Après la course à l'espace, le gouvernement américain pourrait financer une course aux énergies alternatives

22 septembre 2020 à 18h00
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Des chercheurs veulent inciter le prochain président des Etats-Unis à lancer une « mission nationale d'innovation énergétique ».

À l’approche des élections américaines, qui se dérouleront, sauf imprévu, le 3 novembre prochain, des chercheurs de l’Université de Columbia publient un document contenant de nombreuses préconisations pour le développement des technologies propres. Le plan est ambitieux, puisqu’il vise une économie zéro carbone d’ici 2050.

Ce rapport se réfère à un avertissement lancé en juillet dernier par l’Agence Internationale de l’Energie ; celle-ci estime que sur les 46 technologies indispensables à l’évitement d’un changement climatique d’envergure, seules six sont actuellement développées à un rythme suffisant.

L'importance d'un plan national, comme pour la conquête spatiale

Le groupe à l’origine du document comprend notamment deux anciens responsables de l’énergie sous l’administration Obama et plusieurs membres de la Fondation pour les technologies de l’information et de l’innovation, une organisation à but non lucratif. Les partisans de ce rapport se défendent d’œuvrer pour l’un ou l’autre des candidats (Donal Trump côté Républicains, Joe Biden côté Démocrates). Ils enjoignent le prochain président américain, quel qu'il soit, à entreprendre un plan d’envergure à l’échelle du pays en décrétant une « mission nationale d'innovation énergétique », comme c’est le cas pour d’autres secteurs, notamment celui de la conquête spatiale.

En effet, ils estiment que le « gouvernement fédéral a envoyé un humain sur la Lune et initié l'invention d'Internet », mais qu’il a « négligé l'innovation en matière d'énergie ». Or, pour les auteurs du rapport, ce désengagement est aussi délétère pour le climat que pour le leadership des Etats-Unis.

Des préconisations président-dépendantes ?

Selon le rapport, le Congrès devrait tripler le financement de la branche recherche et développement dans le domaine de l'énergie, au cours des cinq prochaines années, afin d’atteindre 25 milliards de dollars, soit environ 0,1 % du PIB du pays. À ces fonds viendraient s'ajouter d’autres financements, notamment issus de capitaux privés, via la mise en place de programmes incitatifs.

Forcément, si Donald Trump est réélu, ce rapport pourrait bien rester lettre morte. L’actuel président, qui a retiré son pays des accords de Paris, réfute régulièrement la réalité du réchauffement climatique. Par conséquent, comme le concède Varun Sivaram, chercheur principal au Center on Global Energy Policy de Columbia, un tel plan « serait plus facile sous une administration Biden ».

Cependant, certaines des mesures préconisées, comme le captage du carbone et de l’hydrogène, obtiennent un soutien bipartite : « Nous avons constaté des points d’accord surprenants au Congrès », rapporte Julio Friedmann, ancien sous-secrétaire adjoint au Bureau de l'Energie fossile du Ministère de l'Energie et actuellement chercheur principal au Center on Global Energy Policy de Columbia.

Le captage du carbone, un coup de pouce mais pas la solution miracle

Parmi les technologies évoquées pour parvenir à l’objectif zéro carbone en 2050, celles centrées sur le captage du dioxyde de carbone sont les plus à même de faire consensus. Selon les chercheurs, elles mériteraient un financement accéléré jusqu’en 2022, avec une augmentation de leur budget de 200 %. Les autres secteurs phares qui devraient bénéficier d’une forte augmentation de leur budget sont l’agriculture et l’industrie, toujours dans une optique de décarbonisation de leurs activités.

Toutefois, la pertinence des techniques de captage du CO2 sont sujettes à débat. Certains scientifiques considèrent ces technologies, dites à « émissions négatives », indispensables dans la lutte contre le réchauffement climatique ; c’était notamment l’avis du GIEC en 2018. Néanmoins, d’autres estiment que l’impact de ces solutions serait anecdotique.

Pour les auteurs du rapport dont il est question aujourd’hui, le développement accéléré des technologies à émissions négatives est une piste, mais pas la principale : ces techniques permettraient surtout de limiter les dégâts dans le cas où la production d’énergie dite propre ne se ferait pas aussi rapidement que nécessaire.

Concrètement, ils estiment qu’à partir des années 2050, le captage du carbone serait en mesure d’emprisonner de 2 à 4 gigatonnes de CO2 par an ; suffisant pour compenser quelques émissions résiduelles, mais clairement pas pour endiguer des émissions de CO2 comparables aux valeurs actuelles - elles étaient d’environ 43 gigatonnes en 2019.

Etendre la production d’énergie propre à tous les secteurs de l’économie

Autant dire que tout miser sur les technologies à émissions négatives serait un pari très risqué, même en tablant sur d'importantes innovations. Ainsi, le rapport propose d’autres solutions telles que l'électrification sans carbone des bâtiments, des transports et d'autres secteurs, combinée au développement de solutions à base d'hydrogène.

Laëtitia de Villepin, associée au cabinet de conseil en énergie Systemiq, et cheffe de projet du rapport de la Commission de Transition Energétique, annonce : « Le principal défi de la prochaine décennie est d'augmenter massivement la fourniture d'énergie propre et d'étendre son utilisation à tous les secteurs de l'économie ».

L’Energy Transitions Commission, une coalition qui rassemble différents acteurs, dont des grandes compagnies pétrolières et gazières comme BP PLC et Royal Dutch Shell PLC, des compagnies européennes d'électricité telles qu’Iberdrola SA et National Grid PLC, ainsi que des groupes de recherche sur les énergies propres comme le Rocky Mountain Institute, estime qu’il est « techniquement possible » d’arriver à des émissions nettes de gaz à effet de serre, d’ici 2050 dans les pays développés et d'ici à 2060 dans les pays émergeants. Pour y parvenir, les gouvernements du monde entier devraient toutefois investir entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars supplémentaires chaque année dans ce domaine.

Reste donc maintenant à savoir si les Etats-Unis montreront le chemin à suivre, ou si d’autres pays le feront à leur place. Réponse en novembre prochain ?

Modifié le 22/09/2020 à 18h12
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