OpenAI vient de déposer confidentiellement son dossier d’introduction en Bourse auprès de la SEC, le gendarme financier américain. La firme n’aura attendu qu’une semaine après sa rivale Anthropic : une double opération historique est à prévoir, malgré un contexte marqué par les turbulences.

En 2022, OpenAI déclenchait la révolution de l’intelligence artificielle (IA) générative avec le lancement de ChatGPT. L’entreprise de Sam Altman est depuis devenue une véritable machine à lever des fonds hors norme. En mars dernier, elle bouclait même le tour de table le plus important de l’histoire de la Silicon Valley : 122 milliards de dollars pour une valorisation de 852 milliards. De quoi s’imposer comme l’une des start-up les plus valorisées au monde.
Mais elle se retrouve désormais dans une course effrénée pour atteindre les marchés publics. Tandis que la grande rivale Anthropic a officiellement fait sa demandé d’entrée en Bourse la semaine dernière, SpaceX s’exécutera dès cette semaine. C’est du jamais vu.
Tout n’est pas au beau fixe
Difficile de savoir si la décision d’OpenAI a été précipitée par Anthropic, mais c’est très probablement le cas. Car en interne, les signaux ne sont pas forcément au beau fixe. ChatGPT, par exemple, aurait manqué le cap symbolique du milliard d’utilisateurs actifs hebdomadaires, un objectif jamais annoncé publiquement. Le chatbot a également perdu du terrain face à Gemini et Claude sur les segments de l’entreprise.
De quoi susciter des inquiétudes au plus haut niveau. La directrice financière, Sarah Friar, aurait fait part à d’autres dirigeants de ses préoccupations sur la capacité d’OpenAI à honorer ses futurs contrats de puissance de calcul, si les revenus ne progressaient pas assez vite. Le conseil d’administration lui-même aurait resserré son contrôle sur les accords liés aux centres de données, une façon d’encadrer les ambitions jusqu’ici quasi illimitées de Sam Altman.
Car les chiffres donnent le vertige. OpenAI s’est engagée sur environ 600 milliards de dollars de dépenses d’infrastructure d’ici à 2030. La levée de 122 milliards réalisée en mars, elle, pourrait être consommée en trois ans si les prévisions de revenus sont tenues, et une partie de ce financement dépendrait encore d’accords spécifiques avec des partenaires. D’où la décision de l’entreprise de rationaliser ses dépenses et de couper certains projets, à l’instar de Sora.

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Des risques réels
Le rapport de force a changé. Anthropic, longtemps considérée comme l’outsider, a vu sa valorisation dépasser celle d’OpenAI lors de sa dernière levée de fonds en mai. Un signe fort. Elle vient aussi signer de signer un accord monumental avec SpaceX pour accéder à son infrastructure IA.
Malgré tout, une introduction en Bourse pour OpenAI changerait la donne. Elle lui permettrait de lever des capitaux frais à grande échelle, de fidéliser ses talents via des actions cotées, et de crédibiliser sa trajectoire financière aux yeux des entreprises clientes. Une vitrine publique qui pourrait aussi accélérer ses ambitions dans le matériel et les outils gouvernementaux.
Mais les risques pour l’écosystème sont réels. Une valorisation aussi stratosphérique, proche des 1 000 milliards, sans rentabilité démontrée rappelle les excès des bulles tech passées. Si OpenAI ou Anthropic déçoivent après leur entrée en Bourse, c’est l’ensemble du secteur IA qui pourrait en pâtir… Reste plus qu’à attendre pour connaître la tournure des événements.