Des offres à plusieurs dizaines de millions de dollars, des fermiers qui répondent « non merci ». L’IA a beau consommer toujours plus de calcul, elle se heurte désormais à quelque chose qu’aucun budget ne maîtrise : l’attachement à la terre.

L'IA rêve gros, mais les fermiers gardent les pieds sur (leurs) terres. © Shutterstock
L'IA rêve gros, mais les fermiers gardent les pieds sur (leurs) terres. © Shutterstock

Pour comprendre ce bras de fer, il faut sortir des slides d’investisseurs et regarder ce qui se passe au bout des routes de campagne américaines. Alors que les géants de la tech chassent chaque parcelle capable d’accueillir des mégawatts et des rangées de serveurs, des familles agricoles refusent des montants qui feraient rêver n’importe quel fonds.

Vous pensiez que les retards de projets comme Stargate venaient seulement des puces et des transformateurs électriques ? Détrompez-vous. The Guardian rapporte qu'un nouvel obstacle monte en puissance : des propriétaires qui ne veulent pas céder leur monde pour accélérer celui de l’IA.

Les refus qui bloquent les data centers

Mervin Raudabaugh, 86 ans, en Pennsylvanie, a écarté 15,7 millions de dollars pour ses quelque 105 hectares, soit près de 148 000 dollars l'hectare. Il a préféré vendre les droits de développement pour moins de 2 millions à un fonds de préservation agricole. Au Kentucky, Ida Huddleston a reçu une offre de 33 millions pour ses 260 hectares, liée à un méga-projet de 2,2 gigawatts. Cinq voisins ont fait de même, dont un invité à choisir son prix.

En Wisconsin, un autre exploitant a dit non à 80 millions le mois dernier. Ars Technica note que ces cas se multiplient dans les zones rurales, où les terrains attirent pour leur électricité bon marché et leur eau abondante. Le cabinet Hines Research prévoit quelque 16 000 hectares nécessaires d'ici cinq ans, doublant la capacité actuelle.

Ces choix ne relèvent pas du caprice : ils défendent un mode de vie et alertent sur les ravages. Les data centers pompent des gigawatts d'électricité, épuisent les nappes phréatiques et fragmentent les habitats naturels, au moment où les faillites agricoles explosent aux États-Unis. L'enjeu va plus loin : vendre gonfle les prix fonciers, rendant impossible l'accès aux terres pour les jeunes agriculteurs.

Timothy Grosser, 75 ans, a repoussé 8 millions puis un « nommez votre prix », pour continuer à chasser et élever du bétail sur sa ferme familiale. Les promoteurs agitent emplois et recettes fiscales, mais les sceptiques y voient une illusion : 1 000 emplois en construction pour 50 postes permanents, dans des comtés en dépeuplement. Face à la pénurie de capacité de calcul — OpenAI en sait quelque chose — ces blocages rappellent les limites physiques de l'IA : sans terre, pas de serveurs.