La Caisse des Dépôts a choisi Mistral AI pour déployer l'intelligence artificielle à grande échelle dans ses rangs. Un partenariat franco-français, annoncé lundi, qui concerne aussi l’acquisition de capacités de calcul GPU.

Mistral AI s'impose dans le secteur public avec un accord historique signé avec la Caisse des Dépôts. © Gautier Normand / Shutterstock
Mistral AI s'impose dans le secteur public avec un accord historique signé avec la Caisse des Dépôts. © Gautier Normand / Shutterstock

Le groupe Caisse des Dépôts vient d'officialiser, ce lundi 4 mai, son partenariat avec Mistral AI, la start-up française devenue l'un des leaders européens de l'intelligence artificielle générative. L'accord prévoit des dizaines de milliers de licences IA pour ses collaborateurs, l'accès à des puces de calcul haute performance, les fameuses GPU indispensables pour faire tourner des modèles d'IA, et la création d'une IA Factory, sorte de hub centralisé pour piloter tous ces déploiements. Le tout s'inscrit dans Horizon numérique 2030, le plan stratégique du groupe doté de 18 milliards d'euros qui permettra d'accélérer la transformation numérique française et européenne.

La Caisse des Dépôts mobilise tout son groupe autour de l'IA générative

Pour conclure cet accord autour de l'intelligence artificielle générative de Mistral AI, 19 filiales du groupe Caisse des Dépôts, de BpiFrance à La Poste, en passant par CNP Assurances ou Docaposte, ont fait front commun en créant un groupement d'achat collectif. Plutôt que de négocier chacune dans leur coin, elles ont mis leurs besoins en commun pour obtenir de meilleures conditions et peser davantage face au prestataire, afin de soutenir, collectivement, ce que la Caisse des Dépôts appelle « le numérique souverain ».

Le contrat est constitue de deux volets. Il y a, d'un côté, la volonté de donner accès aux équipes à des outils d'IA générative capables de rédiger, résumer ou analyser des documents en quelques secondes ; et de l'autre, celle d'acquérir des GPU, les puces spécialisées qui fournissent la puissance de calcul nécessaire pour les faire fonctionner. Au démarrage, près de 40 000 collaborateurs du groupe seront équipés de licences, un chiffre qui pourra atteindre 100 000 utilisateurs sur la durée du contrat.

Le partenariat prévoit aussi la création d'une IA Factory, une structure dédiée chargée de coordonner le déploiement de l'IA au sein du groupe, mais aussi de mettre ces outils au service des collectivités et des acteurs publics locaux. Olivier Sichel, le directeur général de la Caisse des Dépôts, explique ce lundi que « la souveraineté numérique est un des défis stratégiques auquel notre pays doit faire face. Soutenir nos entreprises de la tech est devenu une mission incontournable. »

© davide bonaldo / Shutterstock
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Mistral AI et la Caisse des Dépôts veulent faire de la France un leader de l'IA européenne

Et que dit le cofondateur et PDG de Mistral AI, Arthur Mensch ? Lui ne voit pas qu'un simple contrat avec la Caisse des Dépôts et son gigantesque écosystème. Ce partenariat, dit-il, « s'inscrit dans notre vision d'une IA européenne, indépendante et au service de l'intérêt général », avec à la clé une « maîtrise totale des données et des technologies ». Le ton est donné, même si le pan « souveraineté » de Mistral AI est partiellement remis en cause, notamment en raison de son partenariat, certes pertinent d'un point de vue technologique, avec le géant américain NVIDIA.

Quoi qu'il en soit, la Caisse des Dépôts donne un peu plus d'épaisseur encore à Horizon numérique 2030, son plan de grande envergure lancé pour préparer la France aux défis numériques à venir. Doté de 18 milliards d'euros d'investissements d'ici 2030, il vise à accélérer la transition numérique des entreprises et des territoires français et européens, tout en s'assurant que les technologies utiliséefgs restent sous contrôle européen, et non entre les mains de mastodontes étrangers.

En optant pour une IA française plutôt que pour les solutions des géants américains comme OpenAI ou Google, la Caisse des Dépôts essaie de montrer que la souveraineté numérique brandie à toutes les sauces peut se traduire en actes concrets. Et que l'État, via ses grandes institutions publiques, a un rôle décisif à jouer pour faire émerger des champions technologiques européens.