Pendant que Valve peaufine SteamOS pour sa Steam Machine, Bazzite livre déjà le futur du gaming Linux sur votre bureau. Et vos consoles portables devront encore patienter.

Fedora 44 a tout juste 48 heures d'existence que Bazzite embraie déjà. La distribution communautaire, construite sur les fondations du projet Universal Blue, vient de publier sa version 44. Et la liste de changements dépasse largement le simple changement de base. Nouveau noyau, nouveaux environnements de bureau, image allégée, chaîne de sécurité repensée : du lourd.

- Très orienté gaming
- Mises à jour atomiques
- Interface façon console
Depuis le départ, le projet vise les consoles PC portables non-Valve : ROG Ally X, Legion Go, MSI Claw et consorts. L'objectif : leur offrir une expérience comparable à SteamOS, sans attendre le bon vouloir de leurs constructeurs. ASUS, Lenovo et MSI livrent leurs machines sous Windows, un système qui n'a jamais été conçu pour tourner avec une manette sur un écran de 7 pouces. Bazzite comble ce vide en combinant le Game Mode de Valve, les pilotes communautaires et un noyau optimisé pour le jeu.
Ce que Bazzite 44 embarque sous le capot
Le cœur de la mise à jour, c'est le passage au kernel OGC 6.19.x. L'Open Gaming Collective regroupe des développeurs kernel spécialisés dans le gaming. Leur noyau intègre des patchs de latence d'entrée et d'ordonnancement CPU qui n'ont pas encore atteint le kernel Linux principal. SteamOS, de son côté, tourne encore sur le kernel 6.11 dans sa dernière version stable. L'écart technologique est devenu un argument de vente à part entière : Bazzite avait déjà rétro-porté la technologie NTSync du kernel 6.14 avant même sa sortie officielle, avec des gains de performances allant jusqu'à 150 % sur certains titres Windows émulés via Proton. Le kernel 7.0, qui inclura le patchset VRAM que Valve prépare pour sa Steam Machine, est annoncé « dans un futur proche ».
Côté bureau, les utilisateurs desktop ont le choix entre GNOME 50 et KDE Plasma 6.6. GNOME 50 active par défaut le scaling fractionnel et le scaling natif XWayland, ce qui règle enfin les problèmes de texte flou sur les configurations multi-écrans. Sur les images KDE, Konsole remplace le terminal Ptyxis (qui n'a jamais vraiment trouvé sa place dans l'écosystème Plasma) et apporte un support natif des conteneurs. Le pilote graphique Mesa (un projet de pilotes open-source pour les cartes graphiques AMD) passe en version 26.0.5, avec des correctifs de stabilité et de frame pacing pour les GPU AMD RDNA 2 et RDNA 3. C'est exactement le matériel qui équipe la quasi-totalité des consoles portables du marché.
L'autre grand chantier est le dégraissage. Les composants QEMU et ROCm (calcul GPU AMD) ont été déplacés vers le dépôt optionnel Bazzite-DX, ce qui réduit la taille des images d'un bon gigaoctet. Sunshine, l'outil de streaming de jeux à distance, n'est plus préinstallé non plus. Il reste disponible via la commande ujust, mais ne consomme plus de cycles CPU en arrière-plan sur les machines qui ne s'en servent jamais. Le support natif des cartes de capture Elgato 4K débarque directement dans le noyau. Les derniers patches ASUS Linux (ASUSCtl) sont aussi intégrés pour les propriétaires de laptops gaming ROG.
Côté sécurité, Bazzite 44 introduit les SBOMs (Software Bill of Materials), l'attestation de build, les scans OpenSSF et la signature des ISOs. Pour une distribution communautaire, c'est un niveau de rigueur qui commence à ressembler à celui d'un éditeur professionnel comme SUSE ou Canonical.
Le paradoxe : pas de mise à jour pour les handhelds (pour l'instant)
Kyle Gospodnetich, fondateur du projet Bazzite, a choisi la prudence. La version 44 n'est disponible que pour les images desktop. Les utilisateurs de consoles portables et de configurations HTPC devront attendre que l'équipe valide la stabilité sur ces plateformes. « Nous déployons cette mise à jour progressivement en raison de la nature et du volume des changements », a-t-il écrit dans l'annonce officielle. Les builds handheld passeront d'abord par la branche testing dans les prochaines semaines.
C'est un choix qui dit quelque chose de la maturité du projet. Avec plus de 150 000 téléchargements d'ISO mensuels et une entrée remarquée dans le Steam Hardware Survey, Bazzite n'est plus une expérimentation de passionnés. Une mise à jour bâclée se paierait cher.
Le contexte, d'ailleurs, n'a jamais été aussi favorable. Linux a atteint 5,33 % de parts de marché sur Steam en mars 2026, un record historique qui représente environ 7 millions de joueurs actifs. La fin du support de Windows 10 en octobre 2025 a poussé des millions d'utilisateurs vers des alternatives. En parallèle, on attend toujours des nouvelles de Valve concernant sa Steam Machine, un PC de salon sous SteamOS attendu au premier semestre 2026. Dans cet écosystème en pleine effervescence, Bazzite occupe un créneau que personne d'autre ne couvre. Celui des joueurs PC qui veulent l'expérience SteamOS sur du matériel que Valve ne supporte pas encore, avec un socle technologique plus récent que celui de Valve elle-même. Et entre les chiffres du Steam Hardware Survey avec des machines comme la Playnix, force est de constater que le gaming Linux de salon a déjà dépassé le cadre posé par Valve à l'annonce de la Steam Machine en novembre dernier.
Pour les propriétaires de consoles portables sous Windows qui lorgnent vers Linux, la question n'est plus de savoir si l'alternative est viable. Elle est de savoir combien de temps les constructeurs continueront à ignorer qu'elle existe et financer le travail des développeurs derrière des projets comme Bazzite.