Cela va faire six mois que Starship n'a pas volé, alors même qu'elle doit jouer un rôle prépondérant dans la quasi-totalité des projets de SpaceX. Mais que se passe-t-il, au juste, du côté de Starbase ?

Les 33 moteurs Raptor du Super Heavy, premier étage de la fusée Starship. ©SpaceX
Les 33 moteurs Raptor du Super Heavy, premier étage de la fusée Starship. ©SpaceX

Starship est plus jamais attendue au tournant, alors que l’équipage d’Artemis II vient de revenir sur Terre sain et sauf. Car la mégafusée de SpaceX doit poser les astronautes de la mission Artemis IV à la surface de la Lune, mis à part un changement de dernière minute. Pourtant, son 12e vol se fait très sérieusement attendre.

Starship change d’échelle

Après un second décollage test réussi en octobre 2025, Starship n’a plus quitté le pas de tir du complexe industriel Starbase, à Boca Chica dans le Texas. Et ce vaste délai n’est pas anodin, puisque SpaceX doit faire voler la V3 de sa fusée pour la toute première fois.

Cette itération embarque des moteurs de troisième génération, les Raptor V3, plus puissants et plus fiables que leurs prédécesseurs. De même, la fusée a vu son système de propergol entièrement redessiné, sa protection thermique affinée, et sa structure renforcée pour supporter à terme une capture par les bras mécaniques de la tour de lancement, comme c’est déjà le cas pour le booster.

De quoi rapprocher la fusée la plus puissante du monde vers sa version opérationnelle. Plusieurs tests de mise à feu statique ont ainsi eu lieu sur les deux étages au cours des derniers mois, mais SpaceX semble évoluer avec précaution. La semaine dernière encore, un Raptor 3 prenait feu lors d’un essai, rapporte Gizmodo. Et ce 12 avril, « le Starship et le Super Heavy ont été déplacés pour poursuivre les essais prévol », indique l’entreprise.

Blue Origin rôde

D’après les derniers bruits de couloir, elle viserait désormais le mois de mai pour son prochain décollage. L’enjeu est ô combien crucial : la NASA ne veut plus attendre et vise un alunissage dès 2028, alors que la Chine poursuit les avancées sur son propre programme lunaire. Selon le plan défini par l’agence spatiale, SpaceX doit être capable, dès l’année prochaine, de s’amarrer en orbite terrestre avec la capsule Orion.

Et la pression est d’autant plus forte sur la société d’Elon Musk que Blue Origin continue, de son côté, à tester son propre atterrisseur lunaire, Blue Moon. Au point de lui passer devant ? C’est tout à fait possible. À noter également que seule Starship sera en mesure d’acheminer les satellites Starlink de dernière génération en orbite.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce qui change concrètement avec les moteurs Raptor V3 de Starship ?

Raptor V3 désigne une nouvelle génération de moteurs au méthane et oxygène liquide, optimisés pour délivrer plus de poussée tout en visant une meilleure fiabilité. Ces gains passent généralement par une simplification de certaines pièces, une production plus industrialisée et une meilleure tenue aux contraintes thermiques et mécaniques. En phase d’essais, un moteur plus performant peut aussi révéler de nouveaux points de fragilité (vibrations, instabilités de combustion, échauffements), ce qui impose des campagnes de tests plus longues. L’objectif est d’augmenter la marge de sécurité et la répétabilité des vols avant d’enchaîner les lancements à cadence élevée.

À quoi sert un “tir statique” (static fire) sur une fusée comme Starship ?

Un tir statique consiste à allumer un ou plusieurs moteurs alors que l’étage reste solidement retenu au sol, pour valider le comportement du système en conditions proches du décollage. Cela permet de vérifier l’allumage, la montée en puissance, la stabilité, les capteurs, les lignes d’alimentation et les logiciels de contrôle sans risquer un vol complet. Sur Starship/Super Heavy, ces essais servent aussi à qualifier l’intégration entre moteurs et réservoirs, ainsi que la gestion des vibrations et des transitoires. Un incident lors d’un tir statique est souvent le signe qu’il faut ajuster matériel, procédures ou paramètres de pilotage avant d’autoriser un vol.

Que signifie “s’amarrer en orbite” entre Starship et la capsule Orion, et pourquoi c’est un point critique ?

L’amarrage orbital est une manœuvre de rendez-vous où deux véhicules spatiaux se rejoignent, s’alignent et se verrouillent mécaniquement via un système d’interface standardisé, avec des tolérances très strictes. Elle exige une navigation relative précise (capteurs, radar/Lidar, caméras), des propulseurs de contrôle d’attitude fins et des règles de sécurité pour éviter toute collision. Pour une mission lunaire, cet amarrage sert à transférer équipage et/ou fret entre Orion et l’atterrisseur, ce qui fait de la fiabilité du rendez-vous un jalon incontournable. Tant que ces opérations ne sont pas démontrées de façon répétable, le calendrier d’alunissage reste difficile à sécuriser.