On vous a vendu un futur propre alimenté par des micro-réacteurs futuristes. La réalité est bien plus crasseuse : face à l'urgence, la Silicon Valley a discrètement rallumé les vannes d'une énergie qu'elle promettait pourtant d'abandonner.

L'intelligence artificielle est littéralement une usine à gaz. © Shutterstock
L'intelligence artificielle est littéralement une usine à gaz. © Shutterstock

Le réveil est difficile pour les promesses environnementales. Comme le rapporte une enquête accablante du Guardian publiée ce 29 janvier, les géants du numérique opèrent un virage silencieux mais massif vers le gaz naturel. Vous pensiez que les annonces spectaculaires, comme le partenariat nucléaire historique entre Meta et Bill Gates, suffisaient à combler l'appétit gargantuesque des algorithmes ? Détrompez-vous, la physique a rattrapé le marketing. Pour comprendre ce revirement, il faut regarder au-delà des communiqués de presse : le réseau électrique actuel est à genoux.

Une soif de mégawatts que le vent et le soleil ne comblent plus

La situation est arithmétique et brutale. Les modèles d'intelligence artificielle générative, toujours plus denses, exigent une puissance électrique stable, massive et immédiate. Or, les énergies renouvelables souffrent d'une intermittence fatale pour des serveurs qui ne dorment jamais, et le nucléaire, bien que séduisant sur le papier, impose des délais de construction qui se comptent en décennies. Résultat, les opérateurs de data centers se transforment en clients privilégiés des centrales thermiques. Aux États-Unis, les gestionnaires de pipelines confirment une explosion des demandes de raccordement pour alimenter directement les fermes de serveurs, contournant parfois le réseau public saturé.

Cette frénésie explique pourquoi le patron d'Amazon tirait la sonnette d'alarme récemment : gagner la course à l'IA coûte une fortune en infrastructures, et l'énergie verte n'arrive tout simplement pas assez vite pour suivre la cadence infernale imposée par la concurrence. Les belles courbes de croissance de l'IA se heurtent au mur de la réalité physique. On ne code pas une centrale électrique comme on déploie une mise à jour logicielle, et les GAFAM redécouvrent dans la douleur que la transition énergétique n'est pas compatible avec leur calendrier de croissance exponentielle.

Le pragmatisme économique écrase les promesses climatiques

Ce pivot vers les hydrocarbures expose l'hypocrisie latente du secteur tech. Si l'objectif affiché reste la neutralité carbone à l'horizon 2030, la priorité absolue est de ne pas laisser les puces NVIDIA tourner à vide, quitte à brûler du gaz fossile. C'est une question de survie commerciale. Pour tenter de reprendre le contrôle sur cette chaîne de valeur critique, Google a d'ailleurs décidé de racheter un spécialiste des data centers, preuve que l'indépendance énergétique est devenue le nerf de la guerre, bien avant l'écologie.

En attendant les hypothétiques petits réacteurs modulaires (SMR) qui n'existent pour l'instant que dans les powerpoints des investisseurs, le gaz offre une disponibilité immédiate et constante. C'est un aveu d'échec terrible pour l'image « verte » de la tech. Les géants de la donnée troquent leur conscience écologique contre la garantie opérationnelle. Ils savent que l'utilisateur final pardonnera plus facilement une empreinte carbone désastreuse qu'une latence de trois secondes sur sa réponse.

Votre prochain prompt aura peut-être l'odeur du méthane, mais au moins, il s'affichera rapidement.