L'armée de l'Air et de l'Espace expérimente les lunettes à réalité augmentée HoloLens, de Microsoft, pour la maintenance de l'A330 MRTT Phénix, sur la base aérienne 125 d'Istres. Une innovation signée Airbus.

Les mécaniciens de l'escadron de soutien technique aéronautique de la base aérienne 125 d'Istres testent depuis peu une nouvelle façon de travailler, avec des lunettes HoloLens Microsoft et un logiciel dédié développé par Airbus, qui superposent informations techniques et réalité pour guider les interventions sur le Phénix. À l'origine de tout cela, un réserviste à double profil civil-militaire dont l'idée pourrait transformer la maintenance aéronautique militaire.
L'armée de l'Air adopte les lunettes HoloLens d'Airbus pour entretenir ses avions ravitailleurs
Voilà une belle histoire de l'armée de l'Air et de l'Espace française n'est pas peu fière. Car derrière ce projet, on retrouve le lieutenant de réserve Christophe, à la fois militaire et employé civil chez Airbus. C'est cette double casquette, avec un pied dans l'industrie aéronautique et l'autre sous l'uniforme, qui a fait germer l'idée. Après l'avoir soumise au référent innovation de la base aérienne 125 d'Istres, il a convaincu les responsables chargés de maintenir les avions en état de vol, avant que le projet ne soit officiellement pris en charge par la cellule innovation de l'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace.
Alors, sur le tarmac, ça donne quoi ? Les HoloLens 2 de Microsoft, qui ne sont officiellement plus produites pour le grand public et déjà déployées depuis plusieurs années ça et là chez Airbus, superposent des données numériques à la réalité, sans occulter l'environnement de travail. À l'aide du logiciel Airbus, l'aéronef est modélisé en 3D et toute la documentation technique est accessible instantanément. Dans le détail, le mécanicien voit aussitôt apparaître, superposées à l'avion réel devant lui, toutes les informations dont il a besoin (modélisation 3D de l'appareil, fiches techniques, procédures à suivre). Pendant qu'il supervise et guide l'intervention depuis cet œil augmenté, un second mécanicien opère directement sur l'avion, les mains dans le moteur

Il faut dire que le Phénix n'est pas un avion ordinaire. L'A330 MRTT est à la fois un transporteur de troupes et de matériel, un ravitailleur capable de faire le plein d'autres avions en plein vol, et une plateforme militaire polyvalente. Donc autant de rôles qui impliquent des systèmes embarqués complexes, des chaînes avioniques denses et des procédures réglementaires en cascade. Sur un tel engin, consulter le bon document au bon moment est la condition sine qua non pour que l'avion reparte en mission.
Comment la réalité augmentée rend les mécaniciens militaires plus efficaces et mieux formés
L'un des gros bénéfices des HoloLens, déjà utilisées presque que par définition, c'est que les mécaniciens gardent leurs deux mains libres. Fini le manuel technique coincé sous le bras ou le collègue qu'on interpelle pour relire une procédure, puisque tout s'affiche directement dans les lunettes, en temps réel. Mieux encore, les caméras intégrées aux HoloLens surveillent en continu ce qui se passe sur l'appareil et peuvent détecter une anomalie ou, cas classique dans un hangar, un outil oublié dans un compartiment avant que l'avion ne redécolle.
Les HoloLens ne servent évidemment pas qu'à entretenir les avions. Elles sont aussi un vrai outil de formation. Un mécanicien qui débarque fraîchement dans l'escadron peut par exemple être guidé étape par étape lors de ses premières interventions, un peu comme s'il avait un instructeur expérimenté dans les yeux. Sur un appareil aussi complexe que le MRTT Phénix, cette aide à la compréhension des procédures est plus que bienvenue.
Concrètement, les lunettes sont aujourd'hui testées au sein de l'unité chargée de remettre en état les A330 MRTT de la 31ème escadre, celle qui gère à la fois le ravitaillement en vol et le transport stratégique. L'expérimentation est encore en cours, mais les perspectives à terme sont intéressantes. Les HoloLens pourraient repérer certaines pannes automatiquement et dialoguer directement avec les autres équipements de maintenance, pour mener des interventions encore plus rapides et mieux ciblées.