Pour la toute première fois, la Chine réussit à récupérer le premier étage d’une fusée orbitale. Une prouesse inédite qui rapproche un peu plus le pays de son objectif ultime : poser des astronautes chinois sur la Lune avant la fin de la décennie.

La réutilisabilité des fusées s’impose comme le nerf de la guerre spatiale. En 2015, SpaceX ouvrait la voie en posant pour la première fois le booster de son Falcon 9, une prouesse qui a permis de diviser les coûts de lancement et de multiplier les cadences. Depuis, plusieurs acteurs tentent de suivre cette voie. Et si seule Blue Origin y était jusqu’alors parvenue, la Chine multiplie les essais de son côté.
En décembre dernier, la fusée Long March 12A s’écrasait à 2 kilomètres de sa zone d’atterrissage alors que quelques jours plus tôt, le lanceur Zhuque-3, développé par l’entreprise privée LandSpace, ratait sa récupération. Mais ce vendredi 10 juillet, l’Empire du Milieu a réussi à récupérer intact le premier étage de sa nouvelle fusée Long March 10B. C’est historique.
Un filet géant en pleine mer
La méthode employée est unique au monde. Contrairement à SpaceX, qui pose ses boosters à la verticale sur leurs propres pieds, la Chine a opté pour un système de capture par filet, installé sur une plateforme flottante en pleine mer. Une technique qui n’est pas sans rappeler celle utilisée par l'armée américaine pendant la guerre froide pour récupérer des capsules de renseignement.
Et tout s’est déroulé sans accroc. La Long March 10B a largué son premier étage environ six minutes après le décollage depuis le site de Hainan, une province insulaire située au sud du pays. Celui-ci a alors entamé sa descente, ralenti par ses moteurs et ses surfaces aérodynamiques, avant de se poser en douceur dans le filet tendu sur la plateforme maritime.
Haute d’une soixantaine de mètres, la fusée exploite sept moteurs à kérosène et oxygène liquide pour son premier étage. En version réutilisable, elle peut placer jusqu’à 16 tonnes de charge utile en orbite basse : un satellite embarqué lors de ce vol inaugural a d’ailleurs atteint son orbite prévue avec succès.
Pour la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine (CASC), l’agence responsable du programme spatial chinois, l’enjeu est clair : réduire drastiquement le coût des lancements, comme l’a fait SpaceX avant elle. L’entreprise prévoit déjà de faire revoler cet étage récupéré d’ici la fin de l’année.
Objectif Lune avant 2030
Mais ce vol inaugural avait un autre objectif : valider les technologies nécessaires à une future version habitée de la fusée, la Long March 10. Cette variante, plus puissante, doit un jour emmener des astronautes chinois vers la Lune, accompagnés d’un module d’alunissage.
Car, à l’instar de ses rivaux américains, la Chine espère poser le pied sur le sol lunaire avant la fin de la décennie. Les deux puissances spatiales sont engagées dans une course effrénée, qui a évidemment des relents de guerre froide.