OpenAI a banni deux groupes de comptes ChatGPT vraisemblablement basés en Chine, après avoir découvert qu’ils publiaient du contenu pour manipuler les débats américains autour des data centers et des droits de douane. Les deux groupes ont opéré de fin 2025 à début 2026. On n’y a recensé aucun engagement authentique mesurable. C’est pourtant la première fois qu’OpenAI trace une opération de ce type jusqu’à ses propres outils dans le débat sur les data centers américains.

Dans un rapport publié hier, OpenAI pointe deux opérations d’influence distinctes, toutes deux vraisemblablement conduites depuis la Chine via des VPN, ChatGPT étant officiellement inaccessible sur le territoire chinois. La première ciblait l’opinion américaine sur les coûts énergétiques liés aux data centers. La seconde attaquait la politique tarifaire de Donald Trump.
Dans les deux cas, des opérateurs ont produit des commentaires, des slogans et des caricatures politiques, puis les ont diffusés sur X.com, Facebook et YouTube via des comptes soi-disant Américains. C’est Ben Nimmo, enquêteur principal chez OpenAI, qui a mené l’investigation et signé le rapport.
OpenAI remonte jusqu’à une entreprise chinoise sous contrat gouvernemental
Dans le premier groupe, « Data Center Bandwagon », des opérateurs ont demandé à ChatGPT de produire des commentaires pour les réseaux sociaux et des bandes dessinées en anglais, dans lesquelles des cols blancs en costume brandissaient des sacs d’argent tandis que des familles découvraient une facture d’électricité énorme à cause de l’expansion des infrastructures IA. Les opérateurs ont ensuite publié ce contenu sur X et Facebook via des comptes vraisemblablement trafiqués, avec des liens vers des articles légitimes sur la consommation électrique des data centers.
OpenAI a tracé ces comptes jusqu’à une entreprise technologique chinoise non nommée, sous contrat avec plusieurs gouvernements provinciaux. Les opérateurs ont utilisé des VPN pour contourner les restrictions d’accès, car les autorités chinoises bloquent l’accès à ChatGPT. Leurs instructions à ChatGPT, rédigées en chinois simplifié, demandaient des sorties en anglais et en chinois. Sur X et YouTube, ces mêmes opérateurs posaient en Américains ordinaires. Pour Ben Nimmo, l’usage de l’IA américaine à ces fins était « particulièrement ironique ».
Dans le deuxième groupe, « Tech and Tariffs », des opérateurs ont publié en octobre 2025 des commentaires et des caricatures politiques sur les droits de douane, au moment où Donald Trump annonçait une taxe supplémentaire de 100 % sur les marchandises chinoises. ChatGPT devait y inclure Donald Trump, mais exclure Xi Jinping, qui a lui aussi eu recours aux droits de douane. Par ailleurs, les mêmes opérateurs ont publié sur X une fausse allégation de violation des données des utilisateurs de ChatGPT. OpenAI a démenti cette affirmation.
Les opérateurs ont greffé une opération sur un débat américain préexistant
OpenAI attribue ces opérations à des acteurs basés en Chine, sans établir de lien direct avec le gouvernement chinois. Leurs tactiques recoupent pourtant des campagnes de propagande chinoises déjà documentées en ligne, selon le rapport. Selon Ben Nimmo, le débat sur les data centers préexistait à l’opération, a-t-il dit. Les opérateurs ont cherché à y prendre pied.
Entre mai 2024 et juin 2025, Data Center Watch, programme de recherche de la société de cybersécurité 10a Labs, a recensé au moins 36 projets de data centers bloqués ou retardés aux États-Unis. Dans un sondage Harvard/MIT, 32 % des Américains rejettent l’installation d’un data center dans leur quartier, contre 40 % qui l’approuvent. Or OpenAI a mesuré un engagement nul en dehors des propres réseaux des deux groupes.
OpenAI investit des milliards dans la construction de nouveaux data centers aux États-Unis via le projet Stargate et défend donc directement ce débat qu’il dit avoir protégé. Son rapport associe l’opposition américaine aux data centers à une ingérence chinoise, tout en refusant d’affirmer que ce mouvement aurait une origine étrangère. Certains chercheurs indépendants doutent que des acteurs chinois utiliseraient délibérément les outils d’OpenAI pour une telle opération, au risque de laisser des traces exploitables.
Par ailleurs, les opérateurs de « Tech and Tariffs » ont publié du contenu en anglais, en italien, en japonais et en chinois traditionnel, dans lequel les auteurs reprochaient à Washington de placer ses profits au-dessus de la loyauté envers ses alliés. Depuis 2024, la société a publié plusieurs rapports sur des opérations similaires chinoises, russes, iraniennes et israéliennes. Aucune d’elles, selon OpenAI, n’a réussi à toucher un public en dehors de son propre réseau.
Source : Business Insider (accès restreint)