptisée Decide Madrid , la plateforme en ligne permet aux Madrilènes de faire des propositions concrètes pour la ville et de prendre une part active au pouvoir décisionnel des élus.

A Paris, le sobrement nommé "Paris budget participatif" fait aussi son chemin, et a publié les résultats 2015 de projets ayant reçu le plus de votes. A l'inverse de la plateforme réalisée dans la capitale islandaise (Reykjavik), le site de la ville de Paris met moins en avant le côté brûlant des idées émergeant en temps réel qu'une volonté d'enseigner le concept.

Pablo Soto est l'homme qui se cache derrière l'initiative de la mairie de Madrid. Interviewé par Rue88, il assume entièrement ses sources d'inspiration : "Nous sommes en contact régulier avec les développeurs de Reykjavik qui sont les premiers à l'avoir fait". Évoquant aussi le modèle parisien, il entend bien prendre note des imperfections et des limites actuelles dans le domaine : "Nous allons même améliorer cette idée".

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Better Reykjavik : Le site officiel du budget participatif de la capitale islandaise (version traduite)


Dêmos Krátos


La notion de budget participatif est à relier à l'idée de démocratie délibérative, où chacun peut et doit prendre part au débat public. Dans ce nouveau système une décision politique ne serait légitime que si elle émanait directement de la délibération citoyenne. Ceci aurait pour effet que les préférences de chacun deviennent plus réfléchies grâce au débat, et que cet effort collectif cultive aussi la réflexion personnelle du citoyen.

Selon une étude commandée par l'Etat allemand, toute la différence entre une participation civique traditionnelle (du type conseils de quartier) et le budget participatif, réside justement dans la propension au débat, par la communication des citoyens entre eux puis avec les autorités locales. Pour que le processus fonctionne, il faut aussi que les participants aient un retour clair sur le sort réservé aux propositions.

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Mais selon l'étude allemande le budget participatif doit aussi, en plus de se répéter au fil des ans, impliquer l'échelle de la ville. D'après l'enquête de Rue89 c'est précisément ce qui causerait du tort à certains de ces dispositifs déjà en place comme celui de la mairie de Paris. Les projets seraient encore trop souvent "votés par arrondissement", et "des enveloppes budgétaires très disparates" seraient accordées à ceux-là.

Rien à cacher


A l'inverse des autres plateformes Internet de Mairie, celle de Madrid ouvre aussi sur un autre pan : celui de l'Open Data. Pour Pablo Soto de Podemos, la démocratie de demain doit aussi passer par une transparence irréprochable. A cette fin, il compte rendre accessible par tous les données d'institutions publiques.

Cette initiative a aussi son pendant français. Se voulant encore plus ambitieux et innovant, le projet de loi "Pour une République numérique" d'Axelle Lemaire prévoit donc l'ouverture des données publiques jusqu'à la création d'un "service public de la donnée", ou l'introduction d'une nouvelle notion de "données d'intérêt général", pour permettre leur réutilisation par tous. Le projet de loi a en outre offert aux internautes la possibilité d'enrichir le texte et continue d'être examiné par l'Assemblée nationale.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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