Pendant plus de deux semaines, la sonde Psyche de la NASA a offert à l’humanité l’un des plus beaux spectacles de son voyage : un ballet silencieux autour de Mars, immortalisé image par image.

Lancée en 2023, Psyche poursuit son voyage de plusieurs années vers l’astéroïde qui porte son nom : 16 Psyche, un corps métallique de 280 kilomètres de diamètre, niché dans la ceinture principale entre Mars et Jupiter. Son objectif : permettre aux scientifiques de découvrir si cet astéroïde est le noyau exposé d’une planète avortée détruite il y a des milliards d’années. Une hypothèse qui, si elle se confirme, offrirait un accès direct à une matière normalement enfouie au cœur des planètes rocheuses comme la Terre.
Sur sa route, entre le 2 et le 15 mai 2026, la sonde a approché puis frôlé Mars, jusqu’à seulement 4 609 kilomètres de sa surface. De quoi lui permettre d’ajuster sa trajectoire et de gagner en vitesse, sans consommer une goutte de propergol supplémentaire.
Une répétition générale pour sa vraie mission
Et pour notre plus grand plaisir, la NASA a assemblé les milliers de clichés pris par l’imageur multispectral de Psyche en une vidéo qui retrace tout l’épisode : la planète rouge apparaît d’abord comme un mince croissant lointain, brillant dans le noir de l’espace, avant de grossir progressivement jusqu’à envahir tout le cadre.

S’ensuivent des vues rapprochées et détaillées de la surface, notamment des cratères balayés par les vents et la calotte polaire sud, puis Mars s’éloigne à nouveau à travers des images d’une rare netteté.
Les équipes de l’agence spatiale en ont profité pour tester à fond la calibration de l’instrument et sa sensibilité à la lumière diffusée. Un exercice qui incluait la détection, à très grande distance, des deux lunes martiennes Phobos et Déimos. Cette répétition générale sera utile pour la suite : à l’arrivée sur l’astéroïde Psyche, la sonde devra mener une recherche similaire, cette fois pour traquer d’éventuels petits satellites en orbite autour du corps métallique.
Les instruments ont fonctionné comme prévu
Mais ce n’est pas tout. Cette mission a également servi de laboratoire pour les deux autres instruments de Psyche. Le magnétomètre, actif en continu depuis le décollage de la sonde en 2023, a par exemple enregistré son tout premier vrai signal émis par un corps céleste. En s’approchant de Mars, il a détecté une intensification nette du champ magnétique.
De son côté, le spectromètre gamma et neutrons, qui aura pour mission d’analyser la composition chimique de la surface de l’astéroïde, a lui aussi été mis à rude épreuve. Si l’altitude du survol était trop élevée pour capter des rayons gamma en provenance de Mars, il a bien détecté un taux de neutrons proche des attentes des équipes.
Si personne ne s’attendait à de grandes découvertes sur une planète déjà si étudiée, Psyche a tout de même apporté sa pierre à l’édifice grâce à la perspective unique offerte par ses instruments. Désormais, la sonde poursuit son chemin et devrait arriver à proximité de sa destination à l’été 2029.
L’assistance gravitationnelle (ou « gravity assist ») consiste à passer près d’une planète pour échanger de l’énergie et du moment orbital avec elle. La sonde « tombe » dans le puits gravitationnel, accélère, puis ressort avec une vitesse et une direction modifiées dans le référentiel du Soleil. L’effet dépend surtout de la géométrie du survol (altitude, angle d’arrivée, trajectoire) et de la vitesse relative, plus que de moteurs allumés. Du point de vue de la planète, le changement est infinitésimal, mais pour une sonde il peut représenter un gros gain de vitesse ou un virage autrement très coûteux en propergol. Cette technique sert aussi à régler finement la trajectoire avant une destination lointaine, comme un astéroïde de la ceinture principale.
Un imageur multispectral capture des images dans plusieurs bandes de longueurs d’onde (visible et parfois proche infrarouge), pas seulement en « couleur » classique. Chaque bande réagit différemment selon les matériaux et leur état de surface (métaux, silicates, poussières, altération, granulométrie), ce qui aide à cartographier et distinguer des terrains. La calibration est cruciale : il faut corriger la réponse du capteur, l’éclairage, et la lumière parasite (lumière diffusée dans l’optique) pour éviter de fausses signatures. Tester la sensibilité sur des cibles faibles et proches d’un objet brillant (comme des petites lunes près d’une planète) permet de valider la détection d’éventuels satellites autour d’un astéroïde. En pratique, ces données servent autant à la science (composition/texture) qu’à la navigation optique (repérer des objets, affiner la trajectoire).
Un magnétomètre mesure l’intensité et la direction d’un champ magnétique local, ce qui permet de détecter un champ intrinsèque (dynamo passée/présente) ou des effets induits par l’interaction avec le vent solaire. En s’approchant d’une planète, une hausse du signal peut indiquer l’entrée dans une région où le champ (ou les perturbations) devient plus fort. Le spectromètre gamma et neutrons, lui, s’appuie sur le bombardement par les rayons cosmiques : ils provoquent l’émission de neutrons et de rayons gamma depuis la surface, avec des signatures liées aux éléments chimiques (par exemple fer, silicium, hydrogène). Plus la sonde est proche, plus le signal est exploitable, car ces émissions sont faibles et se diluent vite avec la distance. Mesurer des neutrons « conformes aux attentes » valide la chaîne instrumentale (détecteur, bruit, modèles), même si l’altitude ou la géométrie ne permet pas toujours de capter un bon signal gamma.