À Pékin, des robots humanoïdes made in China ont surpassé les meilleurs coureurs humains lors d'un semi-marathon hors norme ce week-end. Une prouesse signée Honor, comme nouvelle évolution pour la robotique mondiale.

Le robot Honor gagnant du semi-marathon de Pékin. © Shanhui Zhang / Facebook
Le robot Honor gagnant du semi-marathon de Pékin. © Shanhui Zhang / Facebook

Lors du Beijing E-Town Half Marathon, des dizaines de robots humanoïdes made in China ont couru dimanche aux côtés de 12 000 athlètes bien humains sur une distance de 21 km. Le robot vainqueur, développé par le géant Honor, a bouclé le parcours en 50 minutes et 26 secondes, pulvérisant le record du monde humain. En un an, la Chine a transformé un galop d'essai chaotique en démonstration de force technologique, comme le rapporte Reuters.

En un an, les robots humanoïdes chinois sont passés du fiasco à la domination au semi-marathon

Vous avez presque tous vu la vidéo de ce robot Unitree qui poursuit et fait fuir un groupe de sangliers sauvages en Pologne. On a trouvé encore plus fou pour vous, avec un semi-marathon couru par des humains… et des robots.

Et pour mesurer le chemin parcouru, un détour par l'édition inaugurale s'impose. L'an dernier, après un report initial, la majorité des robots n'avaient tout simplement pas réussi à terminer le parcours. Le seul à avoir franchi la ligne d'arrivée en premier avait mis 2 heures 40 minutes, soit plus du double du vainqueur humain. C'était à ce moment-là davantage un moment de télé-réalité robotique qu'une performance digne de ce nom. On se disait que ce n'est pas demain la veille qu'un robot parviendrait à surpasser l'Homme sur un semi. Tu parles…

Cette année, les robots ont calmé tout le monde. Les équipes participantes sont passées de 20 à plus de 100, soit cinq fois plus qu'en 2025. Et plusieurs robots ont franchi la ligne bien avant les athlètes professionnels, avec plus de dix minutes d'avance. Fait notable, près de la moitié ont parcouru les 21 km sans être pilotés à distance, en se repérant et en décidant seuls de leur trajectoire grâce à leur IA intégrée. Là aussi, un nouveau cap a été franchi.

Le grand vainqueur est le robot d'Honor, oui, la célèbre marque de smartphones née dans l'orbite de Huawei. La firme a dominé le podium de bout en bout, en s'adjugeant les trois premières places, toutes en mode autonome. Son champion, qui a couru en 50'26'' (25 km/h de moyenne), bien plus rapide que le record du monde de la discipline établi à Lisbonne en 57'20'' le 8 mars, a été conçu en seulement un an, avec des jambes de 90 à 95 cm reproduisant la foulée des coureurs d'élite, et un système de refroidissement par liquide, autrement dit la même technologie que celle utilisée dans les smartphones haut de gamme du fabricant pour éviter la surchauffe.

Derrière l'exploit sportif, un pari industriel qui ne dit pas encore son nom

Du Xiaodi, ingénieur Honor au sein de l'équipe gagnante, soutient que battre des records de course n'est pas une fin en soi. « Courir plus vite peut sembler futile au premier abord, mais cela permet des transferts technologiques vers la fiabilité structurelle, le refroidissement, et finalement les applications industrielles », explique-t-il. En clair les défis imposés par la course, comme la résistance aux chocs, la gestion de la chaleur ou tenir sur la durée, sont exactement les mêmes que ceux auxquels un robot devra faire face en usine.

Car entre l'exploit sportif et l'application industrielle, il y a encore un gouffre. Les entreprises chinoises de robotique peinent à développer une IA capable de rivaliser avec un ouvrier humain dans une vraie usine. Un robot doit y attraper des objets de formes variées, percevoir son environnement en temps réel et s'adapter à des situations imprévues. Ce sont autant de tâches qui restent aujourd'hui hors de portée des humanoïdes les plus avancés, selon les experts.

La Chine, elle, assume pleinement ses ambitions et investit massivement pour s'imposer comme la puissance mondiale de référence en robotique humanoïde, à coups de subventions, de grands travaux et de politiques industrielles ciblées. Le message passe aussi par la culture populaire puisqu'en février, le gala du Nouvel An diffusé sur CCTV, l'émission la plus regardée du pays, mettait en scène des robots Unitree exécutant des chorégraphies d'arts martiaux avec épées, bâtons et nunchakus. Une vitrine, autant qu'un manifeste.