Au Spring Festival Gala, la Chine a propulsé ses robots humanoïdes en prime time, entre danse, kung-fu et acrobaties millimétrées. Des séquences devenues virales en Occident, qui rappellent que la bataille de l'IA ne se joue plus seulement dans les laboratoires… mais aussi sur scène.
L'envers du décor du spectacle. ©Unitree
Fentes, pirouettes, saltos arrière et enchaînements d'arts martiaux : lors du Spring Festival Gala, diffusé par la télévision chinoise à l'occasion du Nouvel An lunaire, les robots humanoïdes d'Unitree ont presque éclipsé les artistes humains. L'émission, suivie chaque année par des centaines de millions de téléspectateurs, constitue l'une des vitrines culturelles les plus puissantes du pays. Cette fois, elle a surtout servi de démonstration technologique. Les extraits ont rapidement envahi les réseaux occidentaux, avec un détail qui a marqué les esprits : dans les séquences diffusées, on ne voit aucun robot chuter.
Chorégraphies, sketches et démonstrations martiales avec une fluidité inattendue
Le contraste avec l'édition précédente est frappant. Là où les humanoïdes se contentaient auparavant de marches synchronisées et de gestes répétitifs, ils ont cette année enchaîné chorégraphies, sketches et démonstrations martiales avec une fluidité inattendue. Une évolution qui a alimenté les comparaisons, parfois sévères, avec les prototypes occidentaux encore en phase de test.

Selon Reuters, quatre entreprises chinoises étaient mises en avant lors de cette séquence spectaculaire : Unitree Robotics, Noetix, MagicLab et Galbot. Derrière la performance visuelle se cache un défi technique majeur : coordonner plusieurs robots quasiment identiques, maintenir leur équilibre lors d'appuis instables et absorber les micro-erreurs sans que la synchronisation ne s'effondre. Une prouesse qui repose autant sur le contrôle moteur que sur la gestion logicielle de l'équilibre en temps réel.

Un show bluffant et chorégraphié au millimètre qui démontre l'avancée spectaculaire des Chinois en robotique. ©CGTN
Cette mise en scène relève aussi du soft power. L'humanoïde est devenu un symbole technologique immédiatement compréhensible, bien plus spectaculaire qu'une chaîne industrielle ou qu'un modèle d'IA abstrait. Dans la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis, soulignons la capacité chinoise à accélérer la transition entre prototype et production à grande échelle.
Une vitrine spectaculaire… mais pas encore une révolution industrielle
Reste une nuance importante, un robot capable de danser n'est pas nécessairement prêt à travailler. Le consultant Georg Stieler rappelle dans le Guardian que la performance scénique repose souvent sur des routines répétées des centaines de fois, optimisées pour un environnement parfaitement contrôlé. L'adaptation à l'imprévu (obstacle, variation de terrain ou interaction humaine) demeure le véritable test pour une utilisation en usine, en entrepôt ou à domicile.
Le spectacle du Nouvel An avec les robots Unitree diffusé à la télévision chinoise. ©CGTN
Malgré tout, la dynamique impressionne. Reuters note que la Chine aurait représenté près de 90% des expéditions mondiales d'humanoïdes en 2025, portée par une chaîne d'approvisionnement dense et une stratégie industrielle assumée. À Shanghai, la start-up AgiBot avait même organisé son propre gala en streaming avec plus de 200 robots, comme un teaser technologique une semaine avant la grande émission télévisée du Nouvel An chinois.
Les perspectives économiques suivent la même tendance. Morgan Stanley anticipe environ 28 000 ventes d'humanoïdes en Chine dès 2026. Même Elon Musk reconnaît désormais que ses concurrents les plus sérieux sur ce terrain pourraient venir de Chine, alors que Tesla poursuit le développement de son robot Optimus qui, avouons-le, vient de prendre un sérieux coup de vieux en moins de 24 heures !
Source : Reuters