SpaceX vient de dévoiler les premières images de ses satellites Starlink V3 en pleine action en orbite. Une étape clé avant un bond de capacité inédit pour la constellation.

Le 24 juillet, Starship réalisait son 13e vol test. Et contrairement aux essais précédents, la mégafusée transportait pour la première fois de vrais satellites opérationnels, et non de simples simulateurs de masse.
Une fois largués, les 20 Starlink V3 ont déployé leurs panneaux solaires, testé leurs propulseurs, puis établi leurs premières connexions avec le reste de la constellation, via ondes radio et liaisons laser. C’est le début d’une nouvelle ère pour le réseau satellitaire.
Bien plus puissants
Car chaque satellite V3 est conçu pour délivrer jusqu’à 1 Tbps de débit descendant, soit 10 fois plus que la génération précédente. Côté débit montant, la capacité est multipliée par 22 à 160 Gbps. Une puissance qui repose sur de nouvelles antennes, capables de gérer 2 048 faisceaux, contre environ 150 à 190 auparavant. Chaque satellite peut donc servir beaucoup plus d’utilisateurs à la fois, même dans les zones très peuplées.
De même, les V3 embarquent 6 lasers à très haute capacité, en mesure de faire circuler les données d’un bout à l’autre du globe sans dépendre uniquement des stations au sol. Pour alimenter tout ce matériel, SpaceX a aussi doublé la puissance de leurs panneaux solaires, fabriqués grâce à une technique de production inédite.
Des caractéristiques impressionnantes qui s’accompagnent malgré tout d'une contrainte : un seul lanceur est capable de les mettre en orbite, Starship. Car le Falcon 9, utilisé jusqu’ici pour les précédentes générations de Starlink, n’est pas taillé pour ce nouveau format.
Un enjeu crucial pour SpaceX
Les technologies développées pour la V3 doivent aussi servir à Starlink Mobile Gen 2, le futur service de SpaceX, qui sera capable de délivrer des débits type LTE directement sur les smartphones classiques. De quoi muer l’entreprise en opérateur mobile. Elles alimenteront également Starmind, la constellation de satellites dédiée à l’intelligence artificielle (IA) de SpaceX.
Mais les utilisateurs de Starlink vont devoir prendre leur mal en patience. SpaceX doit encore obtenir l’autorisation de la Commission fédérale des communications (FCC) pour exploiter cette nouvelle constellation à pleine échelle, tandis que les terminaux Starlink actuels devront être mis à niveau pour en tirer parti. Pour l’instant, le cap est fixé, mais le voyage ne fait que commencer.
Les liaisons laser (inter-satellite links) permettent aux satellites d’échanger des données directement entre eux, sans repasser immédiatement par une station au sol. Les ondes radio servent surtout à connecter l’utilisateur au satellite (lien « terminal–satellite ») et à relier le satellite au sol quand une passerelle est disponible. Le laser apporte une dorsale en orbite : il peut router le trafic vers une zone où l’accès au réseau terrestre est plus facile ou plus proche de la destination. Cela réduit la dépendance à l’implantation de stations au sol et peut améliorer la continuité de service au-dessus des océans ou de régions isolées. En pratique, la performance dépend aussi de la densité de satellites et des règles de routage dans la constellation.
Un « faisceau » correspond à une zone de couverture radio créée et orientée électroniquement par l’antenne (phased array), un peu comme des projecteurs que l’on peut déplacer sans bouger mécaniquement le satellite. Plus un satellite peut générer de faisceaux simultanés, plus il peut découper sa couverture en cellules et réutiliser les fréquences de façon plus fine. Cela augmente la capacité totale, surtout dans les zones denses, car davantage d’utilisateurs peuvent être servis en parallèle avec moins d’interférences. Le gain ne vient pas seulement du nombre de faisceaux, mais aussi de la largeur de bande radio disponible, de la modulation et de la puissance électrique à bord. C’est une logique proche des réseaux mobiles, mais appliquée à une antenne en orbite.
Augmenter les débits implique de traiter plus de données (routage, chiffrement, gestion radio), d’émettre plus de signaux et d’alimenter des antennes et des lasers plus performants, ce qui tire fortement sur la puissance électrique. D’où l’intérêt de panneaux solaires plus puissants : ils fournissent l’énergie en continu, tandis que les batteries prennent le relais pendant les éclipses. Les propulseurs servent à rejoindre et maintenir l’orbite visée, éviter les collisions, et gérer la fin de vie (désorbitation contrôlée). Ils compensent aussi la traînée atmosphérique résiduelle en orbite basse, qui fait progressivement perdre de l’altitude. Sans propulsion active, la précision de placement et la sécurité opérationnelle d’une constellation se dégradent rapidement.