Le projet le plus médiatisé de l'histoire de l'IA commence à montrer ses fissures. Ce qui manque à OpenAI, ce n'est pas l'ambition ni les capitaux. C'est la capacité à construire l'infrastructure dont ses modèles ont besoin pour fonctionner.

En janvier 2025, Donald Trump inaugurait Stargate depuis la Maison Blanche. OpenAI, Oracle et SoftBank promettaient d'investir 500 milliards de dollars dans l'infrastructure d'IA américaine, dont 100 milliards « immédiatement ». Comme le rapporte The Information, plus d'un an après, la coentreprise reste sans équipe constituée. Aucun des centres de données annoncés ne se construit sous son égide. Il faut se rappeler que ce partenariat a été bâti sur des ambitions contradictoires dès le premier jour.
Stargate, un an après : une coentreprise fantôme sans chantier ni capitaine
Les semaines qui ont suivi l'annonce présidentielle ont suffi à révéler les premières failles. Selon trois sources proches du dossier citées par The Information, personne ne savait qui devait prendre les commandes. Les responsabilités entre partenaires restaient floues. OpenAI, Oracle et SoftBank ne s'entendaient pas sur la structure même du partenariat. Le campus prévu à Abilene, au Texas, chantier phare de Stargate, a été mis en pause lors de négociations avec Oracle. OpenAI a alors perdu son entrepreneur général, faute de continuité dans les travaux. La société s'est tournée vers SoftBank pour co-développer le site.

Les tensions ont vite resurgi. OpenAI visait à faire d'Abilene son premier centre de données en propriété directe. SoftBank entendait développer et posséder le projet elle-même. Entre septembre et octobre 2025, des équipes ont multiplié les allers-retours au Japon pour tenter de convaincre Masayoshi Son, sans accord définitif. En parallèle, Oracle a décalé la livraison de plusieurs centres prévus pour 2027 à 2028. L'entreprise n'a pas non plus atteint son objectif de sécuriser 10 gigawatts de capacité auprès de ses partenaires avant fin 2025. Pour une organisation dont les dépenses dépassent un milliard de dollars par mois, chaque mois de retard aggrave l'équation financière déjà sous tension.
Ce que le fiasco de Stargate révèle vraiment sur le modèle d'OpenAI
La réalité derrière Stargate, c'est qu'OpenAI ne prévoit pas de bâtir ses propres centres de données dans un avenir proche. La stratégie s'est fragmentée : locations de capacité chez Oracle, accords avec des acteurs spécialisés comme CoreWeave, dépendance croissante au calcul externalisé. Le recul progressif de Microsoft ne fait qu'accentuer cette précarité. Dans ce secteur, chaque gigawatt coûte environ 50 milliards de dollars. Sa construction prend deux à trois ans. Les retards ont donc un prix concret. Ce n'est pas un simple retard de chantier.
C'est la marque d'un modèle économique qui réclame une puissance de calcul considérable sans maîtriser les actifs nécessaires pour la garantir. L'accord signé avec NVIDIA illustre bien cette contrainte : OpenAI peut désormais financer ses puces sur la durée, plutôt que de les acheter comptant. Les acteurs historiques du cloud, Oracle en location, Amazon et Google en attente, captent désormais les contrats qu'OpenAI pensait contrôler directement.
Annoncer 500 milliards depuis la Maison Blanche est à la portée d'un communiqué de presse, les matérialiser en béton et en serveurs, manifestement beaucoup moins.