Le géant Meta vient d'officialiser des accords nucléaires gigantesques pour déployer jusqu'à 6,6 GW d'énergie propre d'ici 2035. L'entreprise devient ainsi l'un des plus gros acheteurs d'énergie nucléaire de l'histoire américaine.

L'intelligence artificielle dévore des quantités folles d'électricité, mais pour alimenter ses data centers et ses supercalculateurs, Meta vient de signer trois accords majeurs dans le nucléaire. Ces contrats vous permettre de prolonger la vie de vieilles centrales et de financer des réacteurs de nouvelle génération. Mark Zuckerberg voulait sécuriser l'énergie nécessaire à ses ambitions en intelligence artificielle. Il est en train d'y parvenir.
Des technologies nucléaires avancées pour alimenter les data centers IA de Meta
Le pari de Meta sur le nucléaire ne ressemble à rien de ce qu'on connaît. Avec TerraPower, une entreprise fondée par Bill Gates pour concevoir des réacteurs nucléaires, le géant américain va financer le développement de huit unités Natrium, des réacteurs capables de grimper en production d'énergie à 2,8 GW, avec en prime 1,2 GW de stockage intégré. Les deux premières unités pourraient livrer 690 MW dès 2032, suivies de six autres d'ici 2035.
Chris Levesque, le patron de TerraPower, a conscience que « pour répondre à la demande énergétique croissante, nous devons déployer des gigawatts d'énergie nucléaire avancée dans les années 2030. » Les réacteurs Natrium marquent une rupture avec un nucléaire traditionnel. Contrairement aux vieilles centrales, ces réacteurs sont conçus pour être intrinsèquement plus sûrs, ils s'adaptent rapidement aux variations de demande et se connectent facilement au réseau électrique existant.

Également partenaire de Meta, la société américaine Oklo, qui fabrique des petits réacteurs modulaires (SMR) a carrément prévu de faire sortir de terre un campus nucléaire, dans le comté de Pike, en Ohio, aux États-Unis. Jusqu'à 1,2 GW de puissance pourrait alimenter le réseau PJM dès 2030. Jacob DeWitte, le cofondateur d'Oklo, rappelle « qu'il y a deux ans, Oklo partageait sa vision de construire une nouvelle génération de centrales nucléaires avancées en Ohio. Aujourd'hui, cette vision devient réalité grâce au soutien d'un effort pluriannuel avec Meta. »
Trois vieilles centrales qui repartent pour vingt ans
Meta ne mise pas que sur les technologies futuristes. Le deal le plus impressionnant signé vendredi concerne trois vieilles centrales exploitées par Vistra, qui produit et vend de l'électricité, à savoir Perry et Davis-Besse en Ohio, et Beaver Valley en Pennsylvanie. Ces installations, considérées comme vieillissantes, risquaient la fermeture faute de rentabilité. En s'engageant à acheter leur électricité pendant vingt ans, Meta leur offre une seconde jeunesse et garantit 2,1 GW de puissance stable.
Autre bonne nouvelle pour Vistra, les trois installations vont subir des augmentations de capacité de 433 MW. Du jamais vu pour des extensions financées par une entreprise privée outre-Atlantique. Cette puissance supplémentaire viendra renforcer le réseau PJM (qui gère le réseau électrique de 65 millions d'Américains) dès le début des années 2030, ce qui profitera à tous les consommateurs de la région.
« Cet accord est bénéfique à bien des égards, car il alimente l'innovation américaine et la technologie IA, tout en nous permettant de prolonger la durée de vie opérationnelle de ces centrales, d'augmenter la capacité des réacteurs nucléaires pour soutenir le réseau, de protéger les emplois existants tout en en créant de nouveaux », commente le PDG de Vistra, Jim Burke.
Du carburant pour le monstre Prometheus
Toute cette énergie a une cible particulièren baptisée Prometheus, qui n'est autre que le méga-centre de calcul IA de Meta, à New Albany (Ohio), qui devrait démarrer son activité cette année. Le mastodonte technologique héberge des milliers de processeurs qui tournent en permanence pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Et contrairement au solaire ou à l'éolien, le nucléaire pourra lui livrer du courant 24h/24 sans interruption, exactement ce dont ces machines ont besoin.
Joel Kaplan, le directeur des affaires mondiales de Meta, place la barre très haut : « Les centres de données et infrastructures IA de pointe sont essentiels pour garantir la position de l'Amérique en tant que leader mondial de l'IA. L'énergie nucléaire aidera à alimenter notre avenir IA, renforcera l'infrastructure énergétique de notre pays et fournira une électricité propre et fiable pour tous. »
Point fondamental enfin sur lequel Meta insiste. La firme qui possède WhatsApp, Instagram et Facebook paie l'intégralité de sa facture énergétique. En d'autres termes, les consommateurs locaux ne débourseront pas un centime pour ces accords. Mieux encore, les nouvelles capacités financées par Meta ajouteront de l'électricité au réseau, pour potentiellement contribuer à stabiliser les prix. Les projets créeront aussi des milliers d'emplois en construction et des centaines de postes permanents dans des régions industrielles de l'Ohio et de la Pennsylvanie.
Avec cet investissement colossal, le plus gros dans le domaine pour une entreprise tech, et son précédent accord avec Constellation Energy pour prolonger la centrale de Clinton en Illinois de vingt ans, Meta s'affirme comme l'un des acteurs privés les plus engagés dans le renouveau nucléaire américain.