Logitech : quel avenir pour Google TV, Harmony et SqueezeBox ?

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Le 16 novembre 2011
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Alors que le nouveau patron du suisse Logitech, Guerrino De Luca, revenait tout récemment sur l'incursion de la marque dans le monde de la TV, et plus particulièrement sur l'aventure Google TV (voir Pour Logitech, l'aventure Google TV était une "erreur"), nous échangions récemment avec Junien Labrousse, président de Logitech Europe et vice-président senior de Logitech. L'occasion bien sûr de parler de Google TV... mais pas que puisque nous aborderons également les relations avec Apple, ou l'avenir des télécommandes Harmony !

Junien Labrousse, bonjour. Difficile pour nous de commencer cet entretien sans évoquer Google TV et l'aventure Revue (voir Logitech Revue : le test de Google TV) . Que retenez-vous de l'expérience Google TV ? Ne pensez-vous pas que les moyens en R&D mis autour du développement de Revue ont cruellement fait défaut au développement de vos autres gammes de produits ?

Google TV est clairement un nouveau concept. C'est un produit qui va évoluer et a d'ailleurs besoin d'évoluer pour être accepté par le grand public. Nous avons appris plusieurs choses à cette occasion. Avoir tout le web sur une seule interface est très bien accepté. Cependant, la première implémentation n'était pas en phase avec les attentes, qui étaient un peu irréalistes de part et d'autres : des journalistes mais aussi de Logitech. Nous étions trop enthousiastes !

Je vois Google TV comme une des solutions d'un spectre plus global. On a d'un côté les solutions très simples à utiliser : l'Apple TV est bien conçue, peut être simpliste mais avec une interface facilement compréhensible. La richesse des Smart TV est en contrepartie très contrôlée. Google TV offre tout le web, mais sur une interface trop touffue... D'un autre côté nous avons les gens qui connectent directement leur ordinateur à leur TV. Mais Google TV réussira à s'imposer dans le futur, je ne me fais pas de souci quant à son avenir.

Nous avons fait plusieurs erreurs. Croire que les gens étaient prêts à accepter le même niveau de complexité d'interface que sur le PC en est une. Nous avons pris des risques qui se sont avérés lourds de conséquences notamment au niveau des stocks. Il est clair que l'investissement dans Google TV était non négligeable. Certains autres produits n'ont pas eu le même niveau d'investissement.

Dans votre gamme de télécommandes universelles, les Harmony, vous annonciez récemment le lancement de l'Harmony Link (voir Logitech Harmony Link : et le smartphone devient télécommande universelle). Ce produit est réservé aux Etats-Unis seulement... Comment l'expliquez-vous ?

On vient effectivement de lancer Harmony Link sur le sol américain. La raison de cette limitation est la gestion de toutes les sources de contenu (NDLR : avec Harmony Link le smartphone devient une télécommande universelle avec une app intégrant un guide des programmes électronique vous permettant de programmer vos enregistrements). Le marché est plus fragmenté en France qu'aux Etats-Unis (NDLR : il s'agit ici du marché de la fourniture de guide des programmes électronique). Rien qu'en France il y a de multiples sources à gérer en parallèle.

Puisqu'il est question d'Harmony, comment se porte ce secteur de votre activité ? Quel avenir lui voyez-vous ? L'arrivée d'un produit comme l'Harmony Link n'est il pas la preuve que les télécommandes universelles en tant que telles sont menacées ?

La pénétration que nous avons avec Harmony dans les foyers équipés d'un écran plat s'établit entre 1 et 2%, pas plus que ça. Nous avons donc encore un marché extraordinaire à conquérir. C'est une question de communication et de point prix : Il faut redéfinir le positionnement tous les ans. Néanmoins, nous pensons que cette catégorie a toujours énormément d'avenir. Dans tous les pays où Harmony est implanté nous avons la première position au niveau des revenus. Ce n'est pas une bataille de parts de marché mais de pénétration.

Comment travaillez-vous à la conception de nouveaux produits ?

Nous échangeons énormément avec les consommateurs pour la définition des produits. Au moment où le consommateur commence à verbaliser ses besoins, il est déjà trop tard pour nous. C'est en lançant des études ethnographiques avec une analyse comportementale que l'on peut trouver les vraies innovations. On en fait d'ailleurs peut être pas assez !

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Au moment où la technologie Airplay se généralise, quel avenir voyez-vous pour la gamme de lecteurs de musique numérique sans fil SqueezeBox ?

La gamme Squeezebox répond à un besoin très précis. Ecouter des radios internet, accéder à certains services (Deezer et Spotify par exemple). Il y a plusieurs choses à améliorer : il nous faut opérer une simplification du positionnement du produit car il est difficile à vendre mais il nous faut aussi travailler également sur l'interface utilisateur. La première SqueezeBox servait à diffuser de la musique partout chez soi. Les radios Internet sont arrivées plus tard. En fait la plupart des clients SqueezeBox sont plus intéressés aujourd'hui par la fonction Internet Radio. Nombre de nos développements ne sont donc plus absolument nécessaires, et nous avons besoin de refondre entièrement le produit pour un changement de positionnement. Naturellement nous conserverons les fonctions que nos utilisateurs ont appréciées jusqu'à maintenant.

Comment expliquer l'absence de la technologie AirPlay dans vos produits pour le moment ?

Nous avons eu un problème de focus et de priorité à un certain moment. De plus, l'implémentation de la technologie AirPlay nécessite l'utilisation d'un certain type de chipset. Nous n'étions pas nécessairement satisfait avec les implémentations actuelles faites par nos concurrents et avons cherché à proposer l'intégration AirPlay la plus fiable. Néanmoins je reste convaincu que les choix stratégiques que nous avons faits sont les bons sur le long terme.

Comment travaillez-vous avec Apple ? Est-ce difficile de travailler avec la marque à la pomme ?

Apple est un partenaire différent de ce dont nous avons l'habitude. Microsoft, Google, Skype sont très ouverts car ils comprennent la force de l'écosystème autour de leurs produits. Apple sont des gens beaucoup plus stricts sur la manière dont ils gèrent leur environnement. Leur écosystème est géré de manière plus confidentielle. Les informations sont tardives, rares voire parfois inexistantes. Néanmoins, dans l'ensemble, ce sont des gens très professionnels et raisonnables. Ils ont simplement une philosophie différente de la gestion de l'écosystème.

Terminons par un point sur vos gammes. On le voit, les usages évoluent et les attentes des consommateurs également. Tant est si bien qu'il existe de réelles synergies entre Harmony et SqueezeBox par exemple. Pensez-vous fusionner ces produits un jour ou l'autre ?

Il y a une recherche d'intégration/interconnexion permanente. Au niveau du consommateur il est toutefois de plus en plus difficile de véhiculer le message. Apple a fait du très bon travail pour offrir des fonctions isolées, pures, etc. Mais il y a énormément de choses que même Apple a raté en intégrant sur ses produits existants de nouvelles fonctions, telles que MobileMe et FaceTime qui n'ont pas marché. Il est parfois dangereux d'essayer de regrouper des fonctionnalités qui ne répondent pas à la même question. Sur chaque gamme de produit on a des extensions possibles qui vont atteindre d'autres gammes. Nous sommes très prudents à ce sujet.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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