L'administration Trump prépare un site pour contourner la censure en ligne en Europe. Baptisé Freedom.gov, il pourrait même embarquer une fonctionnalité VPN pour faciliter l'accès à des contenus bloqués, ce qui fait jaser.

Donald Trump et son administration ont une nouvelle idée pour chahuter l'Europe et ses règles numériques. © UkrPictures / Shutterstock
Donald Trump et son administration ont une nouvelle idée pour chahuter l'Europe et ses règles numériques. © UkrPictures / Shutterstock

Selon des sources citées par l'agence Reuters, le Département d'État américain travaille sur un portail baptisé Freedom.gov, destiné à offrir aux internautes étrangers un accès à des contenus bloqués par leurs gouvernements. Le site s'appuierait sur des serveurs VPN basés aux États-Unis pour masquer l'identité des visiteurs. Sans surprise, le projet soulève déjà de sérieuses questions juridiques en interne, ainsi qu'une vive inquiétude du côté des Européens.

Washington veut offrir aux Européens un accès aux contenus censurés, avec son VPN

Le projet serait supervisé par Sarah Rogers, haut responsable du Département d'État chargée de l'image des États-Unis à l'étranger. Avec la plateforme Freedom, elle veut permettre à n'importe quel internaute d'accéder à des contenus que son gouvernement a jugés illégaux et supprimés, qu'il s'agisse de propos controversés ou de propagande. Une démarche présentée comme une défense de la liberté d'expression, argument favori de l'administration Trump pour se prendre le bec avec les régulateurs européens. La France, par le biais de la ministre déléguée chargée du Numérique Anne Le Hénanff, a d'ailleurs fait de la question du VPN l'un de ses prochains sujets, non sans faire débat.

Concrètement, le site fonctionnerait comme un VPN, c'est-à-dire qu'il ferait transiter la connexion des utilisateurs étrangers par des serveurs américains, de sorte qu'ils apparaissent comme s'ils naviguaient depuis les États-Unis. Ni leur identité, ni leur activité ne seraient enregistrées. En d'autres termes, l'État américain se transformerait lui-même en outil d'anonymisation en ligne, un rôle jusqu'ici réservé aux services commerciaux comme CyberGhost, NordVPN ou ExpressVPN.

Le projet devait être annoncé en grande pompe à la Conférence sur la sécurité de Munich la semaine dernière. Sauf qu'en coulisses, des avocats du Département d'État auraient freiné des quatre fers. Car en effet, pousser des citoyens étrangers à ignorer leurs propres lois nationales pourrait exposer les États-Unis à de sérieux problèmes diplomatiques et juridiques, aussi puissant puisse l'oncle Sam puisse être. Le porte-parole de l'institution a par contre balayé ces informations, en affirmant que « la liberté numérique est une priorité pour le Département d'État, et cela inclut la promotion de technologies comme les VPN. »

Un « tir direct » contre les régulations européennes qui crispe les alliés

Les réactions des experts sont depuis nombreuses. Kenneth Propp, ancien diplomate américain aujourd'hui chercheur à l'Atlantic Council, a pris la parole auprès de Reuters. Pour lui, Freedom.gov est « un tir direct » contre les lois européennes, et serait forcément perçu outre-Atlantique comme une manœuvre américaine pour court-circuiter les législations nationales. Un avis partagé par plusieurs responsables au sein même du Département d'État, qui craignent d'envenimer encore davantage des relations déjà tendues avec les alliés européens.

Il faut dire que le contexte diplomatique n'aide pas. Les relations entre Washington et l'Europe sont déjà abîmées par les tensions commerciales, la guerre en Ukraine ou encore les déclarations de Trump sur le Groenland. La plateforme Freedom s'ajoute comme une provocation supplémentaire, directement dirigée contre le Digital Services Act, la grande loi européenne qui oblige les plateformes numériques à retirer contenus haineux et désinformation. Une législation que l'administration Trump considère comme une attaque déguisée contre les entreprises et les médias américains, et dont le géant chinois Shein pourrait devenir l'une des plus grosses victimes.

Les personnalités impliquées dans le projet ajoutent en tout cas une couche disons symbolique, difficile à ignorer. Edward Coristine, un ancien proche du DOGE (vous savez, la structure créée par Elon Musk pour réformer l'administration américaine), travaillerait sur Freedom.gov au sein d'une agence chargée par Donald Trump de revisiter les sites gouvernementaux. Elon Musk, dont le réseau social X a été condamné à payer 120 millions d'euros d'amende par l'UE en décembre pour manque de transparence, est par ailleurs l'un des opposants les plus bruyants aux règles numériques européennes. Difficile de voir tout ça comme une simple coïncidence.

Source : Reuters