La fonction de test de débit réseau intégrée à Windows 11 s’apprête à débarquer dans les mises à jour système destinées au grand public. En théorie, un module natif. En réalité, une redirection web tout sauf neutre.

Repérée fin février dans les versions Insider de Windows 11, l’option « Effectuer un test de vitesse » s’apprête désormais à arriver plus largement via les mises à jour de mars. Microsoft la place directement dans la barre des tâches, comme si Windows se dotait enfin d’un outil maison pour vérifier son débit en un clic. On avait déjà compris, le mois dernier, que ce test ne serait pas exactement ce qu’il prétend être, et la suite est à l’avenant. Derrière l’étiquette « natif », Windows ne mesure rien et vous renvoie vers Bing, sans jamais présenter l’option pour ce qu’elle est, à savoir un raccourci vers une page de résultats web, vraisemblablement structurée autour d’accords commerciaux.
Un bouton de test de débit qui n’a rien de natif
Pour trouver l’option, il faudra effectuer un clic droit sur l’icône réseau dans la zone de notification, là où se trouvent aussi l’état de la batterie et le son. Dans l’esprit, c’est une bonne idée. Plutôt que d’ouvrir un navigateur, de chercher un service, puis de lancer un test de vitesse, Windows donne l’impression de proposer un accès direct à un outil de mesure intégré au système, censé fournir un diagnostic rapide lorsque la connexion ralentit ou qu’un flux vidéo commence à pixelliser.
Sauf que cet outil n’a, en tout état de cause, rien de natif. Lorsque vous cliquez sur « Effectuer un test de vitesse », Windows ouvre le navigateur configuré par défaut (c’est au moins ça) mais ne vous envoie pas vers un site web dédié. À la place, le système vous redirige vers une page de résultats Bing correspondant à la requête « internet speed test », surmontée d’un module interactif, lui-même suivi d’une liste de résultats de recherche classiques, comme pour n’importe quelle requête web.
Le test fonctionne, parce que le module s’appuie sur Speedtest d’Ookla, mais là n’est pas la question. Windows ne réalise aucune mesure localement et ne propose pas de diagnostic réseau natif. Il ajoute surtout un raccourci présenté comme une nouveauté système, qui se résume à déclencher une requête Bing préremplie et à afficher un widget en haut de page.
Autre détail qui risque d’agacer, il n’est pour l’instant pas possible de désactiver cette entrée du menu Réseau, ni de la rediriger vers un autre service. Business is business.

Outlook, Copilot, Widgets… et toujours la même recette
Cette manière d’intégrer une fonction dans Windows en renvoyant vers un service en ligne n’a plus grand-chose d’une exception chez Microsoft. On la retrouve dans des produits très visibles qui, sur Windows 11, reposent sur WebView2 ou sur des Progressive Web Apps, donc sur des interfaces web affichées dans une fenêtre Windows.
On pense ainsi au nouvel Outlook pour Windows, que Microsoft présente lui-même comme une expérience inspirée du web et qui s’appuie sur WebView2 pour afficher une interface très proche d’Outlook.com, avec une petite couche d’intégration Windows autour. Ou encore à Copilot, dont l’application a d’abord été distribuée en tant que PWA, donc comme un site « installé » dans Windows, avant que Microsoft ne commence à pousser une version plus native.
Même combat pour les Widgets, qui s’appuient sur le Windows Web Experience Pack distribué via le Microsoft Store et dont certains contenus dépendent de Microsoft Edge, ainsi que pour Windows Search, dont les résultats web sont alimentés par Bing et dont les liens s’ouvrent dans Microsoft Edge.
Dans ce cadre, le « test de vitesse » de la barre des tâches s’inscrit presque naturellement dans la liste. Speedtest d’Ookla n’est pas spécialement un mauvais choix et, au fond, personne ne découvre en 2026 que les fonctions gratuites s’appuient sur des services et des accords commerciaux, avec tout ce que cela implique en matière d’arbitrages.
En revanche, ce qui dérange, c’est l’habillage. L’option est placée dans un menu système, présentée comme une nouveauté native de Windows, alors qu’elle se contente d’ouvrir une page de résultats Bing, vitrine de services maison et de partenariats choisis par Microsoft, sans laisser de marge de manœuvre aux utilisateurs et utilisatrices. À ce niveau de mise en scène, on s’attendait au moins à ce que ce soit assumé, ou configurable.