Le gouvernement a lancé mardi son nouveau plan stratégique « Notre IA », qui pourrait bien transformer les services publics. Le document évoque le déploiement d'outils souverains pour moderniser l'administration et briser la dépendance face aux géants de la Tech.

Le gouvernement lance un plan d’intelligence artificielle massif pour transformer l'administration française. © Alexandre Boero / Clubic
Le gouvernement lance un plan d’intelligence artificielle massif pour transformer l'administration française. © Alexandre Boero / Clubic

Le plan « Notre IA » de l'État, présenté par le ministre de l'Action et des Comptes publics ce mardi, est assez exhaustif. Fini le temps des petits projets d'intelligence artificielle testés en cachette au fond de chaque ministère. Ce mardi 16 juin 2026, David Amiel a sifflé la fin du chacun pour soi en dévoilant un grand plan national pour intégrer l’IA dans toute l’administration. L'objectif est double, avec l'ambition de soulager les fonctionnaires des tâches répétitives pour libérer du temps sur le terrain, tout en bâtissant une technologie 100 % française pour ne plus dépendre des géants logiciels américains ou asiatiques.

L'intelligence artificielle s'installe officiellement dans les ministères de l'État

L'atout majeur de cette transformation s'appelle tout simplement « L'Assistant ». Testé pendant dix mois par 10 000 agents publics, ce robot conversationnel souverain est désormais accessible à tous les fonctionnaires. Il a été conçu par la direction du numérique de l'État (la DINUM) avec l'entreprise française Mistral AI, qu'on ne présente plus, et l'outil est hébergé sur un cloud SecNumCloud, le niveau de sécurité maximal pour protéger les données des citoyens, garanti par l'ANSSI, l'agence française de cybersécurité. Il est capable de résumer des dossiers complexes ou de rédiger des courriers en un éclair, et agit comme un copilote au quotidien pour faire gagner un temps précieux aux équipes.

La plateforme « Visio » de l'État intègre désormais une IA capable de reconnaître automatiquement qui parle à l'écran pour rédiger seule le compte-rendu de la réunion. En parallèle, le nouvel outil « Transcripts » transforme n'importe quel enregistrement audio en texte dicté en un seul clic. Il faut imaginer que grâce à cette automatisation de la reconnaissance vocale, les secrétariats administratifs vont économiser de longues heures de saisie manuelle rébarbative et se libérer des tâches de retranscription les plus lourdes.

La diplomatie et la justice vont aussi en profiter, avec le déploiement de « DiploIA », un traducteur automatique ultra-sécurisé capable de jongler avec 64 langues sans qu’aucune donnée confidentielle ne fuite à l'étranger. Du côté des citoyens, la révolution passera par l'application « Langage Clair ». Ce module utilise des algorithmes de simplification textuelle pour aider les agents des impôts (la DGFiP) à traduire le jargon administratif des millions de courriers envoyés aux contribuables en phrases simples et compréhensibles par tous.

La France veut accélérer sur l'indépendance technologique. © Mahir Asadli / Shutterstock
La France veut accélérer sur l'indépendance technologique. © Mahir Asadli / Shutterstock

L'IA, oui, mais l'administration refuse de remplacer ses agents par des algorithmes

Attention, le gouvernement précise qu'il n'est pas question pour autant de remplacer les fonctionnaires par des algorithmes froids et autonomes. L'exécutif insiste lourdement sur ce point : l’IA doit rester une assistante et l'État refuse qu'une machine prenne une décision administrative seule, comme on a pu le voir dans le Nevada pour traiter les demandes d'allocations chômages locales. D'ailleurs, un guide d'usage précis vient d'être publié par la France pour encadrer strictement la confidentialité des données des usagers.

Cette transition assez brute s'appuie sur une excellente adhésion des troupes sur le terrain, rassure le gouvernement. Selon une vaste enfilade d'enquêtes internes menées auprès de 2 000 fonctionnaires, 83 % des agents affichent une perception positive de l'IA. Mieux encore, 59 % estiment qu'elle réduit franchement la pénibilité des tâches répétitives et valorise leurs missions quotidiennes.

Alors pour accompagner ce mouvement sans laisser personne sur le quai, un plan massif de formation va être déployé d'ici 2027. Dès la rentrée de septembre, les Instituts régionaux d'administration (les IRA, en cours de transformation pour devenir les Instituts du service public ou ISP) intégreront l'IA dans leurs cursus pour préparer les futurs cadres de l'État. Ajoutons qu'une grande négociation avec les syndicats s'ouvrira cet automne pour sceller un accord-cadre inédit afin de protéger les conditions de travail et d'encadrer l'usage des algorithmes.

Comment le gouvernement veut réduire sa dépendance financière aux éditeurs américains comme Microsoft

Pour piloter ce paquebot numérique, la DINUM (la direction du numérique de l'État) se réorganise en profondeur sous la bannière du plan « ARIANE ». Devenue le grand architecte technologique de confiance de l'administration, elle va centraliser et partager les infrastructures critiques, notamment les superordinateurs indispensables pour faire tourner les IA. Son but sera aussi d'imposer des règles d'achat communes à tous les ministères afin de privilégier les solutions françaises et européennes, soutenant ainsi directement notre souveraineté industrielle.

Car l’État a fait les comptes ! Il s'est rendu compte qu'il dépense chaque année la somme colossale de 4,5 milliards d'euros pour son informatique. Une grande partie de cet argent public s'envole vers des géants technologiques étrangers non souverains, à l'image des 100 millions d'euros versés tous les ans à Microsoft pour l'achat de ses licences logicielles. Pour stopper cette fuite de capitaux et de données, le plan impose dès cet automne une feuille de route stricte à chaque ministère pour remplacer progressivement ces logiciels par des solutions locales. Une bonne fois pour toutes ?

L'automatisation financière de l'État progresse en tout cas grâce au projet « Dépenses Éclairées », intégré au logiciel budgétaire public Chorus, qui sera généralisé d'ici la fin de l'année. En analysant automatiquement les contrats de marchés publics, cette IA va soulager les agents d'une saisie manuelle interminable, et ainsi permettre des gains de productivité estimés par le ministère à 2 000 jours-hommes par an. Pour pérenniser ces gains et reprendre le contrôle de sa technologie, l'État s'engage à réinternaliser les métiers de la tech d'ici 2027 : chaque euro investi pour embaucher un informaticien ou un expert en IA au sein de l'administration permettra de supprimer durablement 1,50 euro de dépenses en consultants et prestataires privés externes.

En bousculant ainsi ses propres infrastructures, l’État s’impose un véritable test de crédibilité. Reste à voir si ce réarmement numérique suffira à faire de la France le modèle européen d'une administration moderne, efficace et véritablement maîtresse de ses algorithmes.