L'ESA a mis fin à la mission de Sentinel-1A, satellite radar européen emblématique du programme Copernicus, lancé en 2014. Conçu pour durer sept ans, il en aura tenu douze avant de transmettre le flambeau à ses successeurs, Sentinel-1C et Sentinel-1D.

Le satellite radar Sentinel-1A, de l'Agence spatiale européenne (ESA), a officiellement mis fin à ses opérations le 29 juin 2026, après une mission qui aura largement dépassé toutes les attentes. Le 3 avril 2014, ce pionnier du programme Copernicus s'élançait avec un contrat de sept ans en poche. Il en aura finalement fait douze, un exploit d'autant plus marquant qu'il a un jour percuté l'un des plus gros débris jamais recensés en orbite, avec un choc qui aurait pu l'endommager gravement, mais dont il s'est relevé avec une simple cicatrice, sans jamais perdre en performance. Mission accomplie, donc, et voilà qu'il place désormais à Sentinel-1C et Sentinel-1D, ses héritiers directs, qui reprennent le flambeau de la surveillance radar de la Terre.
Fin de mission pour Sentinel-1A, le pionnier radar de l'ESA qui n'en finissait plus de durer
En 2014, Sentinel-1A décollait à bord d'une fusée Soyouz, à Kourou, pour devenir le tout premier satellite du programme Copernicus, ce vaste système européen d'observation de la Terre qui rassemble aujourd'hui plusieurs familles de satellites, chacune spécialisée dans un type de mission. Un baptême de l'air qui, sans le savoir, allait poser les bases d'une décennie de surveillance environnementale mondiale, car toutes les images et mesures récoltées sont mises à disposition gratuitement, pour les chercheurs comme pour le grand public.
Sa principale qualité était d'embarquer un radar dit « à synthèse d'ouverture », une technologie qui combine plusieurs mesures prises depuis l'orbite pour reconstituer des images d'une finesse remarquable, comme si l'antenne du satellite était bien plus grande qu'elle ne l'est réellement. En fonctionnant en bande C, une fréquence radio capable de traverser les nuages, cet œil électronique peut scruter la planète jour et nuit, quelle que soit la météo. De quoi suivre le mouvement des glaciers et de la banquise arctique, repérer les marées noires, cartographier les inondations, mais aussi nourrir la recherche climatique et la surveillance environnementale mondiale à l'échelle du globe.

Le satellite n'a décidément pas eu la vie facile, puisque son jumeau, Sentinel-1B, est tombé en panne en 2021 à cause d'une défaillance électrique. Les deux engins étaient conçus pour travailler en tandem, chacun survolant la Terre à tour de rôle afin de multiplier les prises de vue et de repasser plus souvent au-dessus des mêmes zones. Du jour au lendemain, Sentinel-1A s'est donc retrouvé seul aux commandes, contraint d'assurer à lui seul toute la couverture radar de l'Europe, sans jamais ralentir le rythme de ses acquisitions quotidiennes.
Sentinel-1A : une retraite bien méritée après un parcours semé d'embûches
Le palmarès du satellite force le respect. Il est le premier Sentinel à avoir décollé, il a aussi été le premier engin à tester en conditions réelles des communications laser, une technologie qui permet de transmettre les données vers la Terre bien plus vite qu'avec les ondes radio classiques. Il a aussi survécu, on vous le disait en intro, à un choc de débris, avec des fragments de satellites ou de fusées qui filent en orbite à des vitesses vertigineuses. L'impact lui a laissé une marque bien visible, sans jamais entamer ses performances. L'ESA souligne même son rôle récent dans l'essor de l'intelligence artificielle, désormais utilisée pour traiter plus vite et plus finement l'immense volume de données radar qu'il envoie.
Mais l'aventure est terminée. Dans les semaines qui ont précédé son arrêt, les équipes de l'ESOC, le centre d'opérations de l'ESA en Allemagne, ont dû piloter à distance de délicates manœuvres pour repositionner Sentinel-1A aux côtés de ses deux successeurs, Sentinel-1C et Sentinel-1D. Il a fallu les aligner correctement en orbite avant la bascule, afin qu'ils puissent prendre le relais sans laisser le moindre trou dans la couverture radar. Les derniers clichés du satellite ont permis d'immortaliser Reykjavik, l'ouest de l'Islande et Melbourne. Sa désorbitation, qui consistera à le faire redescendre progressivement pour qu'il se consume sans danger dans l'atmosphère, doit débuter cet été.
Sentinel-1C et Sentinel-1D prennent désormais le relais. Ils sont placés aux antipodes l'un de l'autre sur leur orbite, à 180° d'écart, et survolent chacun un point différent du globe au même moment, ce qui permet de repasser plus souvent au-dessus d'une même région et donc de mieux suivre son évolution. Les deux satellites embarquent en prime un système qui capte automatiquement les signaux émis par les navires, pour repérer et suivre le trafic maritime. Un programme baptisé Sentinel-1 Next Generation est d'ailleurs en préparation pour prendre la suite, tandis que les millions d'images léguées par Sentinel-1A continueront, elles, d'alimenter la recherche pendant encore des décennies.