Live Japon : Sharp en danger

01 juin 2018 à 15h36
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De rumeurs en démentis, l'entreprise japonaise Sharp, spécialiste des écrans à cristaux liquides (LCD), est méchamment secouée ces derniers temps. Le quotidien économique Nikkei n'arrête pas d'étaler à la une les supposés plans de restructuration en préparation et les tracas financiers du groupe, informations non sourcées que s'emploient à dénier avec plus ou moins de succès les porte-parole de Sharp, se demandant, tout comme les journalistes d'autres médias, d'où sortent les fuites. Car il est bien entendu impossible que tous les détails donnés par le Nikkei soient pures inventions pas plus que le résultat de maintes investigations. Quelqu'un a parlé, a tout confié, le journal n'avait qu'à répéter. Du coup c'est très crédible, et ça fait mal.

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Ainsi, le Nikkei écrivait-il mardi 3 mars que Sharp qui, malgré ses avancées techniques dans l'affichage 4K et 8K, ne parvient pas à se tirer d'une mauvaise passe, préparait une nouvelle sévère cure d'amaigrissement et allait en appeler aux banques pour éviter de s'enfoncer dans une situation financière inextricable.
Les comptes du pionnier des écrans à cristaux liquides risquent en effet d'être pires que prévu et, selon le journal, les patrons du groupe devaient dans la semaine, solliciter les mégabanques Mizuho et Mitsubishi Tokyo UFJ pour obtenir leur apport dans le cadre d'un schéma d'échange de créances contre des actifs. En clair, Sharp obtiendrait quelques centaines de millions d'euros contre des actions préférentielles accordées à ces établissements. Autrement dit, il passerait quasiment sous leur tutelle, avec forcément des contreparties, d'où un plan de restructuration nécessaire pour appuyer cette requête. Parallèlement et toujours selon le Nikkei, Sharp va également approcher des groupes d'électronique clients, comme le sud-coréen Samsung, déjà présent dans son tour de table, pour qu'ils prennent part à une augmentation de capital de l'ordre de 200 millions d'euros.
Et Sharp va encore tailler dans le vif, assure la presse nippone : fermeture d'usines de composants au Japon, cession de sites d'assemblage de TV aux Etats-Unis et au Mexique, réduction d'envergure dans des pays d'Asie (hors Chine et Japon), vente de propriétés.

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Face à tant d'informations jetées en pâture, Sharp s'est en plus sentie obligée de monter au créneau pour démentir jeudi des rumeurs insistantes sur un possible abandon de l'activité des panneaux solaires, une de ses spécialités. « Nous n'avons rien annoncé à ce propos et il est inexact que nous envisagions de quitter ce domaine », a expliqué à l'Agence France-Presse (AFP) une porte-parole de Sharp, rejetant les assertions selon lesquelles le groupe examinerait l'arrêt de la production de cellules photovoltaïques, à cause d'une concurrence phénoménale qui lamine totalement les marges d'exploitation. 

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Sharp a, il est vrai, déjà considérablement sabré dans ce secteur, avec le retrait du marché européen et la vente à un groupe canadien d'une firme de conception de centrales solaires, Recurrent Energy, sise aux Etats-Unis. « Nous étudions plusieurs options pour améliorer nos activités et ferons une annonce de plan d'affaires à moyen terme en mai », a encore précisé la porte-parole. Sharp dément aussi de la même façon les rumeurs de fermeture d'usines au Japon.
Ces informations, bien que non confirmées, ont conduit l'agence de notation Standard & Poor's à dégrader de 3 crans, une sanction rare, à CCC+, la note de Sharp qui se trouve en catégorie spéculative et est présentée comme une entreprise à risque. Cela signifie que S&P déconseille de prêter des sous à cette société centenaire qui pourrait se retrouver en situation de défaut de paiement. A cet égard, S&P ne mâche pas ses mots: "il existe une plus grande probabilité que Sharp demande le soutien des banques sous la forme d'un échange de créances contre des actifs, une modification d'endettement existante ou bien un abandon de dette", a précisé S&P qui garde la firme sous surveillance avec la menace de la punir encore.

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« Nous pourrions encore abaisser de plus d'un cran la note de Sharp si, dans les prochains mois, se profilait une plus grande probabilité d'un soutien bancaire sous une forme que nous jugeons comme étant ce que nous appelons un défaut sélectif », a en outre prévenu S&P. « Nous pensons que les conditions sur les marchés financiers pour Sharp peuvent se détériorer davantage », a ajouté l'agence.
Sharp est un très important fournisseur d'écrans pour Apple, aux côtés de son compatriote Japan Display (résultat d'une fusion des activités de LCD de petites tailles de Sony, Hitachi et Toshiba). L'annonce vendredi par ledit Japan Display de la construction d'une nouvelle usine dans l'archipel qui serait en partie payée et dédiée à Apple est aussi une mauvaise nouvelle pour Sharp qui pourrait voir sa part de fourniture au géant de Cupertino réduite.

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Sharp n'arrive pas depuis des années à s'extraire d'une crise qui est venue à bout de plusieurs patrons après des réorganisations qui n'ont pas suffi à remettre durablement l'entreprise sur pied. Après la débâcle financière mondiale de 2008-2009, les conséquences au Japon du tsunami et de l'accident nucléaire de 2011, cette firme est plus particulièrement secouée ces derniers temps par la concurrence sur le segment des écrans, son domaine d'excellence.  Par ailleurs, après avoir souffert de la cherté du yen qui l'a forcé à délocaliser à l'étranger la production d'appareils électroménagers, Sharp pâtit désormais durement de la baisse de cette monnaie qui a pour effet de renchérir fortement les prix des produits assemblés à l'extérieur et importés ensuite pour être vendus au Japon. « Cela a désormais des effets négatifs », avait déclaré le patron de Sharp, Kozo Takahashi, à quelques journalistes en début d'année.
Bilan de ces rumeurs de nouvelle remise à plat douloureuse, l'action Sharp a été maltraitée une bonne partie de la semaine à la Bourse de Tokyo avant de se reprendre un peu vendredi.


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Le groupe prévoit pour l'heure de finir l'exercice en cours sur une perte nette de 30 milliards de yens mais elle pourrait s'élever à plus de 100 milliards à cause de dépréciations d'actifs, selon le Nikkei qui juge que l'année suivante pourrait aussi s'achever dans le rouge.
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