Polymarket est officiellement bloqué en France depuis le 16 juillet 2026. L'Autorité nationale des jeux justifie sa décision vendredi par une offre de jeux d'argent non autorisée et une absence totale de vérification d'identité des utilisateurs.

Polymarket est inaccessible en France, comme nous pouvons le constater. © Alexandre Boero / Clubic
Polymarket est inaccessible en France, comme nous pouvons le constater. © Alexandre Boero / Clubic

La plateforme Polymarket, qui permet de parier en cryptomonnaies sur l'issue de tout et n'importe quoi, comme des élections, des guerres, ou même la météo, est dans le viseur des autorités françaises depuis près de deux ans. Le 16 juillet 2026, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) a fini par trancher, nous apprend-elle ce vendredi, en ordonnant aux fournisseurs d'accès français de couper purement et simplement l'accès au site. Un simple système de restriction géographique, censé bloquer les transactions depuis la France mais trop facilement contourné par les internautes, n'aura pas suffi à rassurer le régulateur. Ce sont finalement des soupçons de sondes météo piratées et l'absence totale de vérification d'identité qui ont eu raison de sa patience.

Polymarket, deux ans de bras de fer avec l'ANJ, pour aboutir à une coupure d'internet

Dès novembre 2024, l'ANJ a commencé à s'intéresser aux activités de la société ADVENTURE ONE QSS INC., éditrice de Polymarket. Le régulateur avait alors décidé de lui adresser une première mise en demeure, restée largement sans effet, la plateforme se contentant d'installer un géoblocage censé empêcher toute transaction financière depuis l'Hexagone, un verrou numérique qui s'est révélé bien trop poreux pour dissuader les parieurs les plus motivés.

Pendant ce temps, l'audience du site n'a fait que grimper sur le territoire français, tout comme sa notoriété, malgré les polémiques à répétition. Rien qu'en juin dernier, Polymarket a comptabilisé près de 579 000 visites et plus de 205 000 visiteurs uniques, selon les chiffres cités par le régulateur. Sa page d'accueil, qui affiche en temps réel les cotes de chaque évènement, en a fait pour l'ANJ une véritable vitrine publicitaire.

En février 2026, l'ANJ a enfoncé le clou en rappelant publiquement que les sites de prédiction n'ont aucune existence légale en France, faute d'agrément. Selon elle, ces plateformes exposent leurs utilisateurs à des risques bien réels : addiction au jeu, manque d'intégrité des marchés, absence totale de garde-fous. Un avertissement resté lettre morte, puisque Polymarket poursuit tranquillement son ascension.

Ça sent le sapin pour Polymarket en France. © jackpress / Shutterstock
Ça sent le sapin pour Polymarket en France. © jackpress / Shutterstock

L'affaire des sondes météo piratées qui a scellé le sort de Polymarket

Le vrai déclencheur de cette procédure contre Polymarket est lié à une affaire pour le moins insolite. Certains paris proposés sur la météo se sont en effet révélés faussés, ce qui laissait penser que des sondes météorologiques avaient été piratées pour influencer les résultats. Une enquête a ainsi été ouverte le 4 mai 2026 par la section cybercriminalité du parquet de Paris.

Confiée à l'Office anticybercriminalité (OFAC), cette investigation a également mis en lumière un problème structurel de Polymarket, avec l'absence totale de KYC, ce fameux processus de vérification d'identité obligatoire dans l'univers réglementé des jeux d'argent. Sans ce garde-fou, il est impossible de s'assurer de la probité des parieurs ni d'empêcher d'éventuels abus.

La France suit le mouvement européen enclenché pour mettre hors d'état de nuire Polymarket. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Belgique, la Roumanie, la Suisse, la Pologne, la Grèce, l'Ukraine et la République tchèque ont déjà restreint ou bloqué l'accès aux marchés de prédiction. L'ANJ se targuer d'avoir déjà fait bloquer 1 290 URL illégales en 2025. Elle rappelle que promouvoir un site de jeu non agréé, ou simplement diffuser ses cotes, reste un délit pénal passible de 100 000 euros d'amende.