OpenAI continue sa cure d'amaigrissement en vue de son entrée en bourse, mais avec 3 cadres en partance, on dirait qu'une partie du régime n'était pas prévue.

Chantier Stargate à Abilene, Texas. © OpenAI
Chantier Stargate à Abilene, Texas. © OpenAI

OpenAI empile les revers sur son projet Stargate. Deux informations ont émergé le 9 avril dans la presse outre-atlantique. Bloomberg a révélé le gel du volet britannique. The Information a annoncé le départ de trois dirigeants clés de l'infrastructure, dont Peter Hoeschele, artisan de la mise en route du programme.

Abilene réduit, Londres gelé, dirigeants partis

Le campus d'Abilene, au Texas, devait incarner la puissance de Stargate. OpenAI a finalement plafonné sa capacité à 1,2 gigawatt, renonçant à l'extension prévue jusqu'à 2 GW. Microsoft a récupéré le terrain libéré pour y construire ses propres installations avec Crusoe. Peter Hoeschele a quitté l'entreprise. Deux autres cadres de l'infrastructure doivent partir dans les jours qui viennent.

Le Royaume-Uni subit le même sort. Stargate UK, annoncé en septembre 2025 aux côtés de NVIDIA et du fournisseur cloud Nscale, prévoyait 8 000 GPU dans le nord-est de l'Angleterre. OpenAI invoque deux obstacles. Le prix de l'électricité industrielle britannique atteint quatre fois celui des États-Unis. Le cadre juridique sur le droit d'auteur appliqué à l'entraînement des modèles reste flou. L'Iran avait aussi menacé les datacenters Stargate dans la région quelques jours plus tôt, ajoutant un risque géopolitique à l'équation.

Un projet d'infrastructure devenu contrat d'achat cloud

La tendance de fond dépasse ces deux annonces. OpenAI a restructuré Stargate en trois divisions : conception technique, partenariats cloud et gestion des sites. Le terme « Stargate » désigne désormais la stratégie globale de calcul, plus un programme de construction. L'entreprise peine à bâtir ses propres centres et loue massivement chez AWS, Google Cloud et CoreWeave. Un contrat de 100 milliards de dollars a été signé avec Amazon en février pour des puces Trainium. L'objectif de dépenses a été ramené à 600 milliards sur quatre ans, contre 1 400 milliards évoqués quelques mois plus tôt.

Le paradoxe est là. OpenAI a convaincu la Maison-Blanche en promettant de « construire l'infrastructure IA américaine ». En pratique, l'entreprise achète du calcul chez des tiers. Elle ne possède aucun datacenter en propre. Les départs en série traduisent cette mutation : les profils recrutés pour bâtir des sites physiques cèdent la place à des négociateurs de contrats cloud.

Cette réorientation coïncide avec la préparation de l'entrée en Bourse d'OpenAI, attendue fin 2026. Après une levée de fonds de 122 milliards à 852 milliards de valorisation en mars, l'entreprise resserre ses engagements internationaux. Geler un chantier coûteux et incertain renvoie un signal de discipline aux futurs investisseurs. Réduire Abilene et suspendre Londres allège le bilan prévisionnel sans remettre en cause l'accès au calcul.

Le projet annoncé en grande pompe par Donald Trump en janvier 2025 n'a pas disparu, mais il ne ressemble plus à ce qu'il promettait.