L'entreprise française Wandercraft a inauguré à Paris un nouveau siège qui produira son robot humanoïde Calvin. Avec 350 machines attendues chez Renault dès 2027, l’entreprise assume l'ambition de devenir le leader mondial du secteur.

Sur le marché des robots humanoïdes et exosquelettes industriels et médicaux, la société française Wandercraft fait partie des acteurs les plus crédibles de la planète. Et justement, l'élégant robot humanoïde Calvin de l'entreprise a trouvé son camp de base, au cœur d'un siège de 4 300 m² en plein Paris, inauguré le 5 octobre, où la recherche, l'assemblage et l'entretien des machines cohabitent sous un même toit. Deux semaines à peine après le rachat de l'américain Ekso Bionics, Wandercraft, qui aide des patients paralysés à se remettre debout, accélère sur un tout autre terrain, avec Renault en client de poids. Et ses ambitions industrielles à plus long terme se comptent avec six zéros, vous allez comprendre.
Le robot humanoïde français de Wandercraft va débarquer par centaines chez Renault
Calvin-40 est capable de soulever jusqu’à 40 kilos, à peu près le poids d’un gros sac de ciment, et une prochaine version montera même à 50. Le robot est taillé pour les postes que l’industrie et la logistique peinent à pourvoir, ceux où l’on porte des charges lourdes en répétant les mêmes gestes toute la journée. Ses caméras lui donnent une vision en relief, qui lui permet de repérer un carton ou une caisse, de l’emporter seul jusqu’au poste suivant et d'ajuster ses mouvements à ce qu’il transporte. Inutile de réorganiser l’usine autour de lui, donc, car il s’intègre aux installations existantes. Le but est de décharger les salariés des tâches qui usent le corps, pour qu’ils se consacrent à celles qui demandent vraiment leur savoir-faire.
Chose très intéressante aussi à savoir, Calvin travaille sans téléopérateur, c’est-à-dire sans qu’un humain le pilote à distance depuis les coulisses. La précision compte, d'autant plus que chez certains concurrents, des démonstrations bluffantes cachaient en réalité quelqu’un aux commandes, à l’image des Optimus de Tesla, en partie téléguidés lors d’un événement en 2024. Calvin, lui, s’appuie sur l’« IA physique » développée par Wandercraft, une intelligence artificielle qui ne se contente pas de répondre sur un écran, mais commande un corps bien réel. Il hérite aussi de douze ans de travail sur les exosquelettes, ces armatures motorisées qui permettent à des personnes paralysées de marcher sans tomber. Or garder l’équilibre en marchant reste l’un des plus grands défis d’un robot sur deux jambes.

Une ambition très, très grande
Pour tenir la cadence, Wandercraft a réuni sous un même toit ceux qui conçoivent ses robots, ceux qui les fabriquent et ceux qui les entretiennent. Sur les 4 300 m² du site, soit l'équivalent d'environ seize courts de tennis, 800 m² servent d'atelier. On y assemble les robots, on les stocke et on les révise. L'entreprise annonce pouvoir y sortir un humanoïde par heure. Elle promet aussi une fabrication plutôt « souveraine », c'est-à-dire majoritairement européenne et moins dépendante de l'étranger, tout en restant compétitive face à des concurrents américains et chinois déjà bien lancés.
Le cap fixé, lui, est en tout cas impressionnant. Wandercraft vise un million de robots par an, sans donner de date précise. Pour tenir la promesse, il faudra donc multiplier la capacité de production, et sans doute aussi le nombre de sites.
Wandercraft ne part en tout cas pas de rien. Le rachat d'Ekso Bionics renforce sa présence aux États-Unis, et ses deux exosquelettes de rééducation, Atalante X et EksoNR, sont utilisés dans plus de 700 centres à travers le monde. Son modèle personnel Eve, autorisé par la FDA et vendu outre-Atlantique depuis la mi-septembre, accompagne même des personnes en fauteuil roulant dans leurs déplacements à domicile. « Nous sommes désormais le leader mondial de notre marché historique », savoure Matthieu Masselin, PDG et cofondateur de l'entreprise, qui entend maintenant passer « à l'échelle pour devenir le leader mondial de la robotique humanoïde ».