Des robots humanoïdes travaillent dans les usines de BMW, Hyundai et Tesla, chargés de tâches jusqu’ici réservées aux ouvriers. Plusieurs économistes et chercheurs en robotique doutent cependant des gains d’efficacité promis par leurs concepteurs.

Le grand remplacement, finalement, ce ne serait pas pour maintenant. Un robot humanoïde équipé d’un écran en guise de visage, le Figure 02 conçu par la start-up américaine Figure AI, exécute depuis dix mois des tâches de manutention dans l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud. Cette machine a participé, sur cette période, à l’assemblage de plus de 30 000 BMW X3.
Ses gestes sont lents et raides, plus proches de ceux d'un employé fatigué que d’une prouesse technologique. « Ils sont encore plus lents que les humains », a déclaré Ulrich Wieland, vice-président de BMW chargé de la logistique du site, à des journalistes conviés à observer la machine en juin. Il a toutefois ajouté qu’ils progressaient rapidement.
Les économistes circonspects sur les gains promis
Les constructeurs automobiles utilisent des bras robotisés fixes pour souder des châssis ou coller des panneaux de porte. Les humanoïdes promettent en plus de se déplacer librement, de répondre à des commandes vocales et de réagir à des imprévus, sans jamais demander de pause cigarette ni de mutuelle. Susan Helper est professeure d’économie à l’université Case Western Reserve. Selon elle, toute automatisation réduit la main-d’œuvre nécessaire par unité produite, ce qui représente un gain généralement profitable à la société. En revanche, elle trouve que la façon dont ce temps libéré est employé n’est pas garantie. Il peut aussi bien servir à supprimer des tâches intéressantes qu’à réduire les effectifs et la masse salariale.
Les entreprises chinoises bénéficient d’une avance construite sur des années d’investissement public dans la robotique, avec un réseau dense de fournisseurs d’actionneurs et de capteurs peu implanté aux États-Unis. Le déploiement d’un robot y coûte une fraction du prix américain, a déclaré Ben Armstrong, directeur du Centre de performance industrielle du MIT. Selon lui, les humanoïdes règlent parfois, pour quelques dizaines d’euros de problème, une facture de plusieurs centaines de milliers d'’euros.
Mais la Commission fédérale des communications a interdit fin juillet dernier l’importation de robots mobiles chinois de plus de deux kilos dotés de capteurs et de navigation autonome, humanoïdes et quadrupèdes compris. Elle cite des risques de sécurité nationale, dont une faille de sécurité, UniPwn, chez le fabricant chinois Unitree, exploitable pour une prise de contrôle à distance. Le mois dernier, des salariés sud-coréens de Hyundai ont fait grève pour réclamer d’être consultés sur l’usage des robots dans l’entreprise.
Renault et Bosch avancent prudemment
Bosch s’est récemment mis à la fabrication de robots humanoïdes. L’équipementier allemand doit lancer, en 2027, la production en série du HMND 01 dans son usine de Bühl, en Forêt-Noire, jusqu’ici consacrée aux moteurs de lève-vitres, avec la start-up britannique Humanoid. Ce site emploie 2 700 salariés, dont environ 1 100 quitteront leurs postes d’ici 2030, dans un plan de 13 000 suppressions annoncé par le groupe en septembre 2025. Bosch et l'équipementier Schaeffler ont participé, en juillet, à une levée de fonds de 131 millions d’euros pour Humanoid, valorisant la jeune pousse à 1,16 milliard d'’euros.
Renault suit les opérations de loin, bien plus prudemment. Le constructeur a noué un partenariat avec Wandercraft pour développer Calvin, un robot humanoïde testé depuis février dans l’usine de Douai, dans le Nord. Une dizaine d’exemplaires doivent y travailler d'ici la fin de l’année, avant un déploiement de 350 unités dans des usines françaises et espagnoles prévu pour fin 2027. Calvin soulève des pneus de 30 kilos par paire pour le modèle électrique R5, avec une capacité de charge de 40 à 50 kilos, contre 3 à 10 kilos pour les robots industriels classiques. Un ingénieur supervise encore chacun de ses déplacements sur les sols irréguliers de l’atelier, mais Calvin est assigné aux tâches les plus pénibles. Renault exploite par ailleurs 11 000 robots conventionnels et 5 000 chariots autonomes dans 23 usines.
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