L'opération Poker vient de simuler un raid aérien nucléaire grandeur nature dans le ciel français. Menée par les Forces aériennes stratégiques, elle a mobilisé près de quarante aéronefs cette semaine.

Dans la nuit du 16 au 17 mars, quelque part au-dessus de la France, des Rafale B ont décollé de Saint-Dizier avec, sous les ailes, une maquette à l'échelle d'un missile nucléaire. Ce n'est pas un film, non, mais l'opération Poker, exercice phare des Forces aériennes stratégiques françaises, qui rejoue chaque étape d'un vrai raid nucléaire, du décollage jusqu'au tir fictif. Une telle manœuvre est organisée plusieurs fois par an.
Les Forces aériennes stratégiques françaises ont simulé un vrai raid nucléaire
Près de quarante aéronefs ont participé à l'opération Poker. Dans les airs, il y avait des Rafale B de la quatrième escadre de Saint-Dizier, épaulés par des ravitailleurs A330 MRTT Phénix venant de la base d'Istres et chargés de les réapprovisionner en carburant en plein vol.
Un E-3F AWACS, l'avion radar qui cartographie la situation tactique en temps réel, était aussi de la partie. D'autres chasseurs assuraient également l'escorte du convoi, ce que l'armée appelle l'épaulement conventionnel.

L'exercice avait pour but de reproduire fidèlement les étapes d'un vrai raid nucléaire. Les avions sont progressivement montés en régime, avec pénétration de la zone cible à très basse altitude pour échapper aux radars, puis le tir fictif du missile ASMP-A, le missile air-sol moyenne portée amélioré qui emporte la charge nucléaire de nouvelle génération TNA (tête nucléaire aéroportée). Sans les ravitailleurs MRTT, qui rechargent les Rafale en kérosène en plein vol, les chasseurs n'auraient tout simplement pas le rayon d'action suffisant pour atteindre leur objectif.
De la Bretagne à la Méditerranée, l'opération Poker a vu large
L'opération s'est déployée sur une vaste partie de la France, de la Bretagne au Massif central, avec des passages au-dessus de l'Atlantique et de la Méditerranée. Ce périmètre étendu permet de reproduire des distances et des contraintes proches d'un véritable engagement nucléaire, là où un exercice confiné à une petite zone ne refléterait pas la réalité.
Poker est l'un des exercices les plus importants parmi la soixantaine-dizaine que mènent chaque année les Forces aériennes stratégiques. Et il a lieu quatre fois par an. Il rassemble à la fois les spécialistes de la dissuasion nucléaire et des unités militaires classiques, tous mobilisés ensemble.
Car au fond, l'objectif dépasse le simple entraînement. Il permet de rappeler à qui veut l'entendre que la France est capable, à tout moment, de déclencher une frappe nucléaire aéroportée.
