Moins d'une semaine après son introduction en Bourse, Unitree, la star chinoise des robots humanoïdes, boit la tasse. Après une entrée explosive à Shanghai, son action a plongé de 45 %, un mouvement qui forcément interroge sur la solidité de tout le secteur.

Il y a quelques jours à peine, deux robots chinois pulvérisaient le record du 100 mètres de la légende jamaïcaine Usain Bolt, sous les yeux ébahis du public pékinois, en le faisant nettement tomber pour son vainqueur. De quoi convaincre Wall Street, mais version Shanghai. Quelques jours plus tôt justement, Unitree, qui a démocratisé la robotique avancée avec ses robots quadrupèdes, avait fait ses débuts en Bourse dans une ambiance électrique, avec un titre multiplié par plus de cinq. Sauf que la fête a tourné court, et c'est peut-être un signal à prendre au sérieux pour toute l'industrie.
Après avoir battu Usain Bolt, les robots humanoïdes chinois affrontent une bulle boursière
Le stade national de patinage de vitesse de Pékin ressemblait donc à s'y méprendre à une arène olympique la semaine dernière. Sauf que sur la piste, ce n'étaient pas des athlètes, mais des robots. Plus de 2 000 machines, réparties en 666 équipes issues de seize pays, s'affrontaient sur 51 épreuves sportives lors de la deuxième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes, ces robots à forme humaine, avec deux jambes, deux bras et une tête, conçus pour imiter nos mouvements. Et sur l'épreuve reine, le 100 mètres, deux d'entre eux ont carrément fait tomber un mythe, en explosant le record du monde d'Usain Bolt, établi à Berlin en 2009 et resté invaincu depuis… chez l'Homme.
Lightning, signé par la marque Honor (oui, celle de vos smartphones, déjà auteure en avril d'un record du monde du semi-marathon), s'est élancé avec des jambes rallongées à 105 centimètres pour un robot haut de 1,69 mètre, et a signé un chrono de 9,47 secondes sur la ligne d'arrivée. Face à lui, Tiangong Ultra, mis au point par le Beijing Humanoid Robot Innovation Center, une structure cofondée par les géants UBTech et Xiaomi, a fait encore plus fort sur sa série avec 9,39 secondes, malgré un gabarit nettement plus costaud (1,80 mètre, 55 kilos). Un an plus tôt à peine, imaginez que ce même robot peinait à boucler la distance en 21,50 secondes. Oui, la marge de progression donne le tournis. Et voilà que la légende Usain Bolt, chronométrée en 9,58 secondes à son apogée, se retrouve reléguée au rang de simple mortel.
Le sprint n'était pas la seule prouesse de la compétition d'ailleurs, puisqu'un robot de la start-up pékinoise X-Humanoid a bondi à 2,88 mètres en saut en hauteur, pulvérisant l'ancien record robotique qui plafonnait à 0,95 mètre. On rappelle que le record humain, lui, est détenu depuis 1993 par le Cubain Javier Sotomayor, qui résiste encore avec ses 2,45 mètres. Un an plus tôt seulement, lors de la première édition des Jeux, qui ne réunissait « que » 280 équipes, les robots humanoïdes passaient plus de temps au sol qu'en piste. Mais revenons en au sujet Unitree.

Unitree, la vedette qui a fait le grand écart en Bourse
Quelques jours avant l'ouverture de ces Jeux, une autre entreprise chinoise de robots faisait déjà les gros titres, mais dans la rubrique finance cette fois. Unitree, désormais emblématique fabricant de robots humanoïdes et quadrupèdes d'ailleurs crédité par Counterpoint Research de près d'un cinquième du marché mondial, a fait ses débuts sur le STAR Market de Shanghai le 19 août, un compartiment réservé aux pépites technologiques jugées stratégiques, perçu comme un signe de soutien de l'État, le tout trois semaines à peine après que la Commission fédérale des communications américaine a ajouté les robots mobiles avancés à sa liste d'équipements interdits aux États-Unis. Dès la première séance, le bond (460 %) est spectaculaire, largement au-dessus de la moyenne de 226 % enregistrée le premier jour des introductions chinoises ces trois dernières années. Et la capitalisation a frôlé, l'espace d'un instant, les 66 milliards de dollars.
Sauf que la fête n'a pas duré. Comme le rapporte Reuters ce mardi 25 août, trois séances de baisse plus tard, le titre affichait un recul de 45 %, en effaçant au passage près de 30 milliards de dollars de valorisation. Plusieurs mécanisme pointent du doigt le mécanique boursier chinois, avec seulement 7,44 % du capital en flottant libre, une vente à découvert quasi impossible, et des introductions encadrées de près par les autorités, qui laissent le champ libre à des envolées artificielles. Le fabricant de puces CXMT avait connu le même emballement (+466 %) le mois précédent, dans un marché où à peine 21 entreprises se sont introduites à Shanghai en sept mois, contre 104 à Hong Kong. Ce sont donc les petits actionnaires entrés après coup qui ont payé la note.
Alors évidemment, se pose la question : est-on face à une possible bulle ou une simple correction technique ? Le chiffre d'affaires d'Unitree est passé de 393 millions à 1,7 milliard de yuans en un an (216 millions d'euros), porté par les robots humanoïdes désormais premiers de la classe devant les quadrupèdes historiques de la marque. Mais le bénéfice net ajusté, lui, a chuté de 53 % au premier trimestre 2026, à seulement 40 millions de yuans (5 millions d'euros), et les débouchés industriels ne sont plus si évidents. Certains comparent la trajectoire d'Unitree aux débuts poussifs de l'industrie chinoise du véhicule électrique, aujourd'hui florissante, BYD en tête. Mais entre une promesse technologique et la rentabilité, il reste peut-être encore tout un marathon à courir.
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